De grands succès retrouvent les écrans géants

Cinéma«La liste de Schindler» ressort au cinéma pour ses 25 ans. À l’ère du streaming et du tout-accessible, pourquoi donner une nouvelle vie à un film en salle.

En incorporant de la couleur au milieu du noir et blanc de son film, Steven Spielberg a essuyé quelques critiques lui reprochant de transformer la Shoah en grand spectacle hollywoodien.

En incorporant de la couleur au milieu du noir et blanc de son film, Steven Spielberg a essuyé quelques critiques lui reprochant de transformer la Shoah en grand spectacle hollywoodien. Image: UNIVERSAL PICTURES

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Après la ressortie de «Titanic» (2012) ou de «Jurassic Park» (2013) sur nos écrans – et en 3D –, «La liste de Schindler», drame historique de Steven Spielberg sur la Shoah, revient en salle le 27 janvier, dans une version restaurée en 4K, soit de l’ultrahaute définition. Et sera notamment projeté dans les cinémas Pathé. Au-delà des rétrospectives de la Cinémathèque suisse ou des projections dans les festivals de films, certains classiques du cinéma – qu’ils soient des jalons de l’histoire du cinéma, de grands succès publics ou critiques – s’imposent désormais dans les grands circuits de distribution. Notamment les blockbusters hollywoodiens, qui s’offrent même de nouvelles affiches et bandes-annonces pour l’occasion.

Donner une nouvelle vie

La ressortie de «La liste de Schindler» a pour but premier de célébrer les 25 ans du film récompensé sept fois aux Oscars en 1994. Il permet surtout à son distributeur, Universal Pictures, de rafraîchir un film important de son catalogue en lui donnant une deuxième vie. «À l’ère du numérique et de la haute définition, la restauration d’un film donne l’impression de faire quelque chose de plus beau, de plus propre, et lui permet donc de rester dans le circuit», explique Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque suisse.

La numérisation d’une œuvre est une entreprise souvent longue et coûteuse. Mais la société de production investit peu d’argent comparé aux potentielles recettes qu’elle peut réaliser. La ressortie en salle vise aussi un retour sur investissement, selon Reto Philipp, directeur marketing d’Universal Pictures Switzerland. «Même si nous n’avons pas d’attente commerciale particulière avec cette ressortie, le processus de restauration a été long et coûteux pour le studio, étant donné que le film dure plus de trois heures. Nous voulions d’abord honorer comme il se doit un film qui compte énormément aux yeux d’Universal et de Steven Spielberg, avec qui le studio entretient un lien privilégié depuis plusieurs décennies. Et donc le montrer dans les meilleures conditions.»

Une fois remis à neuf, le film peut faire l’objet d’une réédition en vidéo ou d’une mise en ligne sur les plateformes de streaming. Mais une ressortie en salle permet de transmettre une œuvre aux nouvelles générations, de toucher une autre audience et, ainsi, de multiplier les sources de revenus. Pour Frédéric Maire, malgré la tendance actuelle et les plateformes de streaming comme Netflix, qui facilitent l’accès aux films anciens depuis chez soi, un certain public a toujours un intérêt à voir un film ancien sur grand écran. En témoigne le succès récent des projections des films «Pulp Fiction», de Quentin Tarantino, et «Le Guépard», de Luchino Visconti, au Capitole, à Lausanne, en fin d’année, qui ont chacune réuni plus de 800 spectateurs. «Les salles obscures apportent toujours des conditions particulières, une expérience événementielle unique et collective.»

Le marché suisse est vite saturé

Si la ressortie d’un film au cinéma ne coûte presque rien aux distributeurs de majors tels qu’Universal ou Warner Bros. – il suffit de mettre à disposition des salles le fichier numérique du film remastérisé –, il est pourtant rare de voir ce genre de ressorties en Suisse. Contrairement à la France. «Chez nos voisins, le marché est unique au monde. Il y a des distributeurs qui travaillent uniquement sur du film de patrimoine, poursuit le directeur de la Cinémathèque suisse. En Suisse, le marché est plus petit et très vite saturé. Les majors ont tout intérêt à mettre leurs nouvelles productions dans les salles plutôt que d’encombrer le terrain avec des films anciens dont la réputation n’est plus à faire.»

«Les salles obscures apportent toujours des conditions particulières, une expérience événementielle unique et collective»

Comment expliquer alors que «La liste de Schindler» bénéficie d’une sortie en Suisse? Reto Philipp répond qu’il s’agit d’une volonté du groupe Universal à l’international. «La décision est prise en fonction des discussions entre la maison mère et Universal Suisse. Nous analysons les potentiels commerciaux d’une telle ressortie, la priorité du studio à ce moment précis et la place que l’on peut octroyer à un tel film dans notre catalogue et dans les salles.»

Importance historique

Au-delà de l’occasion d’un anniversaire ou d’une restauration, programmer une ressortie au sein de la grande distribution doit susciter l’intérêt auprès d’un large public. En somme, il doit s’agir d’un classique du cinéma ou d’un film culte. Comment en juger? En se fondant uniquement sur son succès critique ou commercial? «Non et non, répond Frédéric Maire. Les exemples contraires sont nombreux. Et certains films sont devenus cultes malgré un échec sur les deux tableaux. Cela doit être un film unique, qui traverse le temps et les générations. Et qui gagne à chaque fois une nouvelle qualité.»

Pour Universal, si «La liste de Schindler» remplit les conditions d’un grand succès populaire (320 millions de dollars de recettes dans le monde et sept Oscars à la clé), il représente avant tout un film à l’importance historique et culturelle. De par le traitement hollywoodien de son sujet – qui valu à Spielberg bon nombre de critiques lui reprochant d’avoir transformé la Shoah en grand spectacle – et de son contexte de sortie, en réponse à une montée d’idées néonazies et négationnistes à la suite de la chute du mur de Berlin. Sa date de ressortie le 27 janvier, un dimanche, n’est pas choisie au hasard, puisqu’il s’agit en réalité de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste.


«La liste de Schindler», Steven Spielberg (1994)
Ressortie en salle le 27 janvier à l’occasion des 25 ans du film
www.pathe.ch
(TDG)

Créé: 10.01.2019, 21h41

Les principales raisons d’une ressortie

Conversion en 3D
Galvanisé par le succès de son «Titanic» en 3D, James Cameron a choisi de convertir aussi le chef-d’œuvre de sa saga culte. Une tout autre façon de redécouvrir ce deuxième volet de «Terminator», et voir le fusil de Schwarzy traverser l’écran.



«Terminator 2: Le Jugement dernier», de James Cameron (1991). Ressorti le 14 septembre 2017.

Une version restaurée
Yves Montand et Charles Vanel se retrouvent à bord d’un camion blindé d’explosifs. «Le salaire de la peur» a été restauré en haute définition 4K. Plus de cinq cents heures de nettoyage ont été effectuées manuellement image par image.



«Le salaire de la Peur», d’Henri-Georges Clouzot (1953). Ressorti le 8 novembre 2017.

L’anniversaire
Pour fêter ses 50 ans, le chef-d’œuvre intemporel de science-fiction a bénéficié d’une restauration plébiscitée par le Festival de Cannes, distribué ensuite dans les salles françaises et même au Cinerama Empire, à Genève, l’été passé.



«2001, l’Odyssée de l’espace», de Stanley Kubrick (1968). Ressorti le 13 juin 2018.

Profiter du contexte
Classique de l’horreur signé Brian De Palma adapté d’un roman de Stephen King, «Carrie» a profité de la période de halloween pour se refaire une beauté sur grand écran, attirant autant les jeunes curieux que les cinéphiles séduits sur vidéo.



«Carrie au bal du diable», de Brian De Palma (1976). Ressorti le 1er novembre 2017.

Pour une jeune génération
La ressortie en salle de «Harry Potter à l’école des sorciers» visait le jeune public rallié à la saga magique sur le tard grâce à la vidéo. Et lui permettait ainsi de (re)découvrir le film culte de ses aînés sur grand écran.



«Harry Potter à l’école des sorciers», de Chris Columbus (2001). Ressorti le 12 septembre 2018.

Une seconde chance
Directement sous l’influence d’«Indiana Jones», le film d’aventures de John Carpenter sera un échec commercial et critique cuisant. Grâce à la vidéo, le film connaîtra ensuite un grand succès auprès des cinéphiles, qui lui confèrent le statut de film culte.



«Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin», de John Carpenter (1986). Ressorti le 31 janvier 2018.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Grève des jeunes pour le climat
Plus...