Tensions autour du Croissant pétrolier

LibyeLa zone a été prise par le gouvernement non reconnu. Mais la Compagnie nationale du pétrole veut reprendre les exportations.

Les forces gouvernementales non reconnues par la communauté internationales se sont emparées de tous les terminaux du Croissant pétrolier. (Mardi 13 septembre 2016)

Les forces gouvernementales non reconnues par la communauté internationales se sont emparées de tous les terminaux du Croissant pétrolier. (Mardi 13 septembre 2016) Image: Keystone

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Les forces du gouvernement non reconnu de Libye se sont emparées mardi 13 septembre du dernier des quatre terminaux du Croissant pétrolier, le gouvernement d'union nationale (GNA) soutenu par l'ONU perdant ainsi le contrôle de ces installations cruciales pour l'économie libyenne.

Il s'agit d'un coup dur pour le GNA, une instance qui s'est installée en mars à Tripoli mais peine à asseoir son autorité sur l'ensemble du pays.

La Libye est plongée dans le chaos depuis la chute et la mort en 2011 de Mouammar Kadhafi, tué à la suite d'une rébellion et d'une intervention militaire menée par la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

Zone entre Benghazi et Syrte

Les forces du général Khalifa Haftar, chef de l'armée liée aux autorités rivales du GNA basées dans l'est, se sont emparées du terminal de Brega «sans combats (...) grâce aux habitants et notables de Brega», a déclaré à l'AFP un responsable des gardes des installations pétrolières pro-Haftar, Moftah al-Magrif. «Nous contrôlons désormais la totalité de la région du Croissant pétrolier», a-t-il dit.

La zone du Croissant pétrolier est située dans le nord-est du pays, entre Benghazi et Syrte, ville d'où les forces du GNA tentent depuis quatre mois de chasser le groupe djihadiste, Etat islamique (EI) qui en avait fait son bastion en Libye.

Avant de prendre le contrôle du terminal de Brega, les forces du général Haftar s'étaient emparées, à l'issue de combats depuis dimanche, du port de Zoueitina et des terminaux d'Al-Sedra et de Ras Lanouf, les deux plus importants du pays.

L'ONU met en garde contre «la division du pays»

Ces sites étaient sécurisés par les Gardes des installations pétrolières, une milice de l'est qui avait prêté allégeance cet été au GNA. Cette bataille lancée dimanche par le général Haftar pour le contrôle du Croissant pétrolier est la première à opposer les forces de l'Est à celles du GNA.

Mettant en garde contre «la division du pays», l'émissaire de l'ONU Martin Kobler a souligné que la résolution 2259 des Nations unies «interdit clairement les exportations illégales de pétrole» depuis la Libye et stipule que ses installations pétrolières doivent être sous l'autorité du GNA.

La Compagnie nationale du pétrole (NOC) a annoncé mardi soir à Tripoli qu'elle commençait à préparer la reprise des exportations depuis les principaux terminaux libyens, bien que ces ports soient sous le contrôle des autorités non reconnues de l'est du pays.

La NOC reste loyale au GNA

«Nos équipes techniques ont déjà commencé à évaluer ce qu'il convient de faire pour mettre fin à la situation de force majeure et reprendre les exportations dès que possible», a déclaré le président de la NOC, Mustafa Sanalla, dans un communiqué publié sur le site web de la compagnie.

La NOC souligne dans son communiqué qu'elle reste loyale au GNA. Mais elle n'explique pas comment elle pourrait relancer les exportations depuis des terminaux pétroliers contrôlés par des forces hostiles au GNA.

Les Etats-Unis et cinq pays européens (France, Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni) ont appelé ensemble lundi «au retrait immédiat et sans conditions de toutes les forces armées qui se trouvent dans le Croissant pétrolier».

Efforts pour la reprise des exportations

Le président du Parlement libyen, une instance reconnue par la communauté internationale mais qui soutient le gouvernement basé dans l'est, a déclaré mardi que l'offensive sur le Croissant pétrolier visait à «libérer les installations pétrolières de ceux qui entravent l'exportation du pétrole libyen».

«L'armée va se retirer des champs et des terminaux (...) et il n'y aura plus d'éléments armés à l'intérieur», a assuré le président du Parlement, Aguila Saleh, disant que les exportations reprendraient via la NOC.

Le chef du gouvernement de l'est, Abdallah el-Theni, a annoncé «travailler au retour de l'activité des terminaux pétroliers dans les plus brefs délais pour assurer à tous les Libyens une vie digne».

Si la Libye dispose des plus importantes réserves pétrolières d'Afrique - estimées à 48 milliards de barils -, elle est le membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui produit le moins.

Crise politique

Depuis 2010, sa production de brut a été divisée par cinq, passant d'environ 1,5 million à 300'000 barils par jour, et ses revenus pétroliers par dix. Ils ne devraient pas dépasser 4 milliards de dollars (3,6 milliards d'euros) en 2016, selon des sources libyennes du secteur.

L'incapacité de la Libye à sortir de sa crise politique inquiète particulièrement les pays européens, confrontés à l'afflux des migrants traversant la Méditerranée depuis son littoral.

Le général Khalifa Haftar suscite admiration ou rejet en Libye, où certains le considèrent comme un obstacle majeur au processus parrainé par l'ONU pour sortir le pays de la crise.

Depuis 2014, il mène une opération militaire aux résultats incertains pour «libérer» Benghazi, devenue un fief de milices islamistes lourdement armées. Pour cela, il bénéficierait du soutien, non déclaré, de pays étrangers.

(afp/nxp)

Créé: 14.09.2016, 05h01

Un rapport britannique dénonce l'intervention de 2011

L'intervention militaire britannique en Libye en 2011 était basée sur des «postulats erronés», accusent des parlementaires britanniques dans un rapport publié mercredi. Le texte critique sévèrement l'ancien Premier ministre David Cameron.

La Commission des Affaires étrangères a relevé plusieurs erreurs dans le processus décisionnel qui a amené Londres à intervenir militairement avec la France en 2011. Officiellement ce choix avait été fait pour protéger les civils réprimés par le dictateur Mouammar Kadhafi.

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