Le nant d’Avril renaît après avoir beaucoup souffert

EnvironnementLa petite rivière qui coule entre Meyrin et Satigny était la plus maltraitée du canton. Sa renaturation était très attendue

Jenifer Schlup, cheffe de projet au DETA, a mené les travaux de renaturation du nant d’Avril.

Jenifer Schlup, cheffe de projet au DETA, a mené les travaux de renaturation du nant d’Avril. Image: PIERRE ALBOUY

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Il prend sa source au royaume des grenouilles, vers l’étang des Crêts, pour aller se jeter dans le Rhône à la hauteur du bras de Peney. Entre ces deux sites bucoliques, une catastrophe écologique! Canalisé, enterré, étranglé par des murs en béton, le nant d’Avril a été pris dans les tourbillons de l’urbanisation durant la seconde moitié du XXe siècle (lire encadré). Mais ses souffrances sont près de se tarir.

Son cours, d’environ 5,6 km, vient de s’offrir un bol d’air salvateur. Du moins sa partie amont. D’importants travaux de renaturation ont été effectués sur 1,2 km le long de la route du Mandement.

Une forme de résurrection

«Cette rivière a sans doute été la plus maltraitée du canton», a déclaré vendredi Jean-Marc Devaux, maire de Meyrin, lors de l’inauguration. «Le nant d’Avril est de retour, c’est une forme de résurrection, un cadeau à la nature, aux promeneurs et aux cyclistes», a enchaîné son homologue de Satigny, Philippe Bossy. Car le long du cours d’eau, une promenade a été aménagée. Piétons, joggeurs et cyclistes se la partagent.

Plus qu’une renaissance, c’est une revanche sur des dizaines d’années de turpitudes. Où le nant d’Avril a successivement accueilli les eaux des collecteurs de la nouvelle cité satellite de Meyrin, puis celles de refroidissement du CERN, enfin les eaux pluviales de la Zimeysa (zone industrielle Meyrin-Satigny). Des «cadeaux» sous forme de pollution fréquente et de débit comme de température de l’eau incontrôlables.

Naissance d’un petit frère

Les poissons ont été les premiers à déserter cette onde inhospitalière. On en trouve encore, mais seulement dans la partie aval. Puis c’est tout l’écosystème qui a souffert. Rendre une âme à ce ruisseau ne coulait donc pas de source. Pour y parvenir, le Service de renaturation des cours d’eau a dû puiser dans ses fonds. «Les travaux, qui ont duré près de trois ans, ont coûté 2,5 millions de francs environ», précise Jenifer Schlup, cheffe de projet.

C’est que techniquement, rien n’était simple. On a même donné un petit frère au nant d’Avril, sous la forme d’un second ruisseau qui court en parallèle, à l’air libre. Cette eau claire rejoint son aînée au bout de quelques centaines de mètres. «L’un des objectifs était de remettre le nant d’Avril à ciel ouvert sur sa partie longeant la Zimeysa, souligne Jenifer Schlup. Pour cela, il a fallu capter puis acheminer l’eau provenant du CERN.» Sans compter l’aménagement de la promenade, du lit de la rivière et de ses berges.

Respecter les cours d’eau

«Ici, l’espèce cible, c’est l’humain, sourit Alexandre Wisard, directeur du Service de renaturation des cours d’eau. Un gros travail paysager a été entrepris dans ce but. En diversifiant ce lieu, on sensibilise les gens à mieux respecter les cours d’eau.» Et de potentiels promeneurs, il y en a de plus en plus! À deux pas en effet, le quartier des Vergers (2500 habitants à terme) pousse à la vitesse grand V.

La renaissance du nant d’Avril, de son côté, a dû patienter près de vingt ans, époque des premières renaturations. La Seymaz, l’Aire et toutes les autres, cantonales ou franco-genevoises, sont passées avant elle. «Il fallait d’abord effectuer d’autres aménagements, notamment la création du lac des Vernes, à Meyrin, pour lui garantir ensuite une meilleure qualité», précise Jenifer Schlup.

Mais désormais, on est sur le bon chemin, même si environ 15% de la rivière attend encore d’être renaturée. «Les remarquables travaux qui ont été effectués sont une première étape, il s’agira encore de garantir la qualité de l’eau du nant d’Avril», relève, réjoui, le patron du Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture, Luc Barthassat. Signe encourageant, des petits poissons, «probablement des vairons», indique Alexandre Wisard, devraient être mis à l’eau l’an prochain dans la partie amont.

(TDG)

Créé: 20.04.2018, 18h06

Le nant d'Avril

Infobox

Les dates clés de l’urbanisation

1954
Création du CERN, qui rejettera plus tard ses eaux de refroidissement dans la rivière.
1955 Canalisation du nant d’Avril entre le chemin du Château-des-Bois et la route de Meyrin.
1956-1967
Création de la route du Mandement (la rivière est enterrée sous la piste cyclable) et achèvement de la cité satellite de Meyrin.
1963-1980
Construction de la zone industrielle Meyrin-Satigny.
1973
Canalisation d’écoulement des eaux claires du CERN. X.L.

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