Les investisseurs se frottent le ventre cette année

PlacementsToutes les classes d’actifs sont en forte hausse depuis le mois de janvier.

Le bas niveau des taux d’intérêt et les liquidités créées par les banques centrales ont soutenu les marchés financiers.

Le bas niveau des taux d’intérêt et les liquidités créées par les banques centrales ont soutenu les marchés financiers. Image: GETTY IMAGES

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Ça rigole cette année pour les investisseurs. Que vous ayez acheté de l’or, du pétrole, des actions, de l’immobilier ou des obligations, de solides performances sont au rendez-vous. «La dernière fois que j’ai observé un phénomène de cette amplitude, c’était en 2006-2007, lors du gonflement de la bulle hypothécaire aux États-Unis», relève Alessandro Mauceri, CEO du gérant indépendant Memento à Genève.

Il est vrai que les hausses sont substantielles. Plus de 20% sur les marchés d’actions en Europe et aux États-Unis, ou encore sur le cours du pétrole. Les marchés obligataires, dont les prix évoluent dans le sens opposé du mouvement des taux d’intérêt, n’ont pas été en reste. La chute des rendements a dicté le rythme et fait grimper les papiers obligataires. «Le taux à 10ans américain a commencé l’année à 2,62% et se trouve actuellement à 1,78%», illustre Marie Owens Thomsen, cheffe économiste d’Indosuez Wealth Management. Dans cet environnement, on flirte avec les 10% de performance, que l’on ait accumulé des obligations d’entreprises ou la dette des pays émergents.

Fortes liquidités

Une bonne nouvelle également pour les placements des caisses de pension. «Tout ceci est la conséquence de taux bas, voire négatifs en Suisse et en Europe, et de la masse de liquidités créée par les banques centrales pour soutenir l’économie mondiale», analyse Alessandro Mauceri. Par capillarité, la masse d’argent afflue jusque dans les marchés financiers.

Tous les investisseurs n’en auraient cependant pas profité pleinement. «Beaucoup de banques étaient très négatives sur les marchés en raison de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, des incertitudes liées au Brexit et du ralentissement économique, explique Anton Sussland, gérant indépendant à Genève. Les positions en actions ont alors été parfois sous-pondérées dans les portefeuilles et les risques limités sur la partie obligataire.» Le financier estime que la performance d’un portefeuille «équilibré», soit celui de Madame et Monsieur Tout-le-Monde, devrait avoisiner 11 à 14% depuis janvier. «Mais j’observe que l’on se trouve plutôt aux alentours de 6 à 10%.»

Frileuses, les banques? Le minikrach qui avait frappé les marchés à la fin de l’année dernière avait certainement poussé à la prudence. Mais les rendements communiqués semblent plutôt solides. «Nous avons dégagé une performance de l’ordre de 12% depuis le début de l’année sur un portefeuille de type équilibré», répond Stéphane Monier, responsable des investissements chez Lombard Odier. À Genève, le groupe Indosuez Wealth Management enregistre aussi une performance légèrement supérieure à 10%.

Protéger les placements

Les performances sont étroitement liées à la sensibilité aux marchés boursiers. «Nous avons gardé une pondération en actions proche de celle des indices de référence, précise Stéphane Monier. Notre pari tactique sur l’or s’est aussi révélé gagnant.» Lombard Odier a placé entre 3 et 5% de métal jaune dans le portefeuille de ses clients. Depuis janvier, le cours de l’or a grimpé de près de 15%.

Mais une certaine prudence est de mise. «Nous avons commencé à protéger les portefeuilles de la clientèle en mettant en place des stratégies de couverture, basées sur des options, partiellement autofinancées», indique-t-il.

La suite? Elle ne devrait pas être aussi positive. «Les performances des portefeuilles pourraient être plus proches de 3% ou 4% que de 10% en 2020, relève Stéphane Monier. Car nous évoluons dans un cycle économique marqué par une croissance faible, où les États, endettés, n’ont guère de latitude en matière de dépenses publiques pour relancer l’économie.» L’Allemagne et la Suisse font figure d’exception avec le bas niveau d’endettement public qui les caractérise.

Positif sur les actions

À l’inverse, certains demeurent clairement friands d’actions. «La situation sur le front de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis va se détendre», affirme Anton Sussland. Les négociations actuelles entre Washington et Pékin devraient déboucher sur une baisse des taxes à l’importation imposées ces derniers mois. Un regain d’optimisme qui va redonner du tonus aux entreprises, dont une majorité a tiré le frein à main en termes d’investissement depuis deux ans, car craignant la récession. «Cela va les pousser à investir davantage dans les usines et l’outil de production au sens large, affirme-t-il. Les carnets de commandes de sociétés cycliques, telles ABB, Siemens, Saint-Gobain ou LafargeHolcim, vont en bénéficier.» Bref, le creux de la vague serait passé.


Un vrai risque immobilier

Cher, l’immobilier suisse, très cher même. «Le prix des maisons individuelles et des propriétés par étages a de nouveau atteint des records historiques au troisième trimestre 2019, relève l’équipe de Raiffeisen Economic Research. En un an, le prix des maisons a augmenté de 6% et celui des appartements en propriété de plus de 2%.» Cela a clairement soutenu les placements financiers en lien avec le marché de la pierre.

Les fonds immobiliers cotés ont même enregistré des gains de près de 18% depuis janvier. Ces gains plus que proportionnels sont liés à l’évolution des marchés financiers, qui explosent cette année et les ont entraînés à la hausse.

Que réserve 2020? Un triple risque pourrait peser sur les placements en immobilier coté. Tout d’abord, l’envolée du nombre de constructions survenue ces dernières années dans le pays pourrait faire sentir ses effets. Un tassement commence à être observé au niveau des loyers. Cela devrait peser sur les fonds immobiliers. «Le dernier recensement de logements vacants réalisé par l’Office fédéral de la statistique montre qu’en cinq ans, le nombre de logements locatifs inoccupés a augmenté de 56%», souligne Raiffeisen Economic Research. En Suisse, le taux de logements vacants dépasse aujourd’hui les 2,6%, ce qui est largement supérieur au taux d’équilibre, qui se trouve aux alentours de 1,5%. Bref, la situation est délicate.

Le loyer de l’argent ensuite. Un frétillement sur le plan des taux d’intérêt, qui sont très négatifs actuellement (-0,6% sur les emprunts de la Confédération à 10ans) serait aussi préjudiciable. Cela ne manquerait pas de mettre sous pression l’immobilier. Enfin, une année boursière en demi-teinte ferait également sentir ses effets. L’immobilier coté n’avait-il pas perdu 8% en 2018 avec le minikrach boursier? N.P.

Créé: 01.12.2019, 16h03

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