Les jet-skis du Léman risquent de prendre l’eau

Activités lacustresUn nouveau règlement veut interdire toutes les motos nautiques. Un professionnel français refuse de boire la tasse.

Les jet-skis sont encore autorisés de l'autre côté de la frontière.

Les jet-skis sont encore autorisés de l'autre côté de la frontière. Image: 24HEURES/Chantal Dervey

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«Ces lâches de Français ont été me dénoncer en Suisse! L’administration ne supporte pas qu’un citoyen lambda lui résiste. Alors elle appelle à l’aide ses voisins pour me couler.» Patron du Sealac Jet Club, basé à Maxilly-sur-Léman, en Haute-Savoie, Pascal Guarnieri, 55 ans, ne mâche pas ses mots. Il faut dire que la menace qui plane au-dessus de sa tête est capitale pour son avenir: une révision du règlement de la navigation sur le lac Léman prévoit, en effet, d’interdire les jet-skis à vrombir sur l’ensemble du lac… alors qu’ils sont pour l’heure encore autorisés sur un périmètre français.

Consultation en cours

Ce projet vient d’être dévoilé par l’Office fédéral des transports; une période de consultation est ouverte jusqu’au 5 octobre. Pascal Guarnieri, qui court inlassablement les tribunaux pour préserver ses billes, est inquiet: «On veut m’empêcher de travailler et de m’adonner à ma passion», déplore le bouillant quinquagénaire, patron d’une petite entreprise de trois employés qui propose cinq motos aquatiques à la location, au prix de 90 euros la demi-heure. À la décharge de ce professionnel, on a assisté à une série de changements dans les lois françaises au cours de ses dernières années. Un arrêté préfectoral a d’abord interdit la pratique du jet-ski en février 1989, avant que la Cour d’appel de Lyon ne la réautorise dès septembre 2014, suite à la demande de Pascal Guarnieri en personne. Il souhaitait alors ouvrir sa base à Maxilly-sur-Léman. Le tribunal administratif de Grenoble a finalement abrogé les deux derniers arrêtés préfectoraux qui interdisaient la pratique de cette activité nautique, l’an dernier.

«La Préfecture de Haute-Savoie (ndlr: qui n’a pas répondu à nos appels mercredi) ne veut pas rester sur une défaite, alors elle compte sur un accord bilatéral, Mais c’est un problème franco-français! Les Suisses ont leur règlement, nous le nôtre.» Considérés comme des navires de plaisance, les jet-skis ne peuvent pas être homologués en Suisse à cause de leurs dimensions réduites. N’étant ainsi pas immatriculables, ils sont prohibés des eaux helvétiques depuis des années. «Je bénéficie du seul plan d’eau autorisé sur le Léman, précise Pascal Guarnieri. J’ai signé des accords avec la Préfecture pour cela.»

Sécurité et bruit

Sans surprise, les défenseurs de l’environnement se félicitent de cette révision du règlement en cours. À commencer par l’Association pour la sauvegarde du Léman (ASL): avec d’autres groupements français, elle fait partie d’un collectif qui se bat activement contre la présence des jet-skis sur le Léman. «On est bien sûr satisfait sans jubiler pour autant. Tout cela va dans le bon sens, mais on attend le verdict final», réagit sa secrétaire générale, Suzanne Mader. Parmi les motivations d’interdiction, «le Léman est un havre de paix pour de nombreux oiseaux migrateurs, note la représentante de l’ASL. Les jet-skis entraînent aussi des risques élevés pour le matériel des pêcheurs et notamment pour leurs filets. Nous nous soucions aussi de la sécurité des plaisanciers et des nuisances sonores occasionnées par ces engins.» Pascal Guarnieri ne comprend pas un tel argument: «Avec les progrès technologiques, nos jet-skis sont nettement moins bruyants. Et puis, nous sommes aujourd’hui en totale harmonie avec l’environnement. Même les canards viennent barboter près de nous.» Les amis de la nature apprécieront…

Un cas d'infraction

Une chose est sûre, la popularité de ce sport reste à démontrer même si notre passionné de vitesse lacustre affirme compter quantité de clients suisses, «frustrés de ne pas pouvoir s’adonner au jet-ski dans leur pays». Pascal Guarnieri ne cache toutefois pas les limites de son fleuron: «Pas de quoi baigner dans l’euphorie! Nous faisons 4-6 sorties par jour entre 10 et 18 heures (horaire autorisé) sans jamais franchir la frontière suisse.» Les pratiquants peuvent ainsi surfer sur 90 km2 des 585 km2 de la surface totale du Léman, selon les indications de Pascal Guarnieri. Dès le moment où les usagers quittent cette zone, ils sont en infraction, avertit Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police genevoise. «S’ils s’aventurent en eaux genevoises, nous les dénonçons aux autorités françaises.» Un tel cas a été récemment recensé du côté du port de la Nautique. (TDG)

Créé: 18.07.2018, 19h31

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