L’ascension sans vertiges de Marina Viotti

OpéraBelle promesse du paysage lyrique suisse, la mezzo-soprano chante à l’Opéra des Nations dans la nouvelle production de «Faust» de Gounod. Rencontre.

Marina Viotti

Marina Viotti Image: Frank Mentha

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Elle arpente d’un pas décidé les dédales boisés de l’Opéra des Nations, un peu comme si elle avait passé l’essentiel de sa vie entre les murs de ce théâtre éphémère. Puis, une fois arrivée dans les parties hautes du foyer, elle prend la pose avec facilité et décontraction, regard espiègle présenté à l’objectif du photographe qui tire son portrait. Marina Viotti est aujourd’hui, à bientôt 32 ans, une mezzo-soprano dont l’ascension constante et discrète laisse présager un parcours chargé de promesses. Ses qualités artistiques disent cela. Mais il y a aussi un trait qui surgit telle une évidence lorsqu’on la rencontre. Un trait qui renforce la prédiction: c’est sa détermination, sobre mais évidente. À Genève, la cantatrice franchit ces jours-ci un autre palier en participant à une nouvelle production de Faust, opéra en cinq actes de Gounod.

Dès le 1er février donc, la mezzo incarnera Marthe, un rôle secondaire mais aux touches et aux couleurs fortes. «Je l’ai chanté il y a deux ans à l’Opéra de Lausanne, dans une mise en scène extraordinaire de Stefano Poda, se souvient la cantatrice. Souvent, le personnage est incarné par des artistes plus âgées, qui s’appuient sur le registre comique. Celui-ci est illustré notamment par les fricotages de Marthe avec le diable. De mon côté, étant plus jeune, je dois trouver un autre plan d’attaque et m’orienter vers ce côté théâtre de boulevard présent dans l’œuvre de Gounod. Dès son apparition, Marthe chante dans un quatuor qui détonne beaucoup dans l’œuvre. Ce tableau amène avec lui de la fraîcheur et une drôlerie pimentée. On se croirait dans Così fan tutte ou dans une opérette d’Offenbach.»

Une vraie chance

Cette expérience sur la scène genevoise participe d’un long programme de résidence dans la maison dont bénéficie – comme d’autres promesses de l’art lyrique – Marina Viotti. Intégrée à la jeune troupe depuis 2016, la Lausannoise a pu parfaire ses gammes et se glisser dans la peau d’autres héroïne du répertoire. Le bilan de cette opération? «J’ai été beaucoup sollicitée pour des doublures de personnages importants, comme Dorabella, Adalgisa et Rosine. Et ce fut une vraie chance. Ici, j’ai pu travailler en profondeur des rôles que je pourrai désormais présenter ailleurs.» Car oui, une des clés pour cheminer loin réside précisément dans la variété des personnages cumulés dans sa besace. L’exercice est délicat: la quête spasmodique de contrats pousse certains chanteurs à accepter des rôles peu appropriés à leur voix. On ne compte plus les cordes vocales et les carrières abîmées par une poignée de choix ratés.

Marina Viotti, elle, tient à pondérer, à évaluer avec attention chaque proposition. Elle a certes chanté dans un groupe de metal pendant de longues années; elle se frotte régulièrement aux grands standard de jazz, dans des récitals qui font coexister sans crainte les genres et les styles. Mais lorsqu’il s’agit de répertoire lyrique, la cantatrice resserre le spectre: «Je m’oriente résolument vers le bel canto, avec les œuvres de Rossini, Bellini et Donizetti. Je suis les enseignements de Raúl Giménez, un grand ténor belcantiste qui m’apprend la technique italienne. Je trouve essentiel de se spécialiser dans un terrain précis, mais en même temps, je reste réceptive à d’autres expressions. C’est une nécessité pour moi. Il faut varier les genres si on veut cultiver sa richesse vocale. Cette année, par exemple, je vais chanter pour la première fois des pièces de Dowland, qui remontent à la Renaissance tardive. Récemment, j’ai chanté du Mahler aux côtés d’une petite formation. Cela m’a permis de travailler des traits plus lyriques et d’ancrer davantage la voix dans mon corps.»

Metal? Jazz? Bel canto et musique élisabéthaine? Voilà les signes d’un éclectisme étonnant. «J’ai eu beaucoup de passions dans mon passé, reconnaît Marina Viotti, et je m’en suis souvent lassée très vite.» Des études de littérature aux cours de flûte traversière, la liste des intérêts raconte les tâtonnements et les ardeurs de courte durée. L’évidence du chant lyrique se révélera tardivement, en 2009: «Un jour j’ai rejoint mon frère à Vienne, ville où il étudiait la direction d’orchestre. Je suis allée voir une représentation de Simon Boccanegra de Verdi, qui est mon opéra préféré. J’en suis sortie en larmes. J’ai su alors que j’avais trouvé ma voie, et je l’ai empruntée.»

Le meilleur choix

Des années plus tard, au mois d’octobre dernier, ce choix s’est révélé une fois encore le meilleur possible: Marina Viotti remportait à Lausanne la première édition du Concours Kuttenburg. Un prix qui oriente au mieux une carrière et a déjà ouvert quelques portes, à l’Opéra de Zurich notamment. La suite? Quel personnage fait fantasmer la cantatrice? Une courte hésitation puis la certitude: «Charlotte, de Werther de Massenet. Ce pourrait être grandiose.»

«Faust»,de Charles Gounod, Opéra des Nations, du 1er au 18 février. Rens. www.https://www.geneveopera.ch/accueil/.tdg.ch (TDG)

Créé: 24.01.2018, 19h12

Articles en relation

«Les Contes d’Hoffmann» résistent à l’illusion des tréteaux

Opéra A Fribourg, la qualité de la distribution sauve une réalisation trop sage et statique de l’opéra d’Offenbach. Plus...

Carmen liftée par la bien-pensance des hommes

Opinion Dans la version moderne de l'opéra de Bizet qui débute dimanche à Florence, c'est Carmen qui tue Don José, en icône des violences faites aux femmes. Plus...

Nourri dès l'enfance au théâtre et au bel canto

Portrait De l’opéra à la tragédie, le chemin du comédien et metteur en scène Cédric Dorier passe par la vibration du sens et des sens. L’évidence avec «Frères ennemis». Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Affaire Maudet: nouvelle révélation
Plus...