Tariq Ramadan se défend en attaquant ses accusatrices

JusticeL’islamologue prétend que les accusations de viol ne tiennent pas. Les avocats des victimes affirment le contraire.

Tariq Ramadan a brisé le silence ce vendredi matin en répondant aux questions du journaliste français Jean-Jacques Bourdin sur RMC-BFM TV.

Tariq Ramadan a brisé le silence ce vendredi matin en répondant aux questions du journaliste français Jean-Jacques Bourdin sur RMC-BFM TV. Image: BFMTV

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Il ne s’était pas exprimé depuis ses deux mises en examen pour viol et sa mise en cause dans plusieurs autres dossiers. Tariq Ramadan a brisé le silence ce vendredi matin en répondant de manière très combative aux questions du journaliste français Jean-Jacques Bourdin sur RMC-BFM TV. L’heure est à la contre-offensive avec également la sortie d’un livre, «Devoir de vérité», publié aux Éditions Presses du Châtelet et dont la parution est attendue ce mercredi 11 septembre. Une date qui sonne comme une provocation. Les 9 mois et demi de prison dont on disait qu’il était sorti brisé physiquement et moralement en novembre 2018 sont loin.

C’est un Tariq Ramadan gonflé à bloc qui s’est présenté sur le plateau d’une chaîne d’information continue pour prendre le contre-pied de tout ce qui a été écrit depuis presque deux ans sur sa sexualité violente et ses perversions. «Le portrait qui a été fait de moi, ce n’est pas moi!» clame-t-il en livrant les noms de ceux qui seraient derrière ce «traquenard». «J’avais beaucoup d’ennemis qui espéraient me faire tomber et qui ne s’en cachaient pas. Parmi eux, des laïques intégristes, des sionistes aveuglément pro-israéliens, des féministes aux penchants coloniaux», a-t-il écrit dans son livre. Face au journaliste qui l’interviewe, il prévient: «On s’en est pris à moi parce que je suis une voix entendue, mais je ne vais pas me laisser faire. Je ne vais rien lâcher!» L’heure des règlements de comptes a sonné.

«C’est sa vérité déformée»

Les plaignantes seraient des «menteuses» qu’il traîne à son tour dans la boue. «Ce dossier va s’écrouler», a-t-il averti sur le plateau de RMC-BFM TV ce vendredi matin. Un point de vue que sont loin de partager ceux qui veulent le voir rendre des comptes. Quelques minutes après son intervention, Éric Morain – l’avocat de Christelle, l’une des plaignantes – a rendu les coups. «Tout ce qu’il dit est faux, et il le sait. Il choisit des points et les transforme, c’est sa vérité déformée […]. Il dit qu’il n’y a pas de violence chez lui. Tout le dossier n’est que violence», a répliqué ce dernier, qui n’apprécie guère de voir l’islamologue inverser les rôles et comparer son cas à l’affaire Dreyfus. Là, ça ne passe pas. «Il n’y a qu’une seule et unique affaire Dreyfus. Tout le reste est indécence», tranche l’avocat.

L’islamologue prétend avoir dressé dans son livre la liste de toutes les «contradictions, mensonges et manipulations» qui montreraient selon lui qu’il n’y a jamais eu de viol. Il va même plus loin et soutient que, dans certains cas, c’est lui qui aurait même été victime de «chantage et de harcèlement». Une tout autre histoire que celle qui est racontée depuis plusieurs mois. Il affirme notamment que certaines de ses accusatrices étaient en contact entre elles et qu’elles souhaitaient lui «tendre un piège». L’une d’entre elles aurait même agi «par appât du gain». «C’est l’enquête de police qui le dit», martèle Tariq Ramadan en balançant les noms des deux journalistes qui auraient encouragé des femmes à porter plainte: Caroline Fourest et Ian Hamel.

L’un et l’autre sont les auteurs de livres et d’articles hostiles à l’islamologue. Ces dernières années, ils se sont employés à dénoncer la dangerosité de son discours communautariste et à mettre en cause sa proximité avec les Frères musulmans. Un combat qu’ils assument. «Se poser en victime a toujours été sa stratégie. Évidemment qu’elles ont été en contact entre elles et que les journalistes leur ont parlé. Je ne vois pas ce que cela change. Plusieurs de ces femmes se sont rencontrées sur des réseaux sociaux. Elles ont comparé leurs histoires et découvert que Tariq Ramadan leur avait à toutes promis le mariage parce qu’il était soi-disant divorcé. J’ai reçu un premier témoignage en 2010. À l’époque, je n’en avais pas parlé car il n’y avait pas de plainte et cela concernait sa vie privée», explique Ian Hamel.

«J’ai menti pour ma famille»

Des relations consenties, c’est ce que, finalement, l’islamologue a bien voulu reconnaître au bout de quelques mois. Cela expliquerait les échanges de SMS et d’e-mails à caractère sexuel avec les victimes. «Si j’ai menti, c’était pour protéger ma famille», explique aujourd’hui Tariq Ramadan. S’il entrouvre une brèche dans laquelle ses avocats vont s’engouffrer pour essayer de balayer les accusations de viol, cela le prive définitivement de l’aura qui était la sienne auprès de la communauté musulmane.

«Pas lui. Il n’avait pas le droit de se comporter comme cela. La fornication est un péché grave dans l’islam. Il nous a trahis», confie à Genève l’un de ses anciens soutiens qui a même participé aux campagnes #FreeTariq alors qu’il était incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis. Autour de Tariq Ramadan, les bancs se sont vidés. Sa famille, elle, serre les rangs derrière lui. L’islamologue sait qu’il ne retrouvera pas sa place. Il se pose en victime du racisme de l’État français. Dans son livre, il évoque le combat difficile de Martin Luther King. Tariq Ramadan soutient qu’on l’a jeté en prison pour des raisons politiques. Il va devoir le prouver.



Ce qu’il dit sur la plaignante «est complètement faux»

Le volet genevois de l’affaire a subrepticement fait son apparition durant la vingtaine de minutes accordées par Tariq Ramadan à la télévision française. L’islamologue a en effet confirmé qu’un procureur genevois allait se rendre à Paris cet automne pour l’entendre.

Car en parallèle aux procédures françaises une instruction est ouverte à Genève, où Brigitte*, une Suissesse âgée d’une quarantaine d’années, affirme avoir été violée et séquestrée par l’islamologue dans un hôtel en 2008.

L’interview de Tariq Ramadan sur RMC a fait bondir les avocats de la plaignante suisse, Mes Robert Assaël et Alec Reymond: «Il est piquant de constater qu’il a essayé qu’il soit fait interdiction à notre cliente de s’exprimer, jusqu’au Tribunal fédéral. Pourtant, elle ne l’avait jamais fait. Il a échoué!»

Si le climat en France se révèle tendu autour de cette affaire, son volet genevois n’est pas en reste. Plusieurs avocats genevois se sont succédé à la défense de Tariq Ramadan et de sa victime présumée. Alors que des éléments paraissaient dans la presse, Tariq Ramadan et ses conseils ont même tenté d’imposer, par voie judiciaire, le silence aux avocats de la partie adverse. Ils ont été déboutés.

Quant à la procédure, elle est restée au point mort durant de longs mois. À tel point que Mes Assaël et Reymond ont saisi au début de l’été la Chambre pénale de recours en raison de «l’inactivité et du déni de justice du Ministère public». L’interrogatoire de cet automne permettra-t-il de faire avancer l’affaire? Voilà exactement une année que l’instruction pénale pour viol et contrainte sexuelle est ouverte à Genève alors que Brigitte a déposé sa plainte pour viol au printemps 2018.

Outre les questions de procédure, Tariq Ramadan a évoqué le fond de l’affaire à la télévision française. Dans «ce traquenard» dont il serait victime, il dénonce les agissements de Christelle, l’une des plaignantes françaises. Le schéma du viol présumé que cette dernière décrit ressemble à celui que la plaignante genevoise a livré à la justice. Vendredi matin, Tariq Ramadan a affirmé que les deux femmes se connaissaient. Selon lui, «la Brigade criminelle a découvert dans l’ordinateur et le téléphone portable de Christelle des messages échangés avec la plaignante suisse». Ils dateraient de six jours avant la rencontre entre Christelle et Tariq Ramadan. Selon ce dernier, elle aurait écrit ces mots à Brigitte: «On va tendre un piège à Tariq Ramadan, faire venir un paparazzi, et puis il y a un livre qui va sortir et on va le faire tomber.»

Contactés à la suite de cette interview télévisée, les avocats genevois de Tariq Ramadan, Mes Guerric Canonica et Pierre de Preux, n’ont pas souhaité s’exprimer sur ces éléments.

En revanche, Mes Assaël et Reymond contestent vivement le «piège» décrit par Tariq Ramadan. «C’est complètement faux! Une contre-vérité de plus!» assurent les avocats. L.D.S.


* Prénom d’emprunt

Créé: 06.09.2019, 22h51

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