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BelgiqueLes victimes de Dutroux refusent sa main tendue

Condamné à la prison à perpétuité en 2004, le criminel belge avait écrit aux familles des victimes afin d'obtenir une libération conditionnelle.

Marc Dutroux cherche à obtenir une libération conditionnelle depuis 2012.
Marc Dutroux cherche à obtenir une libération conditionnelle depuis 2012.
Keystone

Les victimes du criminel belge Marc Dutroux ont balayé d'un revers de main une lettre de son avocat le disant «prêt à répondre» à leurs questions, 22 ans après son arrestation, certaines dénonçant l'«opération publicitaire» du pénaliste, dont le client reste haï de tout un pays.

«Il s'agit uniquement d'une opération publicitaire de sa part», a affirmé à l'AFP Els Schreurs, compagne du père d'Eefje Lambrecks, retrouvée morte en 1996, à 19 ans, dans le jardin d'une des habitations du tueur, dans le sud de la Belgique.

Me Bruno Dayez, qui défend le criminel belge depuis 2017, «a voulu faire un coup avec cette lettre, on nous manipule», a fustigé pour sa part Me Georges-Henri Beauthier, l'avocat de deux autres victimes.

Certaines familles ont aussi dénoncé une démarche purement «stratégique» de l'avocat, dans la perspective d'obtenir une libération conditionnelle auprès du Tribunal de l'application des peines (TAP). Ce dont Bruno Dayez ne se cache pas.

Dans son courrier daté du 27 août, dont l'AFP a obtenu copie jeudi, le pénaliste rappelle en effet qu'une des cinq conditions pour une libération anticipée concerne «l'attitude du condamné à l'égard des victimes».

De ce point de vue, dit-il aux victimes, «il m'a paru opportun de faire un pas dans votre direction». Et de proposer que Marc Dutroux réponde à «des questions qui seraient selon vous demeurées en suspens» après le procès de 2004, qui s'était soldé par une condamnation à la prison à perpétuité.

Me Dayez va aussi au devant de possibles attentes déçues concernant l'indemnisation des préjudices subis, jugée insuffisante par certaines victimes.

«Je suis obligé d'admettre qu'il (Marc Dutroux) ne possède strictement rien et qu'il est totalement et définitivement incapable de satisfaire à cette exigence», écrit l'avocat.

Plaies béantes

Joint par l'AFP, Me Dayez défend bec et ongles son offre de dialogue, malgré la fin de non-recevoir qu'on lui oppose: «De toute façon, ma démarche est gagnante, quelles que soient les réactions, puisque je justifie avoir fait le premier pas».

Ne pas donner suite, «c'est la liberté pleine et entière» des victimes, «je n'ai pas à juger», enchaîne-t-il.

L'affaire Dutroux reste un traumatisme en Belgique, 22 ans après l'arrestation du tueur belge et la découverte des corps de quatre jeunes filles enlevées, violées et assassinées.

Deux autres également violées ont survécu à leur séquestration.

Les plaies restent d'autant plus béantes que le criminel n'a jamais exprimé de regrets, ni formulé d'excuses et continue de contester certaines accusations.

«Nous avons des questions claires et objectives sur la base du dossier pénal. Nous voulons des réponses à ces questions plutôt qu'une conversation avec l'avocat», souligne Els Schreurs.

«Pendant neuf ans de procédure, les parties civiles n'ont fait que ça de l'interpeller. Aujourd'hui, il conteste avoir commis certains faits (...), mais lesquels ? Pourquoi ? Qu'il nous le dise», enrage Me Beauthier, parlant d'«un monologue de pervers».

«On tourne en rond, mes clients en ont marre», ajoute cet avocat, qui défend notamment le père de Julie Lejeune, morte de faim à 8 ans dans une cave à Marcinelle, près de Charleroi (sud).

En février, Bruno Dayez avait publié un livre intitulé «Pourquoi libérer Marc Dutroux», dans lequel il dénonce l'actuel système carcéral belge et défend la thèse qu'aucun condamné ne devrait être emprisonné plus de 25 ans.

Il s'est fixé l'objectif d'obtenir pour son client une libération conditionnelle d'ici à 2021, bien que sa condamnation à perpétuité ait été assortie d'une clause empêchant toute libération anticipée.

Pour peaufiner le dossier, l'avocat va désormais s'attaquer à la question de la dangerosité de son client. «C'est la prochaine étape, nous allons demander la désignation d'un collège de psychiatres» pour l'examiner, dit-il à l'AFP.

AFP

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