Toujours plus de déracinés

Réfugiés L’exode de la souffrance L’incapacité de la communauté internationale à résoudre les crises ressort dans les chiffres.

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C’est une nouvelle fournée de statistiques alarmistes qu’a livrée le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) le 20 juin. Si on additionne le nombre de réfugiés et celui des déplacés internes, cela représente 65,3 millions de personnes déracinées à la fin de 2015, contre 59,5 millions douze mois plus tôt. En seulement cinq ans, le nombre de personnes contraintes de fuir leur foyer à cause des guerres a augmenté de 50%. A elles seules, les violences en Syrie, en Afghanistan, au Burundi et au Soudan du Sud ont provoqué l’exode de quelque 20 millions de personnes. La moitié sont des enfants.

Les chiffres donnent le vertige. Ils attestent d’un phénomène qui atteint des proportions inédites et qui en dit long sur l’état du monde, et notamment sur l’incapacité de la communauté internationale à résoudre les crises. Pour faire toucher du doigt la nature du défi que doivent relever les dirigeants politiques et les autres parties du monde épargnées par les guerres, les conflits et les catastrophes de grande ampleur, le HCR essaie d’atteindre les opinions publiques. En plein Euro de foot, les comparaisons et images chocs distillées par l’agence onusienne ne sont pas arrivées à faire les gros titres. «Il y a aujourd’hui davantage de personnes déracinées que la population du Royaume-Uni, de la France ou de l’Italie», a annoncé le HCR en présentant son dernier rapport. Après le Portugais Antonio Guterres, c’est au tour de l’Italien Filippo Grandi de se coller à cette tâche ingrate qui consiste à tirer sur le signal d’alarme et à jouer les Cassandre. Les camps de réfugiés poussent comme des champignons, mais les solutions pour mettre fin aux souffrances des populations ne viennent pas. «Difficile de trouver des signes d’espoir» dans les données recueillies au cours de l’année 2015, déplore le Haut-Commissariat aux réfugiés. Avec les pourparlers de paix sur la Syrie qui patinent, l’année 2016 ne s’annonce pas meilleure. Dimanche, le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a annoncé la tenue d’un «sommet exceptionnel sur les réfugiés et les crises migratoires» le 19 septembre prochain. «Une réunion historique» qui mettra les gouvernements face à leurs responsabilités, espère le HCR.

Potentiel de déstabilisation

Les dernières statistiques donnent une idée du danger qui guette avec un flux de personnes déplacées impossible à contenir et qui porte en lui un formidable potentiel de déstabilisation dans les pays voisins des zones de conflit, mais aussi à des milliers de kilomètres au sein des démocraties européennes rongées par la montée des courants nationalistes et populistes. «Des niveaux inquiétants de xénophobie ainsi que d’hostilité de la rhétorique politique sur les questions d’asile et de migration font peser une menace sur les accords internationaux qui protègent les personnes forcées à fuir la guerre ou la persécution», prévient Filippo Grandi.

«Cette année doit être celle d’une prise de responsabilité collective et d’actions conjointes pour mettre fin aux conflits forçant les personnes à fuir et pour aider ces millions de gens dont la vie a été détruite par la violence», exhorte le patron du HCR. Et de lancer une ultime mise en garde: «Si vous ne parvenez pas à résoudre les problèmes, les problèmes viendront à vous.» Ce qu’illustrent la carte et les données exposées ci-dessus. Mais avec le Brexit et les réticences de plus en plus marquées des gouvernements européens à consentir des efforts pour accueillir des réfugiés, l’ambiance n’est pas à l’optimisme.

Les dernières statistiques du HCR attestent du manque d’efforts consentis pour réinstaller les réfugiés qui ne peuvent pas rentrer chez eux. D’ici à 2017, seulement 170 000 demandes sur 1,2 million seront traitées. L’ancien haut-commissaire aux réfugiés, aujourd’hui candidat à la succession de Ban Ki-moon, n’a pas caché sa «terrible frustration» en quittant le HCR il y a quelques semaines. «Il y a une incapacité de la communauté internationale à prévenir et résoudre les conflits», déplore Antonio Guterres.

(TDG)

Créé: 27.06.2016, 22h18

«Nous devons trouver une réponse globale»

En début d’année, l’Américaine Karen Koning AbuZayd a été chargée de préparer le Sommet international sur les réfugiés, qui se tiendra en septembre prochain. Pour cette dernière, le diagnostic est déjà posé. Le système actuel de protection des réfugiés se déclenche trop tardivement. «Il n’apporte pas de réponse adaptée en termes d’accueil, de développement et de réinstallation», constate-t-elle.
Karen Koning AbuZayd attend du sommet de septembre prochain qu’il dégage un plan pour une nouvelle organisation qui permette de traiter le problème de façon «globale». «Nous devons tous prendre notre part de responsabilité dans le traitement des réfugiés sur une base plus équitable», explique-t-elle. Les outils juridiques existent. Encore faut-il appliquer les traités et respecter le droit international. Les humanitaires appellent à un dépoussiérage des textes pour les «élargir». En réalité, il s’agit de jeter les bases d’une nouvelle solidarité pour arrêter de faire porter par une poignée de pays la charge que représente l’afflux de centaines de milliers de réfugiés.

Officiellement, tous les Etats affirment se rendre à ce sommet dans un esprit constructif. Mais la persistance du débat sur la distinction entre réfugiés et migrants et la pression des opinions publiques européennes de plus en plus hostiles à l’arrivée de nouvelles populations étrangères piègent d’emblée la démarche initiée par l’ONU et soutenue par les Etats-Unis. Il n’est pas sûr que l’appel à «une bonne gouvernance internationale des migrations» débouche sur le sursaut de conscience attendu. Karen Koning AbuZayd rappelle pourtant qu’il s’agit aussi de lutter contre les réseaux criminels organisés qui profitent de la détresse des réfugiés pour leur proposer de traverser la Méditerranée sur
des embarcations de fortune qui les emmènent vers la mort. Comme Filippo Grandi, avec qui elle a travaillé, cette ancienne diplomate n’a de cesse de rappeler qu’il ne s’agit pas seulement de protéger la dignité des migrants, mais aussi pour les pays riches de se montrer dignes des valeurs qu’ils prétendent incarner.
A.J.

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