Le test «Donald Trump» pour Emmanuel Macron

DiplomatieLe président français est à Washington pour une visite d'Etat de trois jours. Avec des sujets chauds dans sa valise.

Emmanuel Macron (à g.) avait invité Donald Trump aux cérémonies du 14 juillet l’année dernière à Paris (ici aux Invalides). Les deux hommes sont réputés proches, malgré des différends, comme la question du climat.

Emmanuel Macron (à g.) avait invité Donald Trump aux cérémonies du 14 juillet l’année dernière à Paris (ici aux Invalides). Les deux hommes sont réputés proches, malgré des différends, comme la question du climat. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’administration Trump a déjà sorti les drapeaux tricolores la semaine dernière dans la perspective de l’arrivée d’Emmanuel Macron ce lundi à Washington pour une visite d’État de trois jours. Donald Trump a décidé de rendre au président français l’honneur que celui-ci lui avait réservé en l’invitant l’année dernière aux cérémonies du 14 juillet à Paris. Cette première visite d’État de l’ère Trump est un sommet hautement symbolique qui inclut notamment un dîner d’État à la Maison-Blanche mardi et une allocution d’Emmanuel Macron au Congrès mercredi. «Ce n’est pas un secret que le président Trump et le président Macron ont une bonne relation de travail et sont proches sur un plan personnel, a indiqué vendredi sous le couvert de l’anonymat un haut responsable de la Maison-Blanche. Mais il y a évidemment aussi des choses qu’il vaut mieux discuter en personne.»


Lire aussi l'éditorial: Le pari d’Emmanuel Macron


Porte-parole de l’Europe

Les sujets de discussion entre les deux dirigeants ne manquent pas: l’après-frappes en Syrie, les relations commerciales, le traité nucléaire avec l’Iran, l’attitude des deux pays vis-à-vis de la Chine. L’Accord de Paris sur le climat, dont les États-Unis s’étaient retirés l’année dernière sur décision de Donald Trump, n’est en revanche pas à l’agenda, «à moins que le président Macron n’aborde le sujet», comme l’a précisé le haut responsable de l’administration Trump vendredi.

Nicole Bacharan, spécialiste des relations franco-américaines à Paris, souligne l’importance du sommet pour les deux chefs d’État. «Donald Trump a affiché sa préférence pour les décisions unilatérales, mais la réalité est qu’il a quand même besoin d’alliés», analyse la chercheuse. Dans une Union européenne au sein de laquelle la première ministre britannique, Theresa May, est «hors jeu» et la chancelière allemande, Angela Merkel, «affaiblie», Emmanuel Macron est en ce moment «le porte-parole de l’Europe et des démocraties occidentales», souligne Nicole Bacharan. Elle précise néanmoins que la démarche du président français «ne peut pas être crédible sans l’appui de Donald Trump».

Emmanuel Macron s’est adressé directement à l’Amérique de Donald Trump dimanche en accordant une interview en anglais à la chaîne conservatrice Fox, que le président des États-Unis regarde en boucle. Il a évité les sujets qui fâchent, préférant faire allusion en riant à «Make America Great Again» (rendre sa grandeur à l’Amérique), le slogan de campagne de Donald Trump: «Je suis ici pour servir mon peuple et mon pays, et lui rendre sa grandeur, comme dirait quelqu’un que je connais bien», a-t-il glissé. L’accord nucléaire avec l’Iran fera l’objet de discussions entre les deux hommes cette semaine. Donald Trump menace de retirer les États-Unis du traité si les Européens ne le durcissent pas d’ici au 12 mai. «Je n’ai pas de plan B pour le nucléaire contre l’Iran», a affirmé Emmanuel Macron sur la Fox après avoir reconnu que l’accord n’était pas «parfait».

Autre sujet brûlant entre Paris et Washington: les relations commerciales. L’administration Trump a choisi d’exempter jusqu’au 1er mai de ses nouvelles taxes l’acier importé de l’Union européenne. Emmanuel Macron a fait part de son espoir que les exemptions soient reconduites: «On ne déclenche pas une guerre commerciale avec ses alliés», a-t-il martelé.

Sur deux tableaux

«Les relations franco-américaines ont toujours été fluctuantes, quelque part entre amour et haine, conclut Romain Huret, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris. Emmanuel Macron se situe entre les deux, au gré des intérêts de la France. Il n’aime pas l’affrontement brutal, mais navigue dans des eaux contraires. Il a besoin de Trump sur les dossiers géopolitiques mais a compris que l’affaiblissement du «soft power» américain pourrait profiter à la France. Macron est le chantre de la realpolitik.»

Créé: 23.04.2018, 07h40

Articles en relation

Macron, le président qui parle à tout le monde

Une année à l’Élysée Au plan international, la première année de son quinquennat marque le retour du «gaullo-mitterrandisme». Plus...

Macron, un colosse aux pieds d’argile

Une année à l’Élysée Le président manque de relais, ses ministres n’ont pas de poids politique et son parti est tiraillé par de premières tensions. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.