Vladimir Poutine l’orthodoxe démarche le pape François

Visite au VaticanLe président russe était hier en Italie, reçu par le premier ministre puis par le chef de l’Eglise catholique

Le pape François a reçu mercredi le président russe Vladimir Poutine au Vatican.

Le pape François a reçu mercredi le président russe Vladimir Poutine au Vatican. Image: GREGORIO BORGIA/AFP

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Sacré Vladimir. Le président Poutine a fait voler en éclats son isolement diplomatique, ce mercredi, en rencontrant dans la même journée Matteo Renzi puis le pape François. A peine deux jours après les nouvelles menaces de sanctions formulées par les membres du G7 réunis en Bavière, on a vu le maître du Kremlin visiter l’Exposition universelle de Milan avec le chef du gouvernement italien pour la «journée nationale de la Russie». Puis au Vatican, il a retrouvé le souverain pontife, qui l’avait reçu une première fois le 25 novembre 2013. Histoire d’évoquer avec le patron de l’Eglise catholique romaine les crises en Ukraine et au Moyen-Orient…

Curieuses retrouvailles? Pas tant que ça. Vladimir Poutine, qui se pose volontiers en fervent orthodoxe et en ami déclaré du patriarche Cyrille de Moscou, sait que le pape argentin s’inquiète pour les chrétiens d’Orient, qu’ils soient ou non rattachés à Rome. Or, le président russe n’a de cesse de rappeler que le régime alaouite de son allié Bachar el-Assad a toujours affirmé protéger cette minorité, aujourd’hui persécutée par les djihadistes du groupe Etat islamique (Daech), mais craignant aussi les représailles de milices rebelles en cas de chute du gouvernement à Damas. Le souverain pontife n’avait-il pas écrit en 2013 une lettre officielle à Vladimir Poutine, alors président du G20, plaidant contre l’intervention militaire en Syrie qu’envisageaient les puissances occidentales?

Jeux d’influence religieuse

Sur l’Ukraine, bien sûr, c’est plus compliqué qu’il y a deux ans. «Poutine veut sortir de son statut de paria. Et il espère que cela marchera avec le pape. Mais le calcul est mauvais: depuis, il y a eu l’annexion de la Crimée, l’invasion de l’est du pays», juge Boris Falikov, du Centre d’études des religions de l’Université des sciences humaines de Moscou, cité par l’AFP. Soit. Mais jusqu’à présent le Vatican est resté très prudent, appelant simplement à cesser cette guerre entre «frères» chrétiens. Cela, alors même que l’Eglise uniate d’Ukraine suppliait le pape de condamner la Russie.

En Ukraine, nombre d’orthodoxes sont rattachés au patriarcat de Moscou (dont les rebelles prorusses), mais on compte aussi depuis longtemps des Eglises indépendantes. Enfin, il y a aussi les greco-catholiques (ou «uniates»), de rite orthodoxe mais rattachés à Rome. Or, pour le patriarche Cyrille de Moscou, le maintien de son influence sur les paroisses ukrainiennes est un enjeu majeur s’il veut diriger la plus influente Eglise orthodoxe du monde, selon Nikolaï Mitrokhine, de l’Université de Brême, dans Religioscope.

L’Occident «décadent»

Bref, les intérêts du patriarche et du président convergent. A Pâques, Vladimir Poutine louait Cyrille, qui «renforce les familles et éduque la jeune génération dans un esprit de patriotisme». Quant à l’Eglise, elle joue «un rôle énorme dans la préservation de notre riche patrimoine culturel et historique et dans la réanimation de valeurs morales éternelles». C’est-à-dire conservatrices. Le patriarche dénonce la «décadence morale» de l’Occident, illustrée par la légalisation du mariage gay.

Là-dessus, le Saint-Siège n’est pas forcément en désaccord. Et en fait, la crise ukrainienne est venue compliquer un dialogue de plusieurs décennies entre le Vatican et le patriarcat russe. Les deux Eglises envisageaient même une visite papale à Moscou pour la première fois depuis… le schisme de 1054! La visite, bien sûr, attendra. Mais voilà à quoi pensait François en recevant hier Vladimir Poutine.

Créé: 10.06.2015, 21h36

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