«Tôt ou tard, Israël devra rendre des comptes»

PalestinePersonnalité de renom, Mme Hanan Ashrawi s'est exprimée hier à Genève devant l'American International Club.

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Image d'illustration. Image: ERIC J. ALDAG

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Mme Hanan Ashrawi est membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et du Conseil législatif palestinien. De passage hier à Genève, elle s’est exprimée devant l’American International Club, à la veille de la conférence organisée aujourd'hui par la Suisse et à laquelle les Etats-Unis ne participeront pas. Par la même occasion, elle a répondu aux questions d’une tablée de journalistes. Florilège.

Qu’espérez-vous de cette conférence à Genève?

La communauté internationale ne peut pas se borner, une fois encore, à dire à Israël que les Territoires palestiniens ne sont pas simplement «disputés» mais bien «occupés» (ndlr: ce qui implique une responsabilité envers la population). Nous réclamons la mise en place de mécanismes concrets pour protéger les civils. Que ce soit par des observateurs internationaux, des casques bleus… Que sais-je! Nous sommes même ouverts au déploiement de forces de l’OTAN sous commandement américain. Mais bien sûr, comme Israël s’y refuse, Washington n’en fera rien…

Le soutien des Etats-Unis à Israël est sans faille. Croyez-vous vraiment que cela changera?

Pas tout de suite, mais l’opinion publique américaine évolue. Des campus universitaires appellent à boycotter l’Etat hébreu. Des syndicats portuaires refusent de décharger les cargaisons israéliennes. L’association juive J-Street et son discours critique brise le monopole de l’AIPAC et de ses positions calquées sur celles du gouvernement israélien. Même des militaires américains commencent à dire que cette alliance sans aucune distance critique finit par nuire aux intérêts des Etats-Unis.

Le sentiment d’isolement ne va-t-il pas provoquer un réflexe de repli et favoriser l’extrême droite israélienne?

Dans un premier temps peut-être, mais les Palestiniens ne peuvent pas servir éternellement d’excuse aux échecs d’une coalition gouvernementale. Des Israéliens commencent à trouver que le premier ministre Netanyahou et ses alliés mènent le pays sur une voie dangereuse. En détruisant la solution des deux Etats, ils ne laissent comme alternative que l’Etat unique binational. Car ils ne pourront pas se débarrasser des Palestiniens.

Une troisième intifada va-t-elle éclater?

Elle est déjà là. Une intifada non-violente. Des manifestations pacifiques ont lieu dans tous les villages proches du Mur de séparation. Ziad Abou Eïn (ndlr: ex-ministre palestinien) a d’ailleurs été tué la semaine passée en tentant de planter un olivier en signe de protestation. Il y a eu 51 morts depuis l’incursion israélienne cet été dans la bande de Gaza. Personne n’en parle. Combien vaut la vie d’un Palestinien?

Pourtant, elles ne sont pas massives, les manifestations non-violentes de masse...

C’est vrai. Plusieurs raisons à cela. D’abord, les innombrables checkpoints nous empêchent de réunir des milliers d’activistes. Ensuite, la violence israélienne s’est abattue sur nombre de leaders pacifiques. Certains en sont morts, d’autres sont derrière les barreaux. Et puis, comme la voie des négociations est dans l’impasse, la population frustrée veut des gestes drastiques. Les Etats-Unis, en acceptant que les portes se ferment, ont fait passer nos dirigeants pour des collabos qui géreraient l’occupation israélienne plutôt que d’y mettre fin! Pourtant, la violence non plus ne mène à rien (ndlr: une référence au Hamas). A chaque confrontation, les militaires israéliens prennent le dessus et les civils palestiniens en paient le prix.

Allez-vous saisir la Cour pénale internationale?

Je ne dis pas qu’il faut aller tout de suite devant la justice internationale, mais tôt ou tard, Israël devra rendre des comptes.

Et votre relation avec le Hamas?

Elle est pénible. En établissant un gouvernement d’union, nous pensions être sur la bonne voie. Mais l’incursion israélienne à Gaza cet été a tout compliqué. L’entrée de l’aide humanitaire et de celle pour la reconstruction est freinée par le fait que le Hamas refuse de renoncer aux armes et de laisser l’Autorité palestinienne coordonner le travail sur le terrain. On ne peut pas vouloir être à la fois au gouvernement et demeurer un groupe clandestin! Il est temps de prendre ses responsabilités face la population palestinienne, plutôt que de manœuvrer pour la survie d’un clan.

Etes-vous inquiète des violences à Jérusalem?

Très. Cela peut dégénérer si facilement! Si Israël touche à la mosquée Al-Aqsa, il déclenchera une guerre sainte contre tous les musulmans. (TDG)

Créé: 16.12.2014, 19h54

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