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L’éditorialNage interdite, bains libres

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La richesse de notre canton se vérifie à son parc aquatique. Dix-huit bassins publics, cinq grandes piscines aux dimensions olympiques, accessibles d’un simple coup de pédale, dans un périmètre urbain qui, partout ailleurs, en compterait la moitié moins. Cette offre, assez unique, fait rêver. Sauf en ce moment. Genève ressemble à toutes les autres villes du pays: elle marche à l’ombre, sans se mouiller les pieds, ses pataugeoires sont à sec, ses infrastructures de bains sont fermées.

Même s’il fait moins peur, le virus à deux chiffres reste un redoutable maître de classe à l’école de la frustration. Il nous a appris à diviser et à soustraire notre quotidien, il s’attaque désormais à ce plaisir élémentaire qui ramène à l’eau, en y ajoutant la manière: tempête de beau temps et chaleur estivale pour prolonger le confinement du citoyen nageur alignant ses longueurs en chambre.

Il n’y a plus de gendarme dans le ciel depuis des semaines; il ne sera bientôt plus non plus dans le lac et le Rhône. Un degré de plus chaque jour favorise l’immersion collective: la baignade libre remplace la nage en bassin fermé. L’une peut se passer de règles, pendant que l’autre croule sous les directives.

Quand le Conseil fédéral, notre gardien de bains à tous, décidera de la réouverture des piscines, les bords de l’eau, qu’on appelle vive, seront depuis longtemps repeuplés.

Ils le sont déjà. Ce dehors réinvesti massivement cherche la fraîcheur et la trouve, de la Perle du lac à la pointe de la Jonction. Ce dehors-là déplaît aux décideurs du dedans. Ils n’ont rien vu venir. Le baigneur citadin n’est pas très différent en somme du cycliste; comme lui, il occupe son milieu naturel, dans une ville, la nôtre, qui a les pieds dans l’eau. Tous les deux se rejoignent d’ailleurs sur ce point: ils vivent dangereusement.