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Retour de concertÀ Montreux, PJ Harvey réveille la brûlure rock'n'roll

PJ Harvey mardi 9 juillet au Montreux Jazz Festival, sur l’éphémère Scène du Lac en extérieur.
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The National ou PJ Harvey? Mardi 9 juillet au Montreux Jazz Festival, avec ses allures de douceur méridionale ainsi rendu en plein air, le cœur n’a pas balancé deux fois. À l’attitude subtilement nonchalante du groupe américain, un must chez les esthètes masculins de la génération X, on a préféré Polly Jean. La musicienne anglaise, 54 ans, même âge que les premiers, reste l’une des dernières figures transgressives des années 1990 dont les propos gardent leur pertinence aujourd’hui.

On entend des cloches et le gazouillis des passereaux, enregistrement rendu à la foule estivale par une sonorisation efficace. On voudrait faire l’oiseau pour rejoindre ce balcon surplombant la place du Marché. L’escalier de l’immeuble devrait aussi bien convenir.

Héros sacrifiés

Pour commencer, PJ Harvey joue une musique qui colle si bien avec le vent du lac. Le répertoire récent pour ouvrir la soirée. Cette suite d’albums inouïs, depuis «Let England Shake» en 2011, que les fans de la première heure ne suivent plus que de loin. Ici, les saynètes puisant dans l’histoire britannique une critique socioculturelle des habitus, les petites gens en héros sacrifiés. Également le dernier opus paru en 2023, visions mythologiques d’une poétesse au faîte de son art, à l’exemple de cette invocation agreste en dialecte de son Dorset natal, «I Inside The Old I Dying».

Toujours un plaisir d’entendre en live cette partie récente du catalogue. Quoique, ces mélodies issues du folk, accompagnées de tambours lancinants et lourds comme un rituel du fond des bois, frappent moins qu’il y a huit ans, lorsque la chanteuse menait son extraordinaire cavalerie sur le festival de la Riviera.

Amours noyées

Le public de Montreux voulait-il de l’agitation? Il l’a eue, dans une seconde partie de concert saturée, plus punk, proche parfois des manières âpres des Smiths, ou même des Kinks. «I Think I Show You in The Shadows…». La chanson «Black Hearted Love» scellait en 2009, quinze ans après leur première rencontre, cette collaboration toujours en cours avec l’instrumentiste John Parish.

Tant qu’à réveiller les souvenirs, autant y aller franco. «Dress», 1991, premier jalon studio. «To Bring You My Love», 1995, premier grand succès. Et puis, plus visqueux et délétère que jamais, ces couplets en reptation rendus dans une tenue industrielle, «Down by the Water». L’amour, la noyade, offrande et douleur, le sourire narquois de la jeune femme d’alors qui prenait le monde à revers en imposant son personnage flamboyant. Trente ans plus tard, visage impassible et regard noir, la voix entre velours et rocaille, PJ Harvey relit son brûlant passé. Hiératique dans l’attitude, si expressive dans l’interprétation. Totalement rock’n’roll.