Le français sauve sa peau de justesse en Thurgovie

EnseignementRetournement de situation: le parlement refuse de supprimer les cours de «Frühfranzösisch». La paix des langues tient bon.

En Thurgovie, les cours de français sont maintenus dans les classe du  primaire.

En Thurgovie, les cours de français sont maintenus dans les classe du primaire. Image: Keystone

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Le vote promettait d’être serré. Son issue n’en a pas moins surpris. Mercredi matin, lors de la seconde lecture du projet de modification de la loi scolaire cantonale, le Grand Conseil thurgovien a dit oui au maintien de l’enseignement du français en primaire. Par deux voix d’écart (62 contre 60). Il y a un mois, en première lecture, une majorité de 64 parlementaires contre 53 avait fait le choix inverse.

Dans la salle des débats, l’air incrédule de certains députés contrastait avec les applaudissements d’autres élus et le large sourire de Monika Knill. La cheffe de l’Instruction publique (UDC) peut sabler le champagne après avoir bataillé ferme pour que les premiers cours de la langue de Ramuz ne soient pas repoussés au secondaire. Voilà le spectre d’une intervention de la Confédération pour faire respecter la stratégie des langues envolé. Selon ce compromis, deux langues étrangères, dont une nationale, doivent être enseignées au niveau primaire.

Mesures d’amélioration

Une série de mesures proposées par Monika Knill a vraisemblablement pesé dans ce retournement de situation. La ministre a récemment concrétisé quatre promesses destinées à améliorer le système d’enseignement du français, dont la généralisation de demi-classes ou les facilités de dispense pour les élèves en difficulté. Autre appât: les notes en langues étrangères ne compteront plus directement pour l’affectation aux différents niveaux de l’école secondaire. L’arsenal a convaincu le syndicat des professeurs, opposé il y a encore deux semaines au Frühfranzösisch. Changement de position qui n’a pas manqué d’irriter les détracteurs de l’apprentissage précoce du français.

«Nous ne voulons pas supprimer les cours de français. Nous voulons les améliorer. Ce serait bien si on en prenait note à Berne et à Lausanne»

Mercredi, élus UDC, PDC et Verts se sont succédé au perchoir pour dire leurs doutes quant aux perspectives de succès des initiatives de Monika Knill. Repousser le français au secondaire favorisera les connaissances lacunaires des écoliers en allemand puis celles dans la langue de Molière, ont-ils martelé. «Nous ne voulons pas supprimer les cours de français. Nous voulons les améliorer. Ce serait bien si on en prenait note à Berne et à Lausanne», a lancé un élu Vert.

Dans le camp opposé, députés PS, PLR, Vert’libéraux, PBD et PEV ont mis en garde contre les coûts qu’entraînerait un changement de système. Après le rejet zurichois, le 21 mai, d’une initiative visant à ne garder qu’une langue étrangère en primaire, la crainte de voir la Thurgovie s’engager sur une voie solitaire a aussi été exprimée. Monika Knill a enfoncé le clou: «En acceptant la modification de la loi, on rompt avec la tradition sans avoir la conviction que la qualité de l’enseignement sera améliorée. Nous nous précipitons dans un épais brouillard avec l’espoir qu’aucun cul-de-sac ne se dresse sur notre chemin.»

Verdict après deux heures de débats: neuf élus UDC, Verts et PDC ont retourné leur veste, offrant une majorité aux partisans du français précoce. Parmi eux, la démocrate-chrétienne Christa Kaufmann. «Je suis convaincue par les mesures d’amélioration proposées par Monika Knill, qui s’est battue comme une lionne. Il faut lui donner la chance de les mettre en œuvre.»

Prochain test: Lucerne

Le vote clôt le chapitre thurgovien de la guerre des langues. Et signe une nouvelle victoire pour les défenseurs du plurilinguisme et de la cohésion nationale, après les non en votation populaire à Nidwald et à Zurich. «Ça met du baume au cœur de voir l’importance attachée à l’enseignement du français», réagit le conseiller national Matthias Reynard (PS/VS). Selon l’élu, la ligne rouge fixée par le conseiller fédéral Alain Berset a joué un rôle: le ministre fait planer la menace d’une loi fédérale en cas d’entorse à la stratégie des langues. A voir s’il devra passer à l’acte. Le prochain test aura lieu en septembre. Les Lucernois voteront alors sur une initiative visant à enseigner une seule langue étrangère en primaire. (TDG)

Créé: 14.06.2017, 21h46

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