L’Ukraine orthodoxe est à la veille d’un séisme religieux

ReligionUne majorité de fidèles pourraient bientôt quitter le Patriarcat de Moscou pour celui de Kiev, s’il est reconnu par… Istanbul!

Bartholomée 1er, patriarche de Constantinople

Bartholomée 1er, patriarche de Constantinople Image: Keystone

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Serions-nous à la veille d’un séisme au sein de l’Église orthodoxe mondiale… et d’une guerre de religion en Ukraine? Ce qui est sûr, c’est qu’un schisme dans ce pays semble sur le point d’être légitimé par Bartholomée 1er, patriarche de Constantinople et leader symbolique des 300 millions de chrétiens orthodoxes de par le monde. Il lui revient, en effet, de décider si l’Église d’Ukraine est déclarée «autocéphale», c’est-à-dire indépendante, affranchie du très poutinien Kirill, patriarche de Moscou à la tête de 150 millions de fidèles. «Au Kremlin, ce serait perçu comme un affront, une brèche dans la stratégie de puissance russe», prévient l’historien Éric Aunoble, spécialiste de l’Ukraine à l’Université de Genève.

Or, la messe est dite, serait-on tenté d’affirmer. Le Patriarcat œcuménique (de Constantinople) vient de désigner deux exarques pour le représenter à Kiev «dans le cadre des préparatifs de l’octroi de l’autocéphale à l’Église orthodoxe d’Ukraine», selon les termes du communiqué posté vendredi sur Facebook.

À Kiev, le président Petro Porochenko semble, lui, convaincu que l’affaire est dans la poche. Il tweetait lundi dernier que Bartholomée a tranché, jugeant que chaque État a le droit de fonder son Église, à commencer par l’Ukraine. Quant au patriarche de Moscou, qui s’est rendu il y a dix jours à Istanbul (autrefois Constantinople) pour plaider sa cause, il se serait vu répondre par le chef du plus vieux diocèse orthodoxe du monde que les récriminations russes n’étaient pas recevables.

Vladimir le Grand

Voilà qui risque d’aggraver la rivalité et les tensions entre les deux grands leaders orthodoxes. Déjà en 2016, en Crête, le Patriarcat russe a boudé le concile panorthodoxe organisé pour la première fois depuis plus de mille ans! Kirill n’avait visiblement pas pardonné à Bartholomée d’avoir pris sous son aile une partie de l’Église d’Estonie qui a rompu avec l’autorité de Moscou.

Plus explosive encore est la situation en Ukraine, souligne Éric Aunoble. Car c’est à Kiev que serait né le christianisme slave en l’an 988, lorsque Vladimir le Grand, prince du peuple Rous, se convertit et organisa un baptême de masse pour ses sujets. De lointaines origines dont se réclament aujourd’hui tant les Russes que les Ukrainiens. D’ailleurs, durant près d’un millénaire, ces populations sont restées sous l’autorité d’un même patriarcat, d’abord basé à Kiev puis déplacé à Moscou.

Trois Églises en rivalité

Les choses ont bien changé. Aujourd’hui en Ukraine, trois Églises orthodoxes sont en concurrence. La plus grande, historique, dépend du Patriarcat de Moscou. Mais en 1992, après l’indépendance de l’Ukraine, une partie de la hiérarchie religieuse a fait sécession pour créer une Église qui se veut autocéphale, le Patriarcat de Kiev. C’est celle-ci qui demande à être reconnue par Constantinople. «Si elle devient légitime aux yeux du monde orthodoxe, ils seront nombreux à la rejoindre», imagine Éric Aunoble. «Et l’État devra intervenir très certainement pour que le contrôle sur les bâtiments religieux passe d’un patriarcat à l’autre.» Tensions garanties!

Quid de la troisième Église? Née d’un schisme en 1920, à l’époque soviétique, elle s’est développée surtout au sein de la diaspora. Il est question à présent d’une fusion avec sa grande sœur.

Patriote ou traître?

Bref, «les Ukrainiens vont bien vite comprendre qu’ils doivent choisir entre une Église patriotique, dont les prêtres s’expriment en ukrainien, et une Église qui n’abandonne pas le slavon liturgique et dont les fidèles seront considérés comme des traîtres prorusses», prévient l’historien. «On voit bien la logique des autorités, qui aggravent le fossé et ne tentent plus de jeter des ponts. Depuis deux ans, Kiev ne verse plus de subventions au Donbass (ndlr: région de l’Est contrôlée par des sécessionnistes prorusses) et n’en importe plus de charbon. De facto, l’administration laisse tomber ces territoires et s’efforce de renforcer son contrôle sur le reste du territoire.» (TDG)

Créé: 11.09.2018, 07h45

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