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Adrien Gygax convie avec verve à des noces orientales à trois

Dans son premier roman, l'écrivain met en scène un triangle amoureux qui vire à la tragédie.

Adrien Gygax livre avec «Aux noces de nos petites vertus» son premier roman.
Adrien Gygax livre avec «Aux noces de nos petites vertus» son premier roman.
Arnaud Ele

Il ne voulait pas y aller, à ce ma­riage. Ses amis George et Paul l’ont convaincu. Du narrateur d’Aux noces de nos petites vertus, premier roman du Lausannois Adrien Gygax, on ne connaîtra pas le nom, mais l’on saura vite la fêlure. À 25 ans, l’âge de la liesse facile, il se trouve «en contentieux avec l’amour» et s’efforce de trouver ce monde «plus digeste». Les noces de son ami Valentin en Macédoine, il se serait contenté de les voir en photo. Mais, parce que «quelque chose jaillissait du monde, pour me débaucher, toujours», parce que le feu de la jeunesse brûle malgré tout, le voilà embarqué dans un voyage où les épousailles ne seront que la première escale.

Cela commence comme un road-movie où l’ailleurs agresse davantage qu’il ne séduit. La joie béate et les coutumes festives en l’honneur de ceux qui convolent ne trouvent aucune grâce aux yeux du jeune révolté. Car «un mariage, ça se décide en une seule seconde, sur un coup de sang. C’est comme un suicide! On a le doigt sur la gâchette. Oui! Je le veux! C’est vite dit, ça s’entend tout juste du rebord de l’oreille, ça rebondit, ça vacille et puis ça finit par entrer pour ne plus jamais ressortir.»

Il suffira à ce frais désabusé de rencontrer Gaia parmi les invités. Et le voilà qui, avec George, dérobe la fille au nom de déesse primordiale à son fiancé. Le trio s’installe à Istanbul, les amis se partageant la belle un soir sur deux.

L’histoire en rappelle une autre, mais ce Jules et Jim à l’orientale trouve sa tonalité propre. Celle d’un voyage intérieur vers une noirceur insoupçonnée. Une dérive dans les sentiments, infusée à la nonchalance, à l’insolence de la vingtaine, puis surtout au poison lent de la jalousie suintant dans la chaleur torride des bords du Bosphore. Le feu intérieur du narrateur se nourrit de parties d’échecs, d’alcool, d’errance, d’opium, de conduites irréfléchies… jusqu’à l’inéluctable. La noirceur de l’épilogue sera pire qu’on l’imagine. Un premier roman dense, sensuel, cynique aussi. De sa plume stylée, l’auteur né en 1989 exacerbe les sentiments. On sourit aux agacements du héros, on s’en agace aussi parfois, on remonte avec curiosité le fil de ses égarements et on frémit au retournement final. Envoûtant.

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