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En Ukraine, la désillusion des révoltés du Maïdan

Quatre ans après la révolution du Maïdan, les familles des victimes voient les enquêtes gelées. Et la corruption s’étend.

A Kiev, le pouvoir est accusé de freiner les enquêtes sur les victimes de Maïdan pour protéger policiers et fonctionnaires.
A Kiev, le pouvoir est accusé de freiner les enquêtes sur les victimes de Maïdan pour protéger policiers et fonctionnaires.
Keystone

«C’est un échec cuisant des enquêtes et un drame de plus pour les familles de victimes.» Vitaliy Titich, avocat de la Centurie céleste, du nom de la centaine de révolutionnaires qui avait péri pendant l’EuroMaïdan de l’hiver 2013-2014, est amer. Les autorités issues de la révolution ont eu beau promettre une justice implacable. Le 20 novembre, des centaines d’enquêtes ont été gelées.

Au sein du Bureau du procureur général (GPU), un département spécial avait jusqu’à cette date autorité pour enquêter. Passé ce délai, les affaires devaient être transférées au Bureau national d’investigation. Un Bureau qui n’existe pas encore. «Tout est paralysé, malgré le fait que le problème était prévisible depuis des mois», regrette Serhiy Horbatouk, chef de ce département. «Tout ceci ressemble à un attentisme délibéré» pour enterrer les enquêtes, rajoute Vitaliy Titich. De nombreuses critiques soupçonnent l’Exécutif de Petro Porochenko de protéger des policiers et fonctionnaires encore actifs dans l’appareil d’État.

«Ça ne peut qu’empirer avant l’élection présidentielle de 2019»

En convoquant une conférence de presse le 20 novembre, le procureur général, Iouriy Loutsenko, s’est empressé de prendre le contre-pied des accusations. «L’année 2017 a été la plus productive dans le cadre des enquêtes sur Maïdan», s’est-il gaussé. Trois cent quatre-vingts personnes sont déjà mises en examen; 270 d’entre elles sont en cours de procès et 49 en maison d’arrêt. À en croire Iouriy Loutsenko, les enquêtes ne seraient plus justifiées: les résultats seront connus prochainement. Les avocats des familles de victimes semblent peu convaincus.

Quatre ans après le début de l’EuroMaïdan, un sondage de «l’Institut des initiatives démocratiques» révèle que les Ukrainiens sont déçus par les objectifs non atteints de la révolution. Par l’échec des enquêtes sur Maïdan, bien sûr. Mais aussi par la lutte anticorruption, toujours balbutiante. En vertu de cette même date limite du 20 novembre, le GPU a dû transférer 3500 cas de corruption liés à l’ancien régime autoritaire de Viktor Ianoukovitch au Bureau anticorruption (NABU), qui ne compte que 200 enquêteurs. Le directeur, Artem Sytnik, soutenu par le procureur Serhiy Gorbatouk, a d’ores et déjà annoncé qu’il ne pouvait «pas faire face à la quantité de travail».

Pour gérer ces enquêtes, le NABU devrait abandonner des enquêtes sur des opposants, et des soutiens, de Petro Porochenko. Iouriy Loutsenko est ainsi sous le coup d’une enquête pour soupçons «d’enrichissement personnel». «Porochenko est déterminé à tuer le NABU, la seule agence anticorruption indépendante», accuse le député d’opposition Serhiy Leshchenko. «Ça ne peut qu’empirer avant l’élection présidentielle de 2019.»

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