Ministre de l'environnement: en Suisse, en France

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La démission spectaculaire de Nicolas Hulot de son poste de ministre de la Transition écologique nous a d’autant plus frappés que le personnage paraît profondément consensuel, politiquement neutre et très compétent. Son départ est un échec cuisant pour le gouvernement Macron/Philippe et une perte considérable pour la France. Nicolas Hulot dispose d’une immense culture écologique, il fonde son action sur une relation holistique voire spirituelle avec la nature, et il est assez réaliste et habile pour mener des discussions et conclure des compromis favorables à la biodiversité, à la transition énergétique, à l’aménagement du territoire et à la protection de l’environnement. Mais encore aurait-il fallu que le gouvernement l’écoute et le soutienne.

La première condition d’un succès de la transition écologique, en plus de choisir des personnalités exceptionnelles comme Nicolas Hulot, est de leur donner une place centrale au sein du gouvernement, ce qu’aucun pays au monde n’a fait à ce jour. Cette position centrale est essentielle car l’écologie, pour être efficace, doit être prise en considération au début de tout processus de décision: c’est le seul moyen de rendre une écologie forte compatible avec les nécessités des autres domaines de l’action gouvernementale. Une décision qui intègre les exigences écologiques dès le début sera meilleure, plus juste, plus efficace, moins coûteuse et plus durable.

En Suisse, où j’ai connu en tant que directeur de l’Office fédéral de l’environnement une situation analogue à celle de Nicolas Hulot, les mêmes conflits et les mêmes pressions, la situation est un peu moins désespérée grâce à une profonde culture de consultation entre offices fédéraux, au multipartisme et au système de concordance qui me permettait dans toutes les situations de chercher une compréhension et des soutiens à travers tout l’échiquier politique. Aujourd’hui, la situation semble plus difficile car le monde politique suisse, sous l’influence de l’UDC blochérienne, est devenu plus conflictuel et bipolaire.

Il serait donc plus que jamais judicieux de créer un véritable secrétariat d’État à l’environnement, doté d’un pouvoir de coordination et d’intervention au sein de l’ensemble de l’Administration fédérale. Mais la différence essentielle entre la France et la Suisse vient du peuple qui, à travers les nombreuses associations et surtout les instruments démocratiques du référendum et de l’initiative, remet souvent à l’ordre ses autorités.

C’est ainsi par exemple que l’initiative de Rothenthurm votée en 1987 a entraîné une avancée majeure dans le domaine de la protection de la nature et m’a permis de mettre en place de nombreuses surfaces protégées de paysages marécageux, hauts et bas marais, forêts alluviales et autres. Aujourd’hui, le parlement remet régulièrement en question ces acquis, et il faudra bientôt revenir avec une initiative populaire en faveur de la nature pour rappeler le monde politique à son devoir essentiel de protéger la biodiversité. Prochain pas le 23 septembre. (TDG)

Créé: 02.09.2018, 22h21


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