Trump fait plier Erdogan et obtient un cessez-le-feu de cinq jours en Syrie

DiplomatieLâché par son propre parti après avoir décidé d’abandonner les Kurdes, le président américain a fêté une victoire jeudi.

Donald Trump a envoyé son vice-président, Mike Pence (à g.), à Ankara négocier avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, un arrêt de l’offensive dans le nord de la Syrie contre les Kurdes.

Donald Trump a envoyé son vice-président, Mike Pence (à g.), à Ankara négocier avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, un arrêt de l’offensive dans le nord de la Syrie contre les Kurdes. Image: AP PHOTO

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La mission donnée par Donald Trump paraissait impossible. À son arrivée à Ankara jeudi, le vice-président américain, Mike Pence, devait convaincre le président turc, Recep Tayyip Erdogan, de stopper son offensive militaire contre les Kurdes dans le nord de la Syrie. Au bout de plus de quatre heures de négociations, Mike Pence a obtenu un cessez-le-feu de cinq jours pour permettre le retrait des milices kurdes de la région frontalière de la Turquie et la création d’une zone tampon. «La Turquie a accepté un cessez-le-feu permanent une fois que ce sera terminé», a annoncé le vice-président américain lors d’une conférence de presse dans la capitale turque.

Toujours soucieux de se mettre en retrait de Donald Trump, Mike Pence a loué le président américain à plusieurs reprises. «L’accord d’aujourd’hui arrête les violences, a-t-il affirmé. C’est la raison pour laquelle le président Trump nous avait envoyés aujourd’hui. […] Il voulait un cessez-le-feu. Il voulait l’arrêt des violences.»

Politiquement, la position de Donald Trump était devenue intenable à Washington depuis le début de l’offensive turque dans le nord de la Syrie, la semaine dernière. Mercredi, la Chambre des représentants avait voté à une large majorité en faveur d’une résolution condamnant la décision du président des États-Unis de retirer les troupes américaines de Syrie. Le texte avait été soutenu par 129 parlementaires républicains.

Ce désaveu des élus de son propre parti avait visiblement déstabilisé un Donald Trump qui s’était disputé peu après le vote avec Nancy Pelosi. La présidente démocrate de la Chambre des représentants avait abruptement quitté mercredi après-midi une réunion à la Maison-Blanche consacrée à la situation en Syrie après avoir été insultée par Donald Trump.

Critiqué de toutes parts, le président américain n’avait cessé de défendre sa décision et avait transmis aux élus une lettre surréaliste qu’il avait écrite à Recep Tayyip Erdogan le 9 octobre, le jour du déclenchement des hostilités par la Turquie. Cette lettre, censée illustrer la force de Donald Trump, lui a valu les moqueries de ses adversaires en raison de l’infantilisme des mots utilisés par le président américain. «L’histoire vous jugera d’un œil favorable si vous agissez de façon juste et humaine. Elle vous considérera à jamais comme le diable si les choses se passent mal, avait-il écrit à son homologue turc. Ne jouez pas au dur! Ne faites pas l’imbécile! Je vous appellerai plus tard.»

«Un bon accord»

Trump avait aussi proposé à Erdogan de trouver «un bon accord» et lui avait exposé ses raisons: «Vous ne voulez pas être responsable du massacre de milliers de personnes, et je ne veux pas être responsable de la destruction totale de l’économie turque», avait-il écrit. Cette missive était restée lettre morte, la Turquie déclenchant son opération militaire dans le nord de la Syrie le même jour.

La décision de Donald Trump de retirer les troupes américaines du nord de la Syrie lui a valu les critiques de nombreux experts, dont Henry Barkey, un analyste du Council on Foreign Relations (CFR) à Washington. «Tant qu’il y avait un seul soldat américain dans le nord de la Syrie, il (ndlr: le président turc Erdogan) n’aurait pas osé attaquer, avait-il expliqué dans un podcast diffusé sur le site internet du CFR. Imaginez les réactions dans ce pays (ndlr: aux États-Unis) si un soldat américain avait été tué ou blessé par les Turcs.»

À Ankara, Mike Pence a assuré mercredi soir que les États-Unis n’avaient pas fait de concessions à la Turquie pour obtenir l’arrêt des combats pendant cinq jours. Selon le vice-président, Donald Trump a seulement accepté de ne pas imposer de nouvelles sanctions contre la Turquie et de geler les sanctions économiques édictées la semaine dernière dès que le cessez-le-feu serait permanent.

Le président américain ne peut pas se permettre de perdre le soutien de son parti à l’heure où il est menacé par une procédure de destitution au Congrès. Et l’accord conclu avec la Turquie lui offre un peu de répit. «Supernouvelles de Turquie, s’est-il exclamé sur Twitter. Des millions de vies seront sauvées!»

Parallèlement, le témoignage jeudi au Congrès de Gordon Sondland, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne, a marqué une nouvelle étape importante dans l’enquête pouvant aboutir à la destitution de Donald Trump. Le diplomate a admis face aux parlementaires que le président américain avait délégué la politique des États-Unis vis-à-vis de l’Ukraine à Rudy Giuliani, son avocat personnel. Gordon Sondland a aussi assuré n’avoir réalisé que sur le tard que le but de Giuliani était potentiellement d’«impliquer les Ukrainiens, directement ou indirectement, dans la campagne de réélection du président en 2020».

Créé: 17.10.2019, 22h23

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