Yongbyon: le complexe nucléaire discuté à Hanoï

Nucléaire coréenLe site nucléaire ultra-secret de Yongbyon est au menu du sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un à Hanoï.

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L'avenir du complexe nucléaire nord-coréen de Yongbyon devrait figurer au menu des négociations du deuxième sommet du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un avec le président américain Donald Trump jeudi à Hanoï. Au coeur du programme atomique de la Corée du Nord, ce site est entouré du plus grand secret. Voici ce qu'on sait de lui:

De quoi s'agit-il?

Situé à une centaine de kilomètres au nord de Pyongyang, dans la province de Pyongan Nord, le centre comprend des dizaines de bâtiments en rapport avec le programme nucléaire nord-coréen. Ouvert en 1986, c'est là que fut construit le premier réacteur nord-coréen, d'une capacité de cinq mégawatts, la seule source de plutonium connue de la Corée du Nord.

Le complexe produit aussi d'autres combustibles entrant dans la fabrication de bombes nucléaires, de l'uranium hautement enrichi et du tritium. D'après un rapport récent du Centre Stanford pour la sécurité et la coopération internationales, le site est en expansion malgré la détente diplomatique en cours.

Selon ce rapport écrit par le chercheur Siegfried Hecker, qui s'est rendu sur place quatre fois, le site a produit suffisamment de matières fissiles pour fabriquer entre cinq et sept bombes atomiques en 2018.

Quelle est son importance?

Yongbyon ne serait pas la seule structure d'enrichissement de l'uranium de la Corée du Nord. Le fermer ne signifierait pas en soi la fin du programme atomique nord-coréen. Le renseignement américain estime que Pyongyang dispose de deux centres supplémentaires, l'un près de Kangson, dans la banlieue de Pyongyang, l'autre dans un lieu inconnu.

La fermeture de Yongbyon pourrait «ralentir» la croissance des stocks nord-coréens de matières fissiles mais ne la «plafonnera» pas, déclare sur Twitter Jeffrey Lewis, chercheur à l'Institut Middlebury des études internationales de Monterey.

Les sceptiques relèvent aussi que le Nord a déjà produit un stock de matériaux fissiles avec lesquels il pourrait produire de nouvelles bombes atomiques. «Il est important d'être précis sur la signification d'une fermeture», ajoute M. Lewis.

Que veut le Nord en échange?

Quand le président sud-coréen Moon Jae-in s'est rendu en sommet à Pyongyang en septembre, le Nord a proposé la «destruction définitive» de Yongbyon mais à condition que les Etats-Unis prennent «des mesures correspondantes».

Ces réserves touchent au coeur de l'un des désaccords essentiels entre Washington et Pyongyang. Le Nord voudrait que les Etats-Unis fassent des concessions pour accompagner le processus, Washington exigeant la dénucléarisation complète du Nord avant tout relâchement des sanctions.

Bis repetita?

Pyongyang a déjà accepté d'abandonner Yongbyon. Le principal réacteur avait été fermé en 1994 aux termes d'un accord avec Washington mais le Nord l'avait relancé quand cet accord avait capoté.

En 2007, un nouvel accord de fermeture avait été signé et le Nord avait fait exploser une tour de refroidissement pour preuve de sa bonne volonté. Mais là encore, l'accord avait volé en éclats quand les relations s'étaient détériorées. Pyongyang avait réactivé le réacteur, refroidi à l'eau de rivière.

Les spécialistes expliquent que toutes ces promesses rompues montrent qu'une simple désactivation ne suffira pas. «Cela montre qu'il faut, 1, une vérification par des inspecteurs de confiance, 2, une acceptation que certaines choses sont réversibles, 3, une capacité à revenir sur des incitations économiques», dit Melissa Hanham, chercheuse à la fondation One Earth Future.

Comment vérifier?

Le Nord a par le passé autorisé des inspections de l'ONU en échange de concessions. Des experts de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ont mené des vérifications de 1994 à 2002, puis de 2007 à 2009.

Mais Pyongyang les avaient expulsés avant de procéder à son deuxième essai nucléaire et a depuis refusé toute inspection internationale sur son territoire. L'AIEA a fait valoir que ses représentants n'avaient pas eu un accès total au complexe, y compris les infrastructures d'uranium enrichi. (afp/nxp)

Créé: 28.02.2019, 03h05

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