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Viktor Orbán s’impose en chef de file de la droite dure européenne

Le dirigeant hongrois se présente dimanche pour un troisième mandat. Il a fait campagne sur la peur migratoire.

Le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, lors de la fête nationale le 15 mars dernier. Si le peuple ne vote pas pour le Fidesz dimanche, le pays sera envahi de migrants, martèle-t-il.
Le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, lors de la fête nationale le 15 mars dernier. Si le peuple ne vote pas pour le Fidesz dimanche, le pays sera envahi de migrants, martèle-t-il.
Marko Djurica, Reuters

«Ils veulent nous prendre notre pays», «Bruxelles ne nous protège pas, elle veut changer la population de l’Europe». En pleine campagne électorale, lors de la fête nationale hongroise le 15 mars dernier, le premier ministre Viktor Orbán a tonné encore plus fort que d’habitude, devant des dizaines de milliers de ses partisans réunis à Budapest. Le message anxiogène asséné depuis des mois est clair: si le peuple ne vote pas pour son parti, le Fidesz, aux législatives le 8 avril, ce sera la submersion migratoire.

L’impressionnant dispositif frontalier érigé au plus fort de la crise des réfugiés à l’automne 2015 pour enrayer l’entrée illégale de migrants en Hongrie et dans l’Union européenne lui a valu un grand prestige auprès des mouvements nationalistes ou ultraconservateurs européens, du PVV en Hollande au FPÖ autrichien, en passant par la Ligue italienne et le Front national en France. En Suisse aussi, lors du congrès de l’UDC en octobre dernier, son président, Albert Rösti, a remercié le dirigeant hongrois d’avoir fermé la «route des Balkans». Sa renommée a même franchi l’Atlantique. Steve Bannon, gourou de l’alt-right américaine et ancien conseiller du président Donald Trump, le voit comme un «véritable héros» et «le type le plus important du moment», tandis que le magazine «Newsweek» en faisait sa une à la fin du mois de mars, titrant «Monsieur extrême droite».

Sulfureux mais fréquentable

Mais malgré les vagues qu’il fait, le courant mainstream n’a pas rompu pour autant avec Viktor Orbán. Le Fidesz, qu’il a cofondé à la fin des années 80 sur une base libérale et progressiste, avant d’embrasser le conservatisme et peu à peu le nationalisme, reste membre du Parti populaire européen (PPE). Et ce protégé de Helmut Kohl en son temps conserve à ce jour l’appui d’Angela Merkel. Car Viktor Orbán assure en Hongrie des conditions de production optimales aux puissantes entreprises allemandes et sait se montrer un partenaire européen docile et pragmatique sur des dossiers-clés comme les traités transatlantiques. Ainsi, la CSU bavaroise lui déroulait le tapis rouge en janvier, et, à quelques jours des élections italiennes au mois de mars, c’est Giorgia Meloni, du parti nationaliste Fratelli d’Italia, qui venait à Budapest se faire photographier à ses côtés tandis que Silvio Berlusconi assurait dans le même temps qu’il est son «cher ami».

Après huit années de pouvoir sans partage dans son pays, on dit Viktor Orbán lassé par la politique intérieure. Il semble rechercher et jouir de cette aura internationale que n’a jamais connue aucun dirigeant hongrois avant lui. Sur sa page Facebook, il partage ses messages en anglais pour son demi-million de fans européens, américains, australiens… Quant à ses discours les plus marquants, ils sont aussi traduits en français, en russe et en allemand. «L’illibéralisme» qu’il a popularisé en Europe à partir de 2014 est sa carte de visite, et le groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, Slovaquie, République tchèque) sa rampe de lancement. Aujourd’hui, il dit travailler activement avec l’Italie et l’Autriche à une alliance de pays hostiles à l’immigration extra-européenne.

Destin lié à l’Europe

Son avenir politique sur la scène internationale et celui du courant «illibéral» qu’il incarne dépendront essentiellement de l’évolution de l’UE. «Dans une Union qui apporte prospérité et sécurité, la politique d’Orbán serait vouée à l’échec et la Hongrie serait isolée, écrit ainsi le politologue András Bíró-Nagy. Mais dans une Union qui se désintègre, Orbán pourrait bien être vu comme un leader d’opinion prophétique.» Si toutefois celui-ci ne se trouve pas rattrapé d’ici là par la petite politique dimanche, lors de ces élections législatives où il se présente en favori, mais seul sous le feu croisé de tous les autres partis. Car s’il apparaît fort à l’extérieur, son pouvoir s’use à l’intérieur et il s’appuie sur un socle de moins de trois millions d’électeurs sur un total de huit.

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