L’anonymat, «c’est la porte ouverte à tous les abus»

GenèveLe président du Conseil d’État goûte peu l’anonymat total des lanceurs d’alerte envers la Cour des comptes.

Le président du Conseil d’État, François Longchamp.

Le président du Conseil d’État, François Longchamp. Image: Georges Cabrera

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La Cour des comptes a lancé vendredi une plate-forme sécurisée pour garantir l’anonymat total aux lanceurs d’alerte. Samedi, le président du Conseil d’État, François Longchamp, réagissait sur son profil Facebook: «Je peine à saisir la nuance entre une dénonciation anonyme et une délation. Et je ne pense pas que ceux qui la célèbrent en mesurent toutes les conséquences.» Interview.

– En quoi la dénonciation anonyme vous gêne-t-elle?

– C’est la porte ouverte à tous les abus. Déjà d’un point de vue juridique, la Loi sur la procédure administrative (LPA, art.10A ) l’interdit. Et sur le plan moral, il semble y avoir une grande confusion entre la confidentialité, que l’on doit garantir aux lanceurs d’alerte pour les protéger, et l’anonymat, qui assure qu’en n’importe quelles circonstances on ne les retrouvera pas. C’est historiquement lourd de symboles. De plus, confier ces échanges à une société privée dont on ne sait même pas si les données restent en Suisse paraît risqué. Enfin, cela ne donne pas à la personne attaquée la possibilité de se défendre.

– Il y a peu d’abus, selon la Cour des comptes, le Contrôle fédéral des finances et les CFF...

– C’est une affirmation assez peu vérifiable, on ne sait pas ce qui est écarté ou non. Je parle d’expérience, et je ne donne jamais suite aux dénonciations anonymes, car on ne sait pas si elles émanent d’un citoyen de bonne foi, d’un conjoint trompé ou d’un voisin aigri. De toute façon, la loi me l’interdit.

– La Cour des comptes estime ne pas être soumise à la LPA...

– Je doute que cette institution soit au-dessus des lois. Par ailleurs, la Loi sur la surveillance de l’État scelle la «confidentialité» de l’identité des interlocuteurs de la Cour, et pas l’anonymat (art 28 al.2). Le choix des mots n’est pas anodin.

– L’anonymat protège sans doute mieux que les lois...

– En une décennie d’existence, le Groupe de confiance de l’État n’a jamais connu de fuite, sur des dossiers très sensibles comme le harcèlement ou le mobbing. C’est la démonstration que l’État est capable de garantir la confidentialité. Je trouve par ailleurs étonnant de choisir l’anonymat alors que le processus de consultation de la loi sur la protection des lanceurs d’alerte est en cours, et que le Grand Conseil en en aura les conclusions pour pouvoir en débattre dans quelques semaines.

– Ce n’est pas votre première divergence publique avec la Cour des comptes, êtes-vous irréconciliables?

– L’objet dont on parle est bien plus important que la nature supposée de nos relations. (TDG)

Créé: 19.11.2017, 21h42

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