L’encombrant entourage d’Albert II

Football LeaksDes proches du prince ont proposé son influence dans l’attribution de deux rendez-vous sportifs. Le monarque nie toute implication.

Le FBI enquête sur l’attribution à Eugene (É.-U.) des Mondiaux 2021 par l’IAAF, dont son président, Sebastian Coe (à g.), et le prince Albert II sont des membres influents.

Le FBI enquête sur l’attribution à Eugene (É.-U.) des Mondiaux 2021 par l’IAAF, dont son président, Sebastian Coe (à g.), et le prince Albert II sont des membres influents. Image: AFP

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Malgré sa place prépondérante dans le monde du sport, Albert II a toujours été épargné par les scandales. Pourtant, le Palais n’échappe pas aux conflits d’intérêts. Selon les informations tirées des Football Leaks, des proches du prince, membre prestigieux de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) et du Comité international olympique (CIO), ont joué de son influence pour servir des intérêts sans lien avec ses mandats. Interrogé par «Mediapart», l’héritier de la maison Grimaldi se dissocie de ces pratiques. «Je n’ai donné aucune instruction de vote (…). Je vous regarde droit dans les yeux: je n’ai donné aucune instruction», assure-t-il. Son cabinet ajoute: «Le Prince Souverain a toujours adopté une règle de conduite conforme à l’éthique affirmée avec force lors de son discours d’avènement, et ce en toutes circonstances.» La ligne de défense est claire. Elle vise à dresser un cordon sanitaire face à une affaire qui pourrait se révéler plus grave qu’un simple jeu d’influence.

Surtout dans le cas de l’IAAF, alors que le FBI enquête sur les conditions dans lesquelles elle a attribué l’organisation des championnats du monde 2021 à la ville d’Eugene (É.-U.), où se trouve aussi le siège de Nike. Ce dossier met en lumière le rôle de Kory Tarpenning, ancien champion américain de saut à la perche, qui réside depuis plus de vingt ans à Monaco et y multiplie les investissements. Avec sa société Sirius, il est aussi le propriétaire de la franchise Nike Monte Carlo. Nike est l’équipementier officiel de l’ASM depuis le 14 mars 2014.

Cinq mois après la signature avec Nike, Tarpenning, qui se présente comme un «ami personnel» de Phil Knight (président de Nike) a réclamé à l’AS Monaco une commission «juste et respectueuse» de 3 millions d’euros. Dans un premier temps, personne dans le club n’a compris cette prétention, ses dirigeants affirmant dans plusieurs mails que, «d’un point de vue purement juridique, l’agence de Kory n’avait pas d’accord de représentation en matière de parrainage». L’affaire aurait pu s’arrêter là. Sauf que le vice-président de l’ASM, Vadim Vasilyev, a étonnement accepté de revoir sa position et de lui verser une commission de 9% sur la totalité du contrat. Un premier paiement de 648 000 euros a été effectué en décembre 2014. La raison? Tarpenning a présenté à Vasilyev sa propre correspondance avec la secrétaire particulière de Knight. Les messages échangés montrent que Tarpenning a bien participé aux négociations, sans que l’AS Monaco en soit informé. «Vous pouvez voir sur ces e-mails (…) que je suis vraiment à l’origine de l’intégration de Nike à l’ASM», a-t-il défendu dans un message adressé à Vasilyev. L’intermédiaire déclare aussi avoir reçu l’onction suprême: «J’ai partagé tous ces courriels avec le prince Albert, qui a répondu en disant qu’il était clair j’étais la seule personne ayant rendu cela possible.»

Aussi pour Paris 2024

Le club connaissait encore moins les motivations sous-jacentes au contrat. Les mails de Tarpenning révèlent qu’il a lui-même lié l’arrivée de Nike comme sponsor de Monaco à… l’influence du prince Albert au sein de l’IAAF. «Je n’ai jamais parlé d’appui possible à une candidature d’Eugene à des championnats ni de poursuite du sponsoring à l’ASM», conteste Albert II. Pourquoi, alors, Tarpenning s’en est-il prévalu? Interrogé, l’intermédiaire s’est retranché derrière la «confidentialité» des négociations. Les documents des Football Leaks révèlent un autre possible détournement de l’influence du prince Albert II, cette fois en lien avec la candidature de Paris aux JO 2024. Plusieurs membres de l’équipe avaient relevé la présence du prince à Lima en septembre 2017, pour la fête de victoire. Ce soir-là, il ne s’était pas privé de déclarer à quel point il avait lui aussi «aidé» Paris 2024. Un altruisme désintéressé? Peut-être pas pour tout le monde.

Lors du conseil d’administration de l’ASM du 14 mai 2013, Joël Bouzou, administrateur de l’ASM et conseiller «sportif» du prince, a assumé de vendre l’influence de Monaco au sein du CIO pour débloquer des dossiers. En l’occurrence, le club cherchait à faire plier le gouvernement français dans le conflit qui l’opposait aux instances du football. Ces dernières contestaient les avantages fiscaux du club sur les autres équipes de Ligue 1. En fin connaisseur des arcanes sportifs, Joël Bouzou a expliqué que, «sur le plan politique», la «France pourrait avoir besoin de l’appui de Monaco dans le cadre de sa candidature pour les Jeux olympiques». Selon le compte rendu du CA, il a alors précisé que, «dans cette élection, Monaco peut apporter entre 30 et 40 votes (ndlr: de membres du CIO).» Qui sont-ils? Joël Bouzou n’a pas répondu aux questions de «Mediapart». Déclarations effacées Le conseiller du Palais a aussi suggéré «qu’il pourrait être intéressant de faire passer ce message à l’Élysée et au Comité olympique [français]». Cette idée a reçu l’approbation des six autres administrateurs présents. «Si ce type de procédé totalement inacceptable a pu être évoqué même s’il n’a jamais fait l’objet d’une démarche concrète, il s’agit là d’une initiative individuelle prise sans le consentement du Prince», a réagi le Palais. Il ajoute: Albert II «la déplore et la rejette avec la plus grande fermeté, car elle va à l’encontre des principes qui guident ses actions au quotidien».

Quatre mois après le conseil d’administration, Étienne Franzi, ancien président du club et administrateur, s’est interrogé à la relecture du PV. «Est-ce bien opportun de conserver» telle quelle la déclaration du conseiller du prince? Finalement, le document a été amendé. Le texte final se contente de mentionner que «la France pourrait avoir besoin de l’appui de Monaco dans le cadre d’une éventuelle candidature aux JO et cet élément pourrait être pris en compte dans la stratégie de règlement du litige actuel». Grâce aux Football Leaks, on peut désormais lire entre les lignes.

Créé: 18.11.2018, 21h17

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