Un accès libre à l’IVG est refusé à 97% des Latino-Américaines

Avortement Dépénaliser l’interruption volontaire de grossesse? Le débat secoue un continent très conservateur. Malgré l’échec devant le Sénat argentin, la mobilisation a servi d’électrochoc.

A Buenos Aires, les jeunes femmes étaient nombreuses à manifester le 8 août pour le droit à l'avortement: du jamais vu en Argentine.

A Buenos Aires, les jeunes femmes étaient nombreuses à manifester le 8 août pour le droit à l'avortement: du jamais vu en Argentine.

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Est-ce vraiment un échec? Jeudi vers 3 h du matin, le Sénat argentin a certes enterré, par 38 voix contre 31, le projet de loi censé autoriser l’interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu’à la quatorzième semaine. Dans la rue, folles de joie, les militantes anti-avortement ont célébré ce résultat avec des feux d’artifice. Les partisanes de la dépénalisation, elles, ont accusé le coup… avant de relever la tête: «On a vécu des journées historiques», lance ainsi Sofia Spinelli, 26 ans, aux reporters qui l’interrogent. Et surtout: «On a gagné dans la rue!»

Car si le refus des sénateurs était prévisible, la «vague verte» du mouvement pour la libéralisation semble avoir convaincu une légère majorité dans l’opinion publique. «C’est du jamais vu. Et la mobilisation a très largement débordé des frontières de l’Argentine!» note la sociologue Delphine Lacombe, chargée de recherche au CNRS. «Clairement, il y aura un avant et un après 9 août 2018 à travers toute l’Amérique latine.» Un continent où 97% des femmes n’ont tout simplement pas d’accès libre à l’IVG, selon le Guttmacher Institute.

Fausse couche? Trente ans de prison!

Oui, vous avez bien lu: 97%. Car parmi les 33 pays du bloc latino-américain et caribéen, le recours à l’avortement n’a été complètement légalisé qu’à Cuba (en 1965), dans le Guyana (2006), en Uruguay (2012) et dans le district fédéral de la ville de Mexico (2007). Dans la plupart des autres États, les lois sont très restrictives, autorisant l’IVG suite à un viol ou en cas de risque vital pour la mère. Le Chili, par exemple, a adopté une telle disposition l’an dernier, sous l’impulsion de l’ex-présidente Michelle Bachelet, laquelle vient d’être nommée à la tête du Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme. Cela dit, dans six pays d’Amérique centrale et des Caraïbes, l’interruption de grossesse reste totalement interdite: Haïti, Honduras, Nicaragua, République dominicaine, Salvador et Suriname.

«C’est au Salvador que la situation est la plus extrême», note Delphine Lacombe. «Le droit à la vie depuis la conception a été inscrit dans la Constitution en 1999 et des femmes se voient incarcérées pendant des années… suite à une fausse couche! Actuellement, 24 femmes purgent ainsi des peines de 30 à 40 ans après avoir été condamnées pour homicide aggravé.»

L'avortement clandestin: danger

Mais même dans les pays où l’IVG est autorisé sous certaines conditions, la loi n’est pas forcément mise en pratique, affirme la chercheuse. «Les procédures sont compliquées, il faut oser déposer une plainte devant la police, obtenir la décision d’un juge, trouver un médecin disposé à procéder à l’interruption de grossesse… tout cela dans une société très conservatrice en la matière.» Tous ces pays se reposent beaucoup sur l’autorité morale des Églises, catholiques et pentecôtistes rivalisant de fondamentalisme. Cela, que le gouvernement soit de droite ou de gauche…

Or, la réalité en Amérique latine et dans les Caraïbes, c’est que près d’un tiers de toutes les grossesses sont volontairement interrompues, selon le Guttmacher Institute. Seulement un quart des 6,5 millions d’avortements annuels sont opérés en toute sécurité par des personnes expérimentées qui suivent les méthodes recommandées par l’Organisation mondiale de la santé. Du coup, chaque année quelque 760 000 femmes doivent être traitées pour des complications. Et de centaines en meurent…

Débat au Brésil

C’est d’ailleurs le décès d’Ingriane Barbosa Carvalho en mai au Brésil qui a poussé une juge de la Cour suprême, Rosa Weber, à auditionner il y a quelques jours 60 experts et activistes sur la possibilité de dépénaliser l’avortement jusqu’à douze semaines de grossesse. La question, visiblement, taraude tout le continent latino. La tendance est donc marquée, mais le chemin est long. (TDG)

Créé: 12.08.2018, 20h05

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