Faut-il interdire les pesticides? Deux élues débattent

Face-à-faceUn comité apolitique neuchâtelois a déposé une initiative visant à interdire les pesticides de synthèse dans les aliments, l’agriculture et l’entretien du paysage. L’initiative en est au stade de la récolte de signatures. Deux élues livrent leurs points de vue sur ce texte

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Une définition trop floue


par Simone de Montmollin, députée PLR au Grand Conseil

De la réalité des mots. Cette initiative veut interdire tout «pesticide de synthèse» dans la production agricole et les denrées alimentaires indigènes et importées. Elle défend l’idée qu’un «pesticide de synthèse» est dangereux et engendre de graves risques sanitaires et environnementaux. Par opposition, l’utilisation de pesticides «pas de synthèse», donc naturels selon les initiants, permettrait d’atteindre des objectifs de production identiques tout en étant inoffensifs pour la santé et l’environnement. Mais qu’est-ce qu’un pesticide de synthèse et peut-on s’en passer?

Naturel versus synthétique La nature est la plus grande usine de produits de synthèse! Plantes, animaux et champignons synthétisent leurs propres composés au quotidien. Les produits chimiques en résultant, lorsqu’on les appelle par leur nom de molécules, sont partout dans la nature sans que personne ne s’en inquiète. Ce qui est perçu comme dangereux est le produit chimique synthétique, «artificiel», produit par l’homme. Alors que ce qui est perçu comme bon est le produit chimique issu de la nature, biologique et «naturel». Cette dichotomie n’est pas nouvelle. Pourtant, dans les deux cas, le produit résulte d’une synthèse. Où fixer la limite?

Sans définition claire, cette initiative est inapplicable. En effet, tous les produits de traitement sont des produits de synthèse. Soit directement synthétisés par la nature, puis extraits et combinés à d’autres produits de synthèse pour assurer leur stabilité, soit synthétisés en laboratoire pour des questions de rationalisation. Interdire les pesticides de synthèse reviendrait à interdire l’utilisation de tout produit de traitement, y compris ceux utilisés en mode de production dit «naturel». Or le fait de cultiver des plantes, principe même de l’agriculture, implique de les protéger contre les ennemis des cultures pour assurer qualité et quantité des biens alimentaires.

Satisfaire les besoins des populations. C’est ce que font depuis toujours les agriculteurs de notre pays. En professionnels, ils appliquent les traitements de manière ciblée et contrôlée. De son côté, le consommateur est-il prêt à payer plus cher une qualité aléatoire? Dans la réalité des faits, le tourisme d’achat est la réponse immédiate à toute augmentation de prix.

Une mauvaise réponse à un défi majeur. Protéger notre santé et notre environnement est un devoir. Un défi relevé depuis quarante ans par la recherche agronomique suisse. Grâce à des variétés résistantes disponibles pour de nombreuses cultures et des méthodes de production alternatives, il est possible de limiter drastiquement, voire d’éviter l’usage de pesticides. Une stratégie à renforcer car bien plus efficace sur le long terme.



Enfin un débat populaire sur les pesticides


par Lisa Mazzone, conseillère nationale, Les Verts

Un cocktail de pesticides de synthèse se retrouve tous les jours dans nos assiettes. Se mettre en danger pour répondre à un besoin vital, voici l’antithèse à laquelle nous confrontent les aliments dans la production desquels des pesticides ont été utilisés. Dernièrement, le glyphosate défrayait la chronique. Cet herbicide, que l’on trouve dans le Roundup, favoriserait le développement de cancers, selon l’OMS (2015). Le plus répandu en Europe, ce pesticide est désormais sur la sellette. Du reste, des pesticides sont régulièrement retirés du marché par les pouvoirs publics, mais malheureusement qu’après une longue durée d’utilisation.

La Suisse ne se décide en général à réagir qu’à la suite d’une décision de l’Union européenne. Il est aberrant que le principe de précaution ne prévale pas car, pendant les tergiversations politiques, les pesticides se répandent dans l’air, l’eau et le sol, bien au-delà des zones traitées, au point que presque toutes les eaux de surface analysées jusqu’ici présentent des valeurs largement supérieures à celles fixées par la législation, et ce depuis longtemps.

Avec plus de 2000 tonnes de produits chimiques de synthèse déversés sur notre territoire, la Suisse affiche un taux d’utilisation de pesticides particulièrement élevé, en comparaison européenne. Contamination des sols, des cours d’eau, des nappes phréatiques, de notre eau potable; l’atteinte à l’environnement est conséquente, tout comme les dommages sur la biodiversité et notre santé. Les premiers touchés sont les agriculteurs eux-mêmes, directement exposés aux risques.

Heureusement, il existe une alternative, bien plus rentable sur le long terme, qui se passe de pesticides. L’agriculture biologique compte d’ores et déjà 6000 exploitations dans notre pays et ne cesse de se développer, tout comme son chiffre d’affaires. Les Suisses sont d’ailleurs les plus dépensiers dans le bio, à travers le monde. Du reste, l’importation d’aliments bio, que l’on pourrait cultiver en Suisse, illustre cette demande qui promet une marge de progression importante.

Tous les consommateurs aspirent à manger sainement! Contrairement aux lieux communs, les pesticides ne rendent pas l’agriculture plus rentable. Au contraire, ils empoisonnent les sols et dégradent leur qualité. A terme, des conséquences directes se font ressentir sur la production, entraînant des coûts supplémentaires.

Du côté politique, on se hâte très lentement. Certes, la Confédération a publié cet été un projet de plan d’action, mais il manque encore d’ambition. La Suisse doit mener un débat digne de ce nom sur les pesticides, comme cette initiative l’exige, pour notre environnement et notre santé!

Créé: 13.12.2016, 17h24

Simone de Montmollin, députée PLR au Grand Conseil.

Lisa Mazzone, Conseillère nationale, Les Verts.

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