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«En Ukraine, le président Poutine a improvisé»

De passage à Genève, l’essayiste et ex-diplomate Vladimir Fédorovski parle de Poutine, d’un mot à l’autre .

Le président russe Vladimir Poutine
Le président russe Vladimir Poutine
Reuters

Incontournable en Syrie, inquiétant pour ses voisins, populaire dans son pays: Vladimir Poutine a redonné à la Russie sa place sur la scène internationale et il est presque certain d’être réélu l’an prochain. L’ancien diplomate et écrivain Vladimir Fédorovski était mercredi soir à Genève, invité par Colette Cellerin, de l’association Convergences. Il vient de publier un nouveau livre sur le maître du Kremlin, intitulé Poutine de A à Z. Entretien autour de Poutine, d’un mot à l’autre.

Andropov Secrétaire général du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique entre 1982 et 1984 et président du KGB de 1967 à 1982. «C’est son vrai maître à penser. Dans le système Poutine, au départ, les anciens des services secrets ont joué un grand rôle. Andropov est très populaire aujourd’hui en Russie. Il a été comme lui un homme de la «transformation dans l’ordre». Poutine a eu trois inspirateurs en politique, l’ancien patron du KGB, le Chinois Deng Xiaoping et l’écrivain Alexandre Soljenitsyne. Poutine s’inspire presque mot pour mot de son livre Comment réaménager la Russie

Caméléon «Les politiques ont souvent des talents de comédien. Chez Poutine, cela va au-delà. C’est un pur produit du Service des renseignements. Il a appris et pratique les protocoles de l’agent du KGB. Il est capable de s’adapter à son interlocuteur, de copier sa gestuelle pour susciter une empathie. Il sait aussi dissimuler. Il a été choisi pour sa faiblesse apparente, pour être une marionnette. Je l’ai connu à Saint-Pétersbourg quand il y était. Il paraissait neutre, terne. Il sait cacher sa force. Il a ensuite révélé son caractère, comme Brejnev, et pris l’habit du tsar. La fonction l’a fait grandir.»

Fortune «Poutine n’est pas un homme d’argent. Il est à la tête d’un système oligarchique. Beaucoup se sont enrichis de manière vertigineuse autour de lui. Mais lui est d’abord obsédé, parfois jusqu’à l’illumination, par la grandeur de la Russie. Et puis, ceux qui ont trop profité du système pour leur seul bénéfice sont régulièrement écartés. Les Américains disent qu’il serait riche de 60 milliards de dollars. J’ai demandé des preuves, enquêté moi-même… Rien!»

Jamais «Poutine, c’est trois jamais. Jamais comme pendant la révolution, jamais comme du temps d’Eltsine, jamais comme Gorbatchev.»

Novorossia «Cette idée de réunir des territoires russophones n’est pas la sienne mais celle d’Eltsine. Dans l’affaire ukrainienne, en vérité, il n’avait pas de stratégie, pas de plan de création d’une Novorossia. C’est venu après. Sa gestion de l’Ukraine est le fruit d’une improvisation. En fait, l’Ukraine a été son plus grand échec. Il a misé sur un faible, un corrompu, le président Ianoukovitch, et n’a pas vu venir Maïdan. Comme souvent, il a réagi ensuite. Sa survie politique était en jeu. L’élite russe ne lui aurait pas pardonné un échec. Il a retourné la situation avec la Crimée, en judoka, en utilisant les erreurs et les forces de l’adversaire pour le battre. Même sur le plan du droit international, il a été habile. Il a opposé le droit à l’autodétermination des peuples à la souveraineté et à l’intangibilité des frontières. D’une défaite, il a fait une victoire. L’opinion russe a applaudi l’artisan du retour de ce territoire à la mère patrie.»

Syrie «Il y a une incompréhension des Occidentaux sur l’intervention russe en Syrie. Ce n’est pas un dictateur qui en sauve un autre. Et pas seulement la protection du port de Tartous. Damas est à 600 km de la frontière russe. Ce que Poutine craint le plus, c’est la déstabilisation islamiste du Caucase. Le dossier syrien ne se réglera pas sans les Russes. L’Europe doit l’accepter et être plus présente.»

Tabou «Il protège sa vie privée, sa famille. Mais il sait aussi la mettre en scène. Comme Staline, qui disait n’avoir pas de vie privée mais qui a juste dit, quand son fils a été arrêté, qu’il n’échangerait pas un lieutenant (son fils) contre un maréchal. Gorbatchev étalait sa vie privée. Pas lui. Seul le fonctionnement du poutinisme est un tabou.»

«Poutine de A à Z»de Vladimir Fédorovski, Editions Stock, mars 2017.

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