Trump défie le monde et «Rocket man»

Assemblée générale de l’ONU Pour son premier discours à l’ONU, le président américain n’a pas déçu sa base électorale: il s’en est pris à de commodes ennemis, dont la Corée du Nord.

Devant l’ONU à New York, le président des Etats-Unis a adopté un ton militaire face à plusieurs pays qu’il a qualifiés de «voyous».

Devant l’ONU à New York, le président des Etats-Unis a adopté un ton militaire face à plusieurs pays qu’il a qualifiés de «voyous». Image: AP

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Donald Trump n’hésitera pas à en découdre avec Kim Jong-un, le dictateur nord-coréen, qu’il a de nouveau baptisé «Rocket Man» (l’homme fusée). Pour son premier discours aux Nations Unies à New York, mardi, le président des Etats-Unis a choisi d’adopter un ton militaire face à plusieurs pays qu’il a qualifiés de «voyous». Alors qu’António Guterres, le secrétaire général des Nations Unies, avait mis en garde quelques minutes plus tôt contre le déclenchement d’une guerre avec la Corée du Nord, Donald Trump a menacé de «détruire totalement» ce pays s’il continue à menacer les Etats-Unis. «Rocket Man s’est lancé dans une mission suicide», a martelé le président américain en reprenant un surnom qu’il avait déjà donné à Kim Jong-un ce week-end sur Twitter.

Lire l'éditorial: «Trump, trois présidents en un à l’ONU»

Ces propos rentreront probablement dans les anales de l’ONU et rejoindront ceux d’Hugo Chavez à la même tribune en 2006. «Hier le diable est venu», avait tonné l’ancien président vénézuélien en parlant de l’ex-président américain George W. Bush. «Et ça sent le soufre aujourd’hui.» Dans son discours à l’ONU, Donald Trump a pour sa part estimé que de «grandes parties du monde» étaient en train «d’aller en enfer».

L’ambassadeur de la Corée du Nord, Ja Song Nam, a même quitté la salle. Photo: Reuters

Si loin d’Obama...

Le 45e président des Etats-Unis, qui semble s’être lancé dans le démantèlement systématique de la politique de Barack Obama, a poursuivi sur sa lancée mardi. Dans un discours truffé de références aux «périls», au «diable», aux «criminels» et aux «terroristes perdants», Donald Trump a offert un visage de l’Amérique radicalement différent de celui de son prédécesseur. Il y a une année, Barack Obama avait affirmé aux dirigeants de la planète qu’ils étaient face à un «choix»: «Nous pouvons continuer à aller de l’avant avec un meilleur modèle de coopération et d’intégration.» Mardi, Donald Trump a présenté au monde son idéologie de l’«America first» (l’Amérique d’abord). «Notre gouvernement est avant tout redevable envers ses citoyens», a-t-il martelé peu après avoir été accueilli à la tribune de l’ONU par des applaudissements polis. «En tant que président des Etats-Unis, je privilégierai toujours l’Amérique, tout comme vous privilégierez votre propre pays.»

Donald Trump a aussi exprimé une profonde méfiance de la politique multilatérale. «L’Amérique sera toujours un ami merveilleux pour le monde et spécialement pour ses alliés», a-t-il assuré. «Mais nous ne pouvons plus nous faire avoir ou conclure des accords à sens unique et dans lesquels les Etats-Unis ne reçoivent rien en retour.»

Dans ce contexte, Donald Trump a fustigé l’accord nucléaire que l’administration Obama et la communauté internationale avaient conclu avec Téhéran. «Le deal avec l’Iran est l’une des pires transactions à sens unique conclues par les Etats-Unis», a-t-il assuré. «Franchement, cet accord est une honte pour les Etats-Unis. Et je ne pense pas que vous avez tout entendu [ce qu’il y a à entendre] sur le sujet.»

Donald Trump n’a pas oublié dans son discours la Syrie, l’Afghanistan, ni le Venezuela. Il a promis que les Etats-Unis sont prêts à «prendre d’autres mesures» en plus des sanctions qu’ils ont déjà adoptées si le «gouvernement du Venezuela persiste sur sa voie pour imposer un régime autoritaire au peuple vénézuélien». Pour Donald Trump, la crise à Caracas a des racines idéologiques: «Le problème au Venezuela n’est pas que le socialisme a mal été mis en pratique, mais que le socialisme a rigoureusement été appliqué», a-t-il affirmé. «De l’Union soviétique à Cuba et au Venezuela, à chaque fois que le communisme ou le socialisme ont été adoptés, ils ont apporté le désespoir, la destruction et l’échec.»

Pas un mot sur le climat

Lors de sa dernière allocution à l’ONU, Barack Obama avait loué l’Accord de Paris sur le climat et insisté sur l’urgence à agir contre le réchauffement climatique. Donald Trump n’a, lui, pas dit un mot sur l’accord qu’il a choisi de dénoncer cette année, ni sur le climat. Le président des Etats-Unis a en outre laissé sous-entendre qu’il pourrait revoir la politique de la Maison-Blanche en matière de réfugiés. «Pour le coût de l’accueil d’un réfugié aux Etats-Unis, nous pouvons en aider plus de dix dans leur région», a-t-il dit.

Donald Trump doit déterminer d’ici au 1er octobre le nombre de réfugiés que Washington acceptera en 2018. Le New York Times a révélé mardi que son administration a récemment rejeté les conclusions d’une étude du Département de la santé selon lesquelles les réfugiés ont généré 63 milliards de dollars de revenus de plus que ce qu’ils ont coûté au gouvernement américain ces dix dernières années. La raison: la Maison-Blanche cherche apparemment des raisons pour justifier une réduction du nombre de réfugiés aux Etats-Unis l’année prochaine.

Alors qu’il a été reçu froidement à l’ONU, le discours de Donald Trump a aussitôt été repris par l’équipe de sa campagne pour sa réélection en 2020. Dans un e-mail envoyé aux supporters du président, Michael Glassner, le directeur de Trump for President, a salué un discours «historique»: «Les supporters de Trump à travers le pays devraient être fiers du discours fort et rempli de principes du président face aux leaders du monde entier aux Nations Unies, au cours duquel il a exprimé un soutien profond et sans faille aux principes de l’Amérique d’abord.»


Des discours qui ont fait trembler la planète

Certains discours à l’Assemblée générale de l’ONU ont marqué les esprits. Celui du Cubain Fidel Castro en 1960 est resté dans les annales car il a duré quatre heures et demie: un record. «Que disparaisse la philosophie du pillage, et la philosophie de la guerre aura disparu», s’emporte le «Líder Máximo», fustigeant le capitalisme et l’impérialisme américains. La même année, c’est Nikita Khrouchtchev qui, pour la première apparition d’un dirigeant soviétique dans cette enceinte, pique une grosse colère. Il retire sa chaussure et tape de rage sur son pupitre quand le Philippin Lorenzo Sumulong dénonce l’emprise de l’URSS sur les pays de l’Est de l’Europe. En 1961, c’est en pleine guerre froide que le fringant président des Etats-Unis, John Fitzgerald Kennedy, prévient d’«un désastre nucléaire répandu par le vent, l’eau et la peur», qui «pourrait engloutir de la même façon les petits et les grands». «L’humanité doit mettre un terme à la guerre ou la guerre mettra fin à l’humanité», conclut-il.

Invité à New York par les pays non alignés en 1974, Yasser Arafat, le dirigeant palestinien, a eu, lui, un mot historique à l’adresse d’Israël: «Je suis venu avec un rameau d’olivier et un fusil de révolutionnaire. Ne laissez pas le rameau tomber de ma main.» Dix ans plus tard, Thomas Sankara, qui vient d’être porté au pouvoir au Burkina Faso, se fait le porte-parole du tiers-monde et de l’anticolonialisme, appelant à l’union des continents du Sud contre les exploiteurs. En 1987, le président américain Ronald Reagan étonne l’assemblée en agitant la menace d’une invasion extraterrestre, seule capable d’effacer «les différences entre tous nos pays». Le président vénézuélien Hugo Chávez va lui aussi faire sensation, sur un ton plus offensif. «Le diable est venu ici», lance-t-il au lendemain du discours du président américain de l’époque, George W. Bush.

En 2009, le dirigeant libyen Muammar Kadhafi va à son tour faire le show. Il dénonce le «féodalisme politique des grands pays qui ont mené 64 guerres aux petits» et brocarde le Conseil de sécurité. Il rejoindra sa place au bout de deux heures, en accusant les Occidentaux d’avoir «engendré Hitler».

En 2012, c’est un dessin grossier qui fera le tour du monde. Celui montré à la tribune par le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Une bombe avec une mèche pour dénoncer le programme nucléaire militaire iranien… O.B

Créé: 20.09.2017, 07h18

Les dossiers chauds

Dix jours de débats et des centaines de réunions entre représentants
de plus de 190 pays. Les sujets de discussion ne manquent pas à l’Assemblée générale de l’ONU. Mais certains dossiers sont plus «chauds» que d’autres. Florilège.

La crise nord-coréenne Le pire sera-t-il évité? Difficile de ne pas s’inquiéter chaque jour davantage en entendant le président Donald Trump et le leader Kim Jong-un se lancer réciproquement des menaces de destruction massive. La Chine est appelée à raisonner son turbulent voisin et allié.

Le deal avec l’Iran Donald Trump
a dit sa détestation de l’accord nucléaire passé par Barack Obama avec le président iranien, Hassan Rohani. La Maison-Blanche veut renégocier, les autres pays
signataires veulent l’en dissuader.

L’accord de Paris sur le climat Autre vedette de l’Assemblée générale, le président français, Emmanuel Macron, veut convaincre les Etats-Unis de ne pas se retirer de l’accord de Paris sur le climat. Ses partisans espèrent que les effets dévastateurs des ouragans Harvey et Irma changeront l’état d’esprit à Washington.

Le martyre des Rohingyas Prix Nobel de la paix, la leader birmane Aung San Suu Kyi est sous le feu de la critique. La répression qui s’est abattue sur la minorité musulmane a mis en fuite 400 000 personnes, réfugiées au Bangladesh voisin.

La stabilisation de la Libye C’est une priorité pour l’Europe: un accord entre les pouvoirs rivaux
en Libye doit permettre de limiter le nombre de migrants tentant de traverser la Méditerranée.

Une solution politique en Syrie Une défaite probable de Daech reposera la question d’une solution politique. Avec ou sans Bachar el-Assad? A.A.

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