Au Vatican d’éradiquer les prêtres pédophiles

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L’Église catholique n’a clairement pas le monopole en matière de pédophilie. Elle n’a eu de cesse cependant d’étouffer les pires agissements et, dans les cas les plus flagrants, de déresponsabiliser «ses» hommes, arguant par l’absurde, comme le cardinal Barbarin l’a encore fait cette semaine, que l’obligation de dénoncer les suspects revient prioritairement aux proches des victimes et non pas au clergé ou à sa hiérarchie. Une défense sans foi ni loi. Sans conscience ni éthique. Voilà plus d’un quart de siècle que déni et manœuvres occupent le terrain, que le sort des victimes est constamment sacrifié au diabolique et vain espoir de sauver la réputation de l’Église.

Vingt-cinq ans que prêtres, évêques et autres cardinaux ont progressivement entonné le récit du «plus jamais ça»

S’il est vrai que dans certains pays, le clergé fut infiniment plus prompt à tracer les déviants et à les déférer devant la justice, ce fut le cas en Suisse, le Vatican est très loin d’avoir effectué son travail de nettoyage afin d’éradiquer les prêtres pédophiles. Bien sûr que, face à l’évidence, le crime a été reconnu et condamné. Jean-Paul II avait même créé une commission, en 1993 déjà, afin d’améliorer les procédures de jugements canoniques pour de telles affaires. Vingt-cinq ans que prêtres, évêques et autres cardinaux ont progressivement entonné le récit du «plus jamais ça» avec une conviction pour le moins variable. Sans grand effet en vérité. Les abus d’enfants furent massifs, ils semblent intarissables et s’avèrent insupportables.

C’est bien moins la surveillance interne à l’institution que le courage des victimes et la mise en accusation publique qui ont permis quelques avancées pour neutraliser les criminels. Après ces longues années de témoignages accablants et de vies anéanties, après des siècles d’abus cachés, le Vatican sur la défensive doit passer à l’offensive: traquer sans relâche. Dénoncer systématiquement à la justice des hommes, et non à celle de Dieu, les pervers qui sévissent en son sein. Et surtout, il doit changer la culture du silence, de la dissimulation, qui rend sourd et aveugle le pouvoir jusqu’aux plus hautes marches de la Rome vaticane. La «tolérance zéro» prônée pour endormir les esprits ne peut plus servir de cache-sexe. Rendre justice doit être érigé en priorité absolue.

À l’Église de s’adapter, de réagir. Elle doit s’ouvrir à la réalité si elle veut survivre, sous nos latitudes du moins, au-delà d’un cercle de fidèles fondamentalistes. Nul autre pape que François semble mieux armé pour mener cette bataille. Son engagement fut ambigu à ses débuts. Il l’est moins depuis qu’il fut lui-même abusé par les mensonges éhontés d’un évêque chilien tentant, au cours d’une visite papale l’an dernier dans ce pays, de dissimuler ce que l’on peut qualifier de crime sexuel organisé à l’échelle nationale.

Le combat sera rude face à des cardinaux ultraconservateurs et un Saint-Siège sclérosé dans ses dogmes. Le pape a convoqué en février un sommet rassemblant les présidents des conférences épiscopales du monde entier sur la question des abus commis sur mineurs. Saisira-t-il cette occasion pour poser les jalons d’une (r)évolution culturelle? Osera-t-il engager des mesures concrètes et radicales, au risque de faire s’étrangler les caciques de l’Église? Un bon début consisterait à ouvrir enfin la discussion sur la révocation du célibat des prêtres. Pas besoin d’être grand clerc ni sexologue pour comprendre que la continence absolue imposée aux prêtres fait partie du problème.

Que les plus érudites instances épiscopales nous fassent grâce des exégèses doctrinaires sur les nécessités des lois divines afin de mieux renvoyer le débat au siècle prochain. Les victimes, à l’instar de la société laïque, veulent des actes pour extirper la pédophilie de l’institution. Sans délai. Le temps doit être celui des contingences et urgences terrestres, les nôtres. Le Vatican n’a plus l’éternité devant lui.

(TDG)

Créé: 11.01.2019, 07h29

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