Les maires pro-référendum convoqués et menacés

CatalogneLe ton se durcit. Le parquet général convoque et met en examen les maires prêts à organiser le référendum. Ils seront arrêtés s'ils ne se présentent pas.

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Le parquet général d'Espagne a annoncé mercredi que les maires de Catalogne qui participent à l'organisation d'un référendum d'autodétermination interdit risquent des poursuites judiciaires, voire une arrestation, provoquant un tollé parmi les 700 édiles concernés.

L'annonce est intervenue à la veille de l'ouverture jeudi soir de la campagne des séparatistes pour le référendum du 1er octobre, où ils entendent encore montrer de manière massive leur détermination.

Un meeting dans d'anciennes arènes est prévu à Tarragone, ville à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Barcelone, à 20h00 (18h00 GMT), non sans incertitudes: un juge administratif a déjà annulé à Madrid un autre acte de promotion du réferendum, partant du principe qu'il est interdit.

Esprits échauffés

Mercredi, les menaces du parquet vis-à-vis des maires ont encore échauffé les esprits dans cette région du nord-est de l'Espagne de 7,5 millions d'habitants.

Le président indépendantiste catalan Carles Puigdemont a dénoncé dans la soirée une «atrocité... peu digne d'une démocratie», et annoncé qu'il participerait samedi à une manifestation à Barcelone au côté des maires pour protester contre l'annonce.

Ignorant Madrid, il a aussi lancé un nouveau défi à l'Etat en publiant sur Twitter deux nouvelles adresses web consacrées au référendum, alors que la garde civile venait d'annoncer la fermeture d'un précédent site. Il a promis «que les gens pourront voter le 1er octobre, alors que le gouvernement de Mariano Rajoy répète à qui veut l'entendre qu'il n'y aura pas de référendum».

«Tension accrue»

La tension s'est vivement accrue depuis que le parlement catalan a adopté le 6 septembre une loi organisant ce référendum, convoqué ensuite par le gouvernement de Carles Puigdemont. La loi a été presque immédiatement suspendue par la Cour constitutionnelle, qui a prévenu ses organisateurs qu'ils risquaient des poursuites. Indifférents à la menace, 712 maires catalans sur 948 se sont engagés à céder des locaux pour le référendum.

Mercredi le parquet général a du coup ordonné aux procureurs de Catalogne de citer ces maires à comparaître, »en tant que mis en examen» soupçonnés de coopérer à «l'organisation du référendum illégal».

Au cas où un maire ne répondrait pas, le parquet demande même d'«ordonner son arrestation« pour qu'il soit amené au parquet »dans les plus brefs délais». «Nous n'avons rien à cacher, et quand nous devrons comparaître (devant les parquets), nous leur dirons (...) que nous continuerons à travailler pour pouvoir voter le 1er octobre», a déclaré à la presse la présidente de l'Association des mairies indépendantistes, Neus Lloveras.

«Qu'ils nous arrêtent !»

«Quand plus de 700 maires sont poursuivis par la justice, ce ne sont pas les maires qui ont un problème, c'est la justice», a déclaré Miquel Buch, maire de Premià de Mar (28'000 habitants) et membre du PDeCAT (conservateur et indépendantiste) «Qu'ils nous arrêtent ! Ils sont fous !», a réagi David Rovira, le maire de l'Espluga de Francoli (3800 habitants), également du PDeCAT.

La CUP, petit parti d'extrême gauche séparatiste, a de son côté assuré que les maires issus de ses rangs ne comparaîtraient pas. Le chef du gouvernement conservateur espagnol, Mariano Rajoy, bien décidé à empêcher la consultation, a de nouveau appelé les dirigeants catalans à se plier aux décisions de justice: «Si la loi n'est plus respectée, cela signifie que la volonté de la majorité des citoyens ne sert absolument à rien et que chacun peut faire ce qu'il juge opportun», a-t-il déploré.

Les Catalans sont profondément divisés selon les sondages, même si plus de 70% d'entre eux sont favorables à un référendum légal. Et, sur les dix villes catalanes les plus peuplées, six ont pour le moment refusé de s'impliquer directement dans l'organisation du scrutin - dont Barcelone (1,6 million d'habitants).

La Catalogne connaît depuis le début des années 2010 une montée de l'indépendantisme, liée notamment à l'annulation partielle du nouveau statut d'autonomie qui lui conférait des compétences élargies et la reconnaissait en tant que «Nation» dans l'Etat espagnol. Lundi, des centaines de milliers de personnes avaient ainsi de nouveau défilé à Barcelone en faveur du référendum et du «oui» à l'indépendance.

Depuis 2012, les séparatistes - majoritaires au parlement régional - réclament un référendum d'autodétermination, déclaré anticonstitutionnel par la justice. Le roi Felipe VI, chef de l'Etat censé incarner son unité, est sorti de sa réserve mercredi se disant sûr que «la Constitution prévaudra sur toute rupture du vivre-ensemble». (afp/nxp)

Créé: 13.09.2017, 14h54

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