À Jérusalem, les Israéliens jubilent, les Palestiniens enragent et prédisent le pire

MondeLa décision américaine de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël pourrait bien mettre le feu.

Des factions palestiniennes ont appelé à manifester.

Des factions palestiniennes ont appelé à manifester. Image: Keystone

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Entre les commandes de ses clients, Abu Hassan fulmine. «Trump est un voleur», s’exclame le Palestinien dans son restaurant situé sur Al-Wad, artère principale du quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, où il est né. «Il est fou de reconnaître al-Quds comme la capitale des Israéliens car les Palestiniens sont prêts à mourir pour cette ville», avertit le père de trois enfants. «Ma famille vit ici depuis 130 ans», raconte-t-il en marchant sous les arches de pierres. «Le sort de Jérusalem est entre les mains de Dieu et personne d’autre», lâche Abu Hassan, avant d’aller servir ses falafels.

À quelques pas, des Israéliens venus prier au mur des Lamentations exultent. «C’est une victoire», lance Yaniv, kippa sur la tête. Seule déception: le transfert de l’ambassade n’est pas immédiat. «Trump a peur de tenir sa promesse», lui reproche le religieux. Dès sa création en 1948, Israël a fait de Jérusalem-Ouest sa capitale, avant de conquérir l’est lors de la guerre des Six-Jours, 19 ans plus tard. En 70 ans, jamais un État n’a reconnu la souveraineté israélienne sur la ville trois fois sainte. «Nous avons attendu assez longtemps. Jérusalem est notre capitale depuis 3000 ans, c’est écrit dans la Torah», justifie l’Israélien, né de parents maghrébins. La paix? «Nos voisins doivent d’abord comprendre que c’est notre pays», tranche-t-il.

Deux visions qui semblent irréconciliables. Pourtant, Jérusalem est «indivisible», tranche une loi adoptée en 1980 par la Knesset. Trump a joué de prudence en évitant de répéter le vocable israélien. «Pour y croire, il faut être déconnecté de la réalité. Jérusalem n’a jamais été aussi divisée et contestée qu’aujourd’hui», commente Daniel Seidemann, directeur de l’ONG Jérusalem Terrestre. D’un côté, les Israéliens vivent librement, de l’autre les Palestiniens sont sous occupation, «sans passeport ni droits égaux», soulève-t-il.

Unique au monde en raison de ses lieux saints pour les trois religions monothéistes, «Jérusalem doit être gérée par une entité internationale», croit Tale, une Israélienne venue faire des emplettes. Comme c’était prévu dans le plan de partage de la Palestine de l’ONU en 1947. L’histoire en a décidé autrement. Dans une ruelle qui mène vers l’Esplanade des Mosquées, aussi appelée Mont du Temple par les juifs, Fatima craint l’augmentation du nombre de colons israéliens dans la vieille-ville. «Ils viennent déjà nous solliciter avec des chèques en blanc pour acheter nos maisons mais Jérusalem n’a pas de prix», explique la vendeuse de robes palestinienne.

«Qui protégera la mosquée Al-Aqsa?» questionne Oday, un commerçant. Le roi de Jordanie, pays qui gère le site, a bien tenté de faire plier Trump. «La Jordanie perd de son l’influence et aucun État arabe ne nous soutient réellement», remarque-t-il. «Cette reconnaissance ne va rien changer pour les Palestiniens, Israël gouverne déjà de force sur Jérusalem depuis 50 ans», dénonce Fayrouz Sharqawi, coordinatrice de Grassroots, une association citoyenne de Jérusalem-Est. La militante blâme l’Autorité palestinienne pour «son incompétence et sa passivité» qui pousseront la rue à mener la lutte, comme ce fut le cas pour défendre l’accès à l’Esplanade des Mosquées en juillet dernier.

Younès s’en souvient très bien. L’armée israélienne avait bouclé la vieille-ville. Aucun touriste et un chiffre d’affaires en chute libre. Devant son étalage de cigarettes, l’homme dans la cinquantaine hoche la tête devant la télé. Sur l’écran, des factions palestiniennes appellent à manifester. «Une troisième Intifada, c’est possible», lâche d’un trait le commerçant.

(TDG)

Créé: 06.12.2017, 20h40

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