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Trump sème le chaos à la Maison-Blanche

La décision du président de mettre sur le même plan des manifestants antiracistes et des mouvements néonazis a provoqué une vague de condamnations et de démissions.

Des manifestants devant la Trump Tower à New York ont dénonçé les propos du président au sujet des événements de Charlottesville.
Des manifestants devant la Trump Tower à New York ont dénonçé les propos du président au sujet des événements de Charlottesville.
ANDREW GOMBERT

«Merci à tous!» Donald Trump n’a guère caché son amertume mercredi sur Twitter au moment d’annoncer qu’il dissolvait deux conseils économiques qu’il avait créés. La raison: le président des Etats-Unis a été confronté à des démissions à la chaîne de grands patrons en réponse à ses prises de positions sur les violences à Charlottesville, en Virginie, samedi. Donald Trump avait une nouvelle fois affirmé mardi, lors d’une conférence de presse mouvementée à la Trump Tower à New York, que la responsabilité des affrontements entre manifestants d’extrême droite et militants antiracistes était partagée entre les deux camps. «J’ai regardé de très près, de beaucoup plus près que la plupart des gens», avait notamment martelé Donald Trump mardi. «D’un côté, vous aviez un groupe qui était très agressif. De l’autre côté, vous aviez aussi un groupe qui était très violent.»

Ces propos ont suscité une vague d’indignation mercredi aux Etats-Unis au moment où les proches d’Heather Heyer prenaient congé de cette jeune femme tuée samedi par une voiture qui avait foncé sur une foule de manifestants antiracistes. Un jeune homme de 20 ans, soupçonné d’appartenir à un mouvement néonazi, a été arrêté. «Je préférerais avoir ma fille, mais si je dois la laisser partir, nous allons au moins faire que cela compte», a affirmé Susan Bro, la mère d’Heather Heyer, au cours d’une émouvante cérémonie organisée à Charlottesville mercredi. «Ils ont tué ma fille pour essayer de la faire taire, mais vous savez quoi? Vous n’avez fait que l’amplifier.»

La mort d’Heather Heyer semble avoir eu un impact que Donald Trump n’avait pas imaginé. Face à une cote de popularité qui ne cesse de baisser et n’atteint aujourd’hui que 35% selon un dernier sondage Marist, le président des Etats-Unis se raccroche à l’électorat populaire blanc qui l’a porté à la Maison-Blanche. «Ce qui se passe est horrible, mais cela s’inscrit dans le contexte de la rhétorique de plus en plus violente qu’utilisent les dirigeants à la Maison-Blanche», réagit Vivian Flowers, une représentante étatique démocrate de l’Arkansas. L’élue afro-américaine poursuit: «Le président voit le soutien de la population s’effriter et se recroqueville sur sa base. Mais elle-même commence aussi à se réduire car de nombreuses personnes sont abasourdies de voir une telle rhétorique à la Maison-Blanche. Le président n’a pas la carrure d’un homme d’Etat.»

A son arrivée à la Maison-Blanche en janvier, Donald Trump s’est entouré de plusieurs cadres de l’«Alt-right», l’ultra droite américaine. Parmi eux, on retrouve Steve Bannon, le stratège du président. En décidant de renvoyer dos à dos les manifestants antiracistes et les militants d’extrême droite qui s’étaient réunis à Charlottesville pour protester contre le retrait par la Mairie d’une statue symbolisant le passé esclavagiste des Etats-Unis, Donald Trump s’est attiré les louanges de l’Alt-right: «Donald Trump est le seul capable de comprendre qu’il écoute ceux qui défendent les intérêts des blancs», assure Jared Taylor, l’un des leaders de l’ultra droite américaine. «Les autres politiciens sont terrorisés parce qu’ils pensent qu’on va les traiter de racistes et de néonazis.» David Duke, un ancien leader du mouvement raciste du Ku Klux Klan, a pour sa part remercié le président des Etats-Unis sur Twitter «pour son honnêteté et son courage de dire la vérité».

Dans le camp républicain, le malaise grandit. Plusieurs cadres du parti conservateur, dont les deux anciens présidents Bush, le sénateur John McCain et l’ancien candidat à la Maison-Blanche Mitt Romney, se sont désolidarisés des propos du président. Mais Donald Trump pense déjà à la campagne présidentielle de 2020 et semble avoir décidé que sa stratégie victorieuse de 2016 fonctionnera dans trois ans. L’entourage du président a annoncé ce mercredi, en pleine crise, que celui-ci tiendrait un meeting électoral à Phoenix le 22 août. Phoenix est la ville de Joe Arpaio, un ancien shérif controversé qui a des problèmes légaux pour avoir généralisé les contrôles au faciès dans la communauté hispanique de cette ville de l’Arizona. Et Donald Trump a retweeté cette semaine un article de Fox News selon lequel il réfléchissait «sérieusement» à octroyer le pardon présidentiel à Joe Arpaio, un personnage révéré au sein de l’ultra droite américaine.

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L’embarrassante brouille avec les patrons

Incapable de condamner vraiment les suprémacistes blancs responsables des violences de Charlottesville, Donald Trump paie cher son entêtement ou son aveuglement. Six de ses conseillers économiques ont claqué la porte depuis lundi, dont quatre PDG de grandes entreprises, désormais bien trop gênés par un président qui peine à cacher ses sympathies pour l’extrême droite.

Symbole fort, Kenneth Frazier, patron afro-américain à la tête du géant pharmaceutique Merck, a été le premier à jeter l’éponge. «Les dirigeants américains doivent honorer nos valeurs fondamentales en rejetant clairement les manifestations de haine, de sectarisme et toute revendication de suprématie, qui nient l’idéal américain voulant que tous les hommes ont été créés égaux», a-t-il indiqué dans un tweet diffusé par le compte de son entreprise. Brian Krzanich, patron d’Intel, Kevin Plank, PDG de l’équipementier sportif Under Armour, Scott Paul, président de l’Alliance pour l’industrie américaine, lui ont emboîté le pas. Et deux représentants du monde syndical ont rendu leur tablier.

Cette fois, ce n’est donc pas avec des politiciens de son propre camp, des juges, des scientifiques ou des journalistes que Donald Trump se brouille. Mais avec des entrepreneurs qui avaient vu dans l’arrivée du riche homme d’affaires à la Maison-Blanche l’opportunité d’être mieux entendus. Or aujourd’hui, la gêne de voir un président incapable de défendre les valeurs constitutives du pays semble rattraper les milieux économiques. Même le patron de la populaire chaîne de supermarchés Walmart, soutien de Trump, s’est senti obligé de critiquer l’attitude du président après les événements de Charlottesville.

Ce n’est pas le premier malaise. La décision en juin de se retirer de l’Accord de Paris sur le climat avait poussé le fondateur de Tesla, Elon Musk, et le patron de Disney, Robert Iger, à quitter le conseil présidentiel des chefs d’entreprise. Avant cela, le décret antimusulman avait aussi suscité la critique d’importantes firmes, telles que Google, Apple ou Microsoft.

Pour Donald Trump, qui se targue d’avoir de grands patrons à ses côtés, ces critiques et ces défections sont mal venues. Car elles ébranlent le cœur même de sa politique, basée sur la flagornerie envers les milieux d’affaires, et sur l’idée que «les patrons les plus actifs du pays sont avec le président».

Mais comme à son habitude lorsqu’il est acculé, Trump a répliqué par la contre-attaque. Après s’être moqué des patrons démissionnaires (au patron de Merck: «Qu’il aille s’occuper de faire baisser le prix des médicaments»), mercredi, le président a jeté son dévolu sur Amazon, accusé de détruire le petit commerce. Comme un avertissement aux autres? La firme de Jeff Bezos ne fait partie d’aucun cénacle présidentiel…

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