À Malte, les soutiens et les proches de la journaliste assassinée restent mobilisés

Activistes et proches de Daphne Caruana Galizia poursuivent son combat contre la corruption. Une nouvelle manifestation est prévue dimanche.

Corinne Vella, la sœur de la journaliste assassinée, devant le mémorial dédié à cette dernière à La Valette.

Corinne Vella, la sœur de la journaliste assassinée, devant le mémorial dédié à cette dernière à La Valette. Image: EPA

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Face aux imposantes colonnes du Tribunal de La Valette, la capitale maltaise, les activistes d’Occupy Justice, un groupe de pression formé après le meurtre de Daphne Caruana Galizia, ont improvisé un mémorial: quelques bougies, des fleurs et des portraits de la journaliste d’investigation. Son regard fixe l’entrée du Palais de justice, où ont débuté, mercredi, les auditions dans le cadre de l’enquête. «C’est un rappel quotidien aux tribunaux que la justice n’a pas encore été faite», explique Vicki Ann Cremona, une citoyenne engagée auprès d’Occupy Justice. «Pour nous, ce site n’est pas un mémorial, mais un lieu de protestation.»

Deux ans après la mort de la journaliste d’investigation dans l’explosion de sa voiture piégée, les révélations de corruption mises au jour dans le volet maltais des «Panama Papers» continuent d’ébranler le petit archipel méditerranéen. Fin novembre, la justice maltaise remonte jusqu’au milliardaire Yorgen Fenech. L’arrestation de ce proche de Keith Schembri, l’ancien chef de cabinet du premier ministre, entraîne alors des démissions en cascade, jusqu’au chef du gouvernement lui-même, Joseph Muscat, dont le départ est prévu en janvier.

Corinne Vella est bouleversée lorsqu’elle descend les marches du Palais de justice. Dans la salle d’audience, la sœur de la victime vient de faire face à l’intermédiaire en charge d’organiser le meurtre. En échange d’une immunité, Melvin Theuma, chauffeur de taxi et usurier notoire, détaille ses échanges avec les trois hommes employés pour placer la bombe. «Il parlait comme si tout cela était tout à fait normal, c’est ce qui m’a le plus choquée», s’indigne-t-elle.

Un combat de mère en fils

Loin de l’agitation de la capitale, au centre de l’île, devant le portail de la propriété familiale, Matthew Caruana Galizia salue l’agent de police posté là nuit et jour. «C’est un peu dangereux», plaisante-t-il, avant de retrouver immédiatement son sérieux: «Les commanditaires du meurtre de ma mère sont encore en liberté.» Il est chez lui, le 16 octobre 2017, autour de 15h, lorsque la voiture de sa mère explose sur cette route.

La table du salon est recouverte de documents et de notes. Lors des deux dernières années de sa vie, la journaliste croule sous la quantité d’informations qui lui parviennent et son fils s’associe alors à son travail. «Lorsque vous vous tenez en face du bureau du premier ministre, vous avez devant vos yeux la façade institutionnelle d’une vaste organisation mafieuse. Car si son ex-chef de cabinet n’est pas au cœur de cette organisation, il en est indéniablement un élément clé», dénonce Matthew Caruana Galizia.

Comme les activistes d’Occupy Justice, il réclame la démission immédiate du premier ministre. En début de semaine, tambour en bandoulière, il participait encore à une manifestation face au parlement pour exiger une motion de censure contre le gouvernement.

La société divisée

Mais cette mobilisation est loin de faire l’unanimité au sein du plus petit pays de l’Union européenne, où le premier ministre jouit d’une solide popularité. Retour à La Valette, à une centaine de mètres du Palais de justice. John Bonaci pousse la porte de l’arrière-salle de sa pizzeria: le local sert de fief aux soutiens du Parti travailliste, dirigé par Joseph Muscat. «Ces manifestations n’ont rien à voir avec l’État de droit», soutient le président du comité, dont un grand-oncle fut ministre. «Je déplore le meurtre de Daphne Caruana Galizia et je suis triste pour sa famille, mais l’enquête est en cours et des coupables ont été arrêtés. Cette mobilisation se poursuit à des fins politiques, elle est orchestrée par une partie de l’opposition.»

Signe des divisions creusées par le combat des soutiens de la journaliste assassinée: à plusieurs reprises le mémorial installé par Occupy Justice est retiré. Pour Matthew Caruana Galizia, l’enquête sur le meurtre de sa mère doit lever le voile sur la corruption de grande ampleur qui gangrène l’île et «forcer la société maltaise à regarder en face ce qu’elle et devenue et ce qu’elle veut être».

Créé: 06.12.2019, 20h30

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