François Debluë fait le portrait d’«Une certaine Chine»

LES LIVRES DE L’HIVER (36) Le Vaudois a fait un beau voyage. Il a su regarder autour de lui. Son dernier livre raconte le périple avec beaucoup d’acuité et de drôlerie.

L’écrivain raconte son voyage officiel. Il le fait avec beaucoup d’ironie.

L’écrivain raconte son voyage officiel. Il le fait avec beaucoup d’ironie. Image: Chantal Derley

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Le lecteur ne connaît pas bien la raison du voyage. Celui-ci doit cependant posséder un caractère officiel. Au cours de son périple en Chine, François Debluë se verra confronté à bien des gens s’occupant de littérature. Il sera également reçu par notre ambassadeur, ce qui donnera à l’écrivain l’occasion de relever que, dans cette miette de territoire suisse, la table du repas n’est pas ronde comme partout ailleurs dans le pays, mais rectangulaire.

Auteur notamment du livret de la dernière Fête des vignerons, François Debluë reste connu comme poète. Mais il existe chez lui des exceptions. «La Chine d’aujourd’hui appelle la prose. (…) Cela favorisera l’inattendu, la drôlerie et la méchanceté, si nécessaire.» Cette dernière devait sans doute l’être. Sous son air de ne vouloir toucher à rien, l’auteur dispensera tout au long des pages de discrets coups de griffe.

Une série de croquis

La visite du Vaudois en Chine était donc organisée. Il y croise des universitaires. Des guides lui montrent ce qu’il faut voir. Un pan restauré de la Grande Muraille alterne ainsi avec une ruelle pittoresque. Reconstituée, bien sûr. Pékin et Shanghai ont connu un saccage urbanistique dont Debluë ne se montre pas dupe. Le pays où il pose un orteil (un pied serait déjà trop dire) a massacré en quelques années ses sites naturels, ses réserves écologiques et son patrimoine architectural. Ne reste des temps anciens que l’absence de liberté. Entre les coutumes étouffantes, une philosophie de vie favorisant le collectif au détriment de l’individuel et les rigueurs communistes, il ne reste qu’une bien étroite marge pour le libre arbitre.

Les différents chapitres d’«Une certaine Chine» ressemblent à des croquis. François Debluë n’a pas la prétention de nous brosser un tableau. Il nous raconte «L’heure des cadeaux», où tout se voit pondéré et où les risques d’impair se révèlent nombreux. Les «Couchettes molles» permettent au Suisse de montrer les inégalités se creusant en Chine à partir des seuls trains de nuit. «Tours et détours» rappelle que le mot «non» n’existe pas en mandarin, ce qui suppose des trésors de diplomatie pour refuser. «Froidure et autre surprises» nous parle enfin du chauffage, où tout dépend de décisions gouvernementales, et donc absurdes.

Le sens de la prose

Assez bref, le livre se termine bien sûr par le «Retour». Une illusion de revenir au point de départ. «La Chine vous colle à la peau, elle vous colle à la mémoire et elle continue de vivre sous vos yeux, paupières closes.» L’ouvrage actuel en constitue la preuve. Debluë l’a perçu comme nécessaire, alors qu’on a tant écrit sur l’étrangeté chinoise depuis Marco Polo…

Le Vaudois a eu raison! Ironique, subtil, léger et drôle, son ouvrage donne en même temps à réfléchir. Il suit, dans la production de son auteur, un roman réussi paru il y a quelques mois à L’Age d’Homme. «Fragments d’un homme ordinaire» donnait la même impression de tendresse, aiguillonnée par de multiples coups d’épingle. C’est à se demander si Debluë ne devrait pas quitter plus souvent la tour d’ivoire de la versification par d’aussi habiles retours sur Terre.

Pratique

«Une certaine Chine», de François Debluë, aux Editions JPM Publications, Lausanne, 141 pages.

Créé: 11.02.2013, 08h55

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