Personne n'a voulu «étouffer» les agressions

Procès BarbarinLes six prévenus du procès Barbarin à Lyon ont choisi prudemment de lire un texte à la barre, niant toute volonté d'«étouffer» les agressions sexuelles d'enfants par un prêtre.

A l'instar de ses coprévenus,le cardinal Barbarin (au centre) n'a songé à saisir la justice avant qu'un ancien scout porte plainte.

A l'instar de ses coprévenus,le cardinal Barbarin (au centre) n'a songé à saisir la justice avant qu'un ancien scout porte plainte. Image: Keystone

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Le cardinal Barbarin et cinq autres personnes jugées depuis lundi à Lyon l'affirment tous: aucun n'a voulu «étouffer» les agressions sexuelles d'enfants d'un prêtre, sans pour autant les dénoncer à la justice. Une position délicate à tenir devant les juges.

Marchant sur un fil, les six prévenus ont choisi prudemment de lire un texte à la barre, avant de répondre, plus ou moins, aux questions du tribunal et des parties civiles. La procureure, elle, n'en pose pas, l'affaire ayant été classée sans suite par le parquet en 2016.

Depuis, neuf plaignants ont cité à comparaître l'archevêque et cinq anciens membres du diocèse devant le tribunal correctionnel, pour non-dénonciation d'agressions sexuelles commises par un prêtre, Bernard Preynat, sur de jeunes scouts de la région lyonnaise avant 1991.

«Droit au silence»

Lundi, l'ex-directeur de cabinet du cardinal Pierre Durieux a fait valoir son «droit au silence» après une déclaration.

«J'ai préparé une déclaration, après je pense que je me tairai», a annoncé mardi la bénévole du diocèse Régine Maire. En 2014, elle fut la première à rencontrer une victime du père Preynat, Alexandre Hezez. «C'est tout de même bien malcommode», lui rétorque la présidente du tribunal, Brigitte Vernay, coupant court aux arguments de Me Xavier Vahramian pour justifier l'attitude de sa cliente.

«Je comprends votre effort de politesse et de pédagogie vis-à-vis du tribunal pour lui éviter de penser que l'on cherche à contrôler la parole (...) Madame ne veut pas répondre, c'est son droit. Mais chacun est libre d'en penser ce qu'il veut», a-t-elle lancé à l'avocat.

Et la magistrate, puis les parties civiles, de l'interroger tout de même, jusqu'à provoquer un incident avec la défense et une courte suspension d'audience. L'obstination de la présidente du tribunal à délier les langues finit par payer mais d'une bouche à l'autre, le discours ne varie guère.

«Endosser le fardeau»

Tous disent avoir été «choqués», «bouleversés», «horrifiés» par les agissements passés du prêtre mais aucun n'a songé à saisir la justice avant qu'un ancien scout porte plainte en 2015. Écarté de ses fonctions ecclésiastiques en septembre 2015 et mis en examen en 2016, le père Preynat pourrait être jugé cette année.

«À un moment donné, il va falloir que quelqu'un endosse le fardeau d'avoir maintenu pendant 25 ans un homme dangereux au contact d'enfants», a dit l'ancien scout en marge de l'audience, qui se tient jusqu'à mercredi. (ats/nxp)

Créé: 08.01.2019, 15h31

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