Jean Jaquet est le sculpteur préféré des Genevois

1805L’enfant de Pregny rend moins austères les intérieurs des riches Genevois de son temps.

En haut, le salon de Cartigny au MAH. En bas à gauche, Jean Jaquet, membre de la Société des arts, par Saint-Ours. En bas, fragment du décor de Jean Jaquet replacé aux Délices.

En haut, le salon de Cartigny au MAH. En bas à gauche, Jean Jaquet, membre de la Société des arts, par Saint-Ours. En bas, fragment du décor de Jean Jaquet replacé aux Délices. Image: BIBLIOTHÈQUE DE GENÈVE/SOCIÉTÉ DES ARTS

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L’intégralité du décor d’un salon créé vers 1805 par Jean Jaquet pour la Maison Duval, appelée aussi le château de Cartigny, est visible au Musée d’art et d’histoire (MAH) depuis son ouverture, en 1910. L’institution en a fait l’acquisition cinq ans plus tôt, à la faveur du changement de propriétaire de cette demeure de prestige de la Champagne genevoise. Boiseries, corniches, consoles, cheminée, miroirs et parquets sont chez eux depuis bientôt cent dix ans à la rue Charles-Galland.

L’intérêt qu’on leur porte depuis si longtemps est à la mesure du rôle que leur auteur, Jean Jaquet (1754-1839), a joué à Genève au début du XIXe siècle. Un rôle que sa modeste origine paysanne n’annonçait pas. Sa mère n’est pas la femme de son père, le laboureur François Jaquet. Elle se marie plus tard avec un Dupuis, employé au château de Tournay, à Pregny, au foyer duquel le petit Jean grandit. Ce dernier est né tout près, au hameau de Chambésy.

Un coup de ciseau parisien

Apprenti plâtrier, Jean Jaquet aurait pu rester un humble artisan si son goût et son talent pour le dessin ne l’avaient pas fait remarquer par l’ami des arts François Tronchin, grand collectionneur et ami de l’ancien châtelain de Tournay, Monsieur de Voltaire. La proximité de gens fortunés et cultivés aide Jean Jaquet à voir plus loin que le clocher de son village. Tronchin finance le voyage du jeune homme en 1781 à Paris, où il affine son coup de ciseau chez le sculpteur Augustin Pajou. Puis c’est l’Italie que le jeune artiste découvre en 1796, toujours grâce à la générosité de son protecteur genevois.

Voilà notre Jeannot prêt à se lancer sur le marché genevois. Car l’ancien gâcheur de plâtre a le sens du commerce. Plutôt que d’attendre la commande de bustes – il a très bien réussi ceux du naturaliste Charles Bonnet et de Jean-Jacques Rousseau, mais il n’y a pas là de quoi nourrir une famille – le sculpteur ouvre un lucratif atelier de décoration intérieure. Les boiseries et autres ornements y sont sculptés dans le bois avec une finesse et un bon goût qui réjouissent la grande bourgeoisie genevoise.

À la demande de François Tronchin, Jaquet embellit sa maison des Délices, habitée naguère par Voltaire. Il met au goût du jour les pièces de réception de la Maison Pictet, dite «Le Reposoir», le bel étage de l’immeuble anciennement Necker, au 9, rue Jean-Calvin, la maison de maître de la campagne Vieusseux puis Masset, à Aïre, l’ancienne Maison Picot devenue le presbytère de Genthod. Ces décors-là existent encore dans leur environnement d’origine. Du Jean Jaquet resté in situ se voit aussi au Petit-Chougny (Vandoeuvres) et au château de Choully.

Les boiseries des Délices, qui avaient trouvé refuge provisoirement au MAH, sont revenues au bercail. À l’instar du salon de Cartigny, d’autres décors ont été déplacés définitivement, comme celui du salon du Domaine de Villars, au Petit-Saconnex, «adapté» au vestibule des Délices au XXe siècle. Des ornements signés Jaquet provenant de l’immeuble Roux, au 25, rue de Chantepoulet, se trouvent dans la Villa Barton, siège aujourd’hui de l’Institut des hautes études internationales de l’Université de Genève (IHEI).

Suivre l’exposition «Le salon de Cartigny à l’heure néoclassique» au MAH et la conférence de Vincent Chenal sur les Duval propriétaires à Cartigny, jeudi 21 novembre à 20 h à la salle communale de Cartigny

Créé: 09.11.2019, 10h18

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