Le «russiagate» a plombé la rencontre Russie-USA à Genève

DiplomatieLe Conseiller à la sécurité escomptait arracher un communiqué conjoint avec les Russes. Il est reparti les mains vides.

Ce jeudi à Genève, John Bolton, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, s’adresse à la presse à l’issue de sa rencontre avec son homologue russe, Nikolaï Patrouchev.

Ce jeudi à Genève, John Bolton, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, s’adresse à la presse à l’issue de sa rencontre avec son homologue russe, Nikolaï Patrouchev. Image: KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI

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La rencontre entre John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, avec son homologue Nikolaï Patrouchev ce jeudi à Genève n’a pas permis de déboucher sur une déclaration commune sur la Syrie. Ce qui était initialement prévu. À en croire les confidences lâchées par les Russes, les Américains exigeaient d’eux qu’ils signent un texte stipulant qu’ils s’étaient ingérés dans les élections américaines par le passé. Rien à voir avec le dossier syrien… Cette exigence américaine a, semble-t-il, pris plus d’importance depuis que l’ex-avocat de Donald Trump, Michael Cohen, et son ancien directeur de campagne, Paul Manafort, sont dans la tourmente.

Si elle affiche de coutume une certaine assurance et fermeté, l’administration Trump a montré au détour de ce voyage à Genève qu’elle était bel et bien fragilisée par l’affaire de ses liens russes supposés qui empoisonne la présidence américaine. John Bolton a jugé nécessaire de déclarer au cours de sa conférence de presse que les États-Unis ne toléreraient aucune ingérence russe lors des élections de mi-mandat du Congrès américain attendues en novembre. La situation semble mettre à cran les diplomates. Un conseiller de John Bolton a vertement réprimandé une correspondante de la BBC qui a osé demander si Donald Trump, compte tenu de l’enquête sur le financement de sa campagne par de l’argent russe, ne constituait pas lui-même un «risque pour la sécurité» des États-Unis. «Ta question est horrible. Tu devrais avoir honte!» l’a-t-il sermonné.

Drôle de jeu. Russes et Américains jouent à fleuret moucheté sur le dossier qui embarrasse Donald Trump mais tout en se ménageant. Lors de sa conférence de presse, le conseiller à la sécurité américain a soutenu que «la ligne de communication» ouverte lors du sommet d’Helsinki entre Donald Trump et Vladimir Poutine était bonne mais qu’il y avait encore «beaucoup de progrès à faire». Il a entériné le fait que les contacts directs entre les départements de la défense et de la politique étrangère des deux pays avaient repris.

Arrivée vers 10 heures, la délégation russe est restée près de cinq heures dans les murs de la mission américaine, route de Pregny. Les deux parties ont préféré une salle hypersécurisée aux salons feutrés des grands hôtels genevois. Ce qui atteste de l’importance des discussions et de leur niveau de confidentialité. Parmi la délégation venue de Moscou figuraient des représentants du Ministère des affaires étrangères mais aussi des militaires envoyés par le Ministère de la défense. Si John Bolton et Nikolaï Patrouchev n’ont pas signé de déclaration commune, l’un et l’autre sont tombés d’accord pour communiquer à minima sur ce qu’ils se sont dits à Genève pour préserver leur relation.

Aux médias russes, Nikolaï Patrouchev a précisé que leurs discussions avaient porté sur «le contrôle des armements, la lutte contre le terrorisme, l’immigration clandestine, les sanctions contre l’Iran, la situation en Ukraine, en Syrie et dans l’Afrique du Nord». Presque mot pour mot ce qu’a déclaré John Bolton aux médias présents à sa conférence. Mais le sujet central a bien été la Syrie et le retrait des Iraniens. Les États-Unis exigent le départ des conseillers militaires iraniens et des forces soutenues par l’Iran comme le Hezbollah. Vladimir Poutine a fait savoir qu’il y était lui aussi favorable mais que ce n’était pas de son ressort.

Juste avant que ne s’ouvre la réunion entre John Bolton et Nikolaï Patrouchev à Genève, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a déclaré que «toutes les forces étrangères séjournant en Syrie sans invitation de Damas devaient quitter le pays». Autrement dit, il faut convaincre Bachar el-Assad. Évidemment, les Russes sont les seuls à pouvoir le faire. Et Moscou veut monnayer ce service. Monnayer est sans doute le mot le plus approprié car il est aussi beaucoup question d’argent en coulisse. Les diplomates russes veulent notamment que les États-Unis reviennent sur leur décision de bloquer 230 millions de dollars d’aide destinés au retour des réfugiés syriens et se tournent vers les agences onusiennes pour aider la Syrie.

S’il préfère le format des rencontres bilatérales aux consultations multilatérales, John Bolton ne pourra pas se passer complètement du système onusien et donc de Genève. Il a confié que les États-Unis, qui n’y ont toujours pas nommé de nouvel ambassadeur, en faisaient aujourd’hui l’une de leurs priorités.

Créé: 23.08.2018, 20h45

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