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Une ville ravagée par la drogue réclame justice

La Municipalité d’Everett part en guerre contre un laboratoire pharmaceutique produisant un puissant opiacé.

Le laboratoire Purdue Pharma commercialise l’OxyContin depuis plus de 20 ans. Ce dérivé d’opiacés, très addictif, a fait exploser le nombre d’overdose aux Etats-Unis.
Le laboratoire Purdue Pharma commercialise l’OxyContin depuis plus de 20 ans. Ce dérivé d’opiacés, très addictif, a fait exploser le nombre d’overdose aux Etats-Unis.
AP

Une ville des Etats-Unis part au combat contre un géant de l’industrie pharmaceutique. La Ville d’Everett (100 000 habitants) dans l’Etat de Washington, s’est lancée dans un défi façon «David contre Goliath». La Municipalité a déposé le 19 janvier une plainte contre Purdue Pharma, fabricant du célèbre OxyContin, un antidouleur dérivé d’opiacés, mis sur le marché en 1996. La Ville l’accuse d’avoir causé «la pire épidémie d’overdoses de l’histoire des Etats-Unis». En dix ans, le fléau a causé la mort de 900 habitants de la région d’Everett.

Sur les 20,5 millions d’Américains souffrant d’une addiction, 2 millions sont désormais dépendants aux dérivés d’opiacés. C’est quatre fois plus que les accros à l’héroïne.

Le laboratoire est connu des services de justice, mais c’est la première fois de son histoire qu’un procès se concentre sur sa responsabilité dans le trafic illicite d’OxyContin. Cause de la moitié des crimes commis dans la région d’Everett en 2010, ce produit fait littéralement suffoquer l’ancienne ville minière.

Accros à 12 ans

Pour le maire d’Everett, c’est au laboratoire Purdue d’en payer le prix. «Nous n’avons que 16 lits dédiés à la désintoxication dans tout le comté, mais chaque jour, dix fois plus de personnes finissent dans nos cellules de détention», tempête la porte-parole de la Ville dans un communiqué. «Purdue fait passer ses profits avant notre santé. Il a consciemment fourni des médicaments à base d’opiacés à des médecins douteux et permis leur arrivée sur le marché noir, y compris par l’intermédiaire de mafias», ajoute le maire d’Everett. Il demande que le laboratoire «paie pour remédier à ce problème de santé publique. L’argent des contribuables ne suffit plus.»

Prescrit pour des douleurs liées notamment au cancer, le médicament est extrêmement addictif. La dépendance à l’OxyContin touche un spectre très large de personnes, du collégien à la femme au foyer. Selon l’American Society of Addiction Medicine, des enfants en sont victimes, et ce dès 12 ans. Les antidouleurs leur sont souvent donnés par des proches qui en ignorent le danger. Chez les Américaines, les overdoses d’opiacés ont quadruplé en dix ans. Les médecins leur prescrivent facilement ces médicaments, alors que leur métabolisme provoque une addiction plus rapide que chez les hommes. En 2015, quatre héroïnomanes sur cinq avaient auparavant abusé d’antalgiques comme l’OxyContin. Des chiffres connus de Purdue, qui, pour sa défense, vante les mérites d’une nouvelle version de sa pilule phare, lancée en 2010. Plus difficile à dissoudre ou à écraser, elle posséderait des «propriétés anti-addiction». Une affirmation démentie par le New England Journal of Medicine (NEJM). Les dépendants à l’OxyContin, interrogés dans le cadre d’une étude de la publication scientifique, ont simplement trouvé un autre moyen de l’absorber. Plus inquiétant: ils seraient 66% à préférer passer à d’autres produits, en général à l’héroïne.

Des médecins douteux

Une vaste enquête menée par le L os Angeles Times a mis au jour d’édifiantes preuves sur la manière dont Purdue a fermé les yeux sur des réseaux de recel. Par souci de profitabilité, mais aussi par volonté de ne pas renoncer à un marketing bien rodé depuis les années 80, faisant l’apologie d’un antidouleur réputé sûr et efficace. Particulièrement marquant, le cas «Lake Medical» a contribué à alimenter Everett en OxyContin. Basée en Californie, cette fausse clinique a employé, entre 2008 et 2010, une médecin retraitée et endettée jusqu’au cou. En délivrant des ordonnances frauduleuses, elle a fourni plus d’un million de pilules au marché noir. Malgré les avertissements d’une employée dépêchée sur place, Purdue n’a pas déclaré ce trafic aux autorités.

Le laboratoire tient aussi une liste, baptisée «Region zero», des médecins douteux connus pour prescrire l’OxyContin sans contrôle. Mise à jour régulièrement, elle comptait 1800 noms en 2013. Là encore, les autorités n’ont pas été informées. Seule mesure prise par Purdue: dans des cas extrêmes, ne plus alimenter certains médecins… En 2011, un homme accro à l’OxyContin, dont le médecin avait été blacklisté par Purdue, a tué quatre personnes en braquant une pharmacie.

Depuis son lancement, l’OxyContin a rapporté 31 milliards de francs à Purdue. La Ville d’Everett se dit consciente de mener «une action audacieuse». Un procès inédit qui pointe du doigt les liens du laboratoire avec le marché noir.

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