Guerre de l’acier: pour quelle géopolitique?

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En annonçant son intention de taxer l’acier et l’aluminium importés, D. Trump n’a pas invoqué comme raison le déficit commercial abyssal des États-Unis mais une considération stratégique des plus classiques. Selon lui en effet, pays qui perd l’autosuffisance dans la production d’acier et d’aluminium perd aussi les moyens de son destin. Ce faisant il a quitté le terrain de l’économique pour celui de la géopolitique; l’allusion aux capacités d’armement est en effet à peine voilée. L’argument est de taille et ne peut être balayé d’un revers de main, surtout en période où les rapports se tendent un peu partout dans le monde.

La décision – dont les modalités d’application restent à préciser – serait donc plus stratégique qu’économique. Elle pose la question des limites légitimes du libre-échange quand il met en danger les bases de la souveraineté nationale.

Montesquieu voit dans le libre-échange un moyen pour civiliser les mœurs…

Le libre-échange subordonne les localisations de production, à l’exclusion de tout autre considération, au seul calcul économique. Ce qui compte est le «gain à l’échange» calculé par l’augmentation de la consommation. De nombreux philosophes et économistes, à commencer par Montesquieu, voient dans le libre-échange un moyen pour civiliser les mœurs en enserrant les éventuels candidats à confrontation armée dans un enchevêtrement inextricable d’interdépendances économiques dont ils ne pourraient plus jamais sortir. Cette même idée se trouve au cœur de l’ordre mondial issu de la Seconde Guerre. Le démantèlement des barrières commerciales et la fin des dévaluations devaient permettre au libre-échange de faire son travail pacificateur. Pendant les trois derniers quarts de siècle, les promesses ont été tenues – l’économique a pris le dessus sur le politique. Les déclarations de Trump indiquent que le point d’inversion est proche et que le politique reprend ses droits. Sur ce point précis, les États-Unis s’alignent donc sur les vues de la Chine et de la Russie.

Si D. Trump veut préserver l’autonomie militaire américaine, les barrières tarifaires annoncées pourraient bien faire la part des choses et privilégier ceux parmi les alliés militaires des États-Unis qui portent leur part de la charge en matière de sécurité. En été 2017, le président Trump avait menacé de sanctions ceux parmi les pays membres de l’OTAN qui resquillaient en ayant des dépenses militaires systématiquement inférieures à l’objectif des 2% du PIB; soit la quasi-totalité à l’exception du Royaume-Uni, de la Grèce, de l’Estonie, de la Roumanie et de la Pologne. Pour mémoire, les dépenses militaires des États-Unis s’élèvent à 3,6% – soit à peu près le produit de la Suisse.

Les tarifs seraient ainsi un moyen pour Trump de compter ses alliés militaires – comme au temps de la guerre froide – et de mettre une limite à l’emprise que le libre-échange peut exercer sur la structure économique du pays. Pourraient suivre, en toute logique, les limites à l’exportation des technologies de pointe et à la prise de contrôle des entreprises. Dans ce cas, une déglobalisation sélective aurait commencé. (TDG)

Créé: 13.03.2018, 14h56

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