«En Syrie, le Turc Erdogan aura Trump à l’usure»

Guerre Après Afrine, les troupes d’Ankara marcheront-elles sur le reste du Kurdistan syrien, protégé par les États-Unis?

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La Turquie de Recep Tayyip Erdogan va-t-elle vraiment lancer ses troupes contre celles des États-Unis, son grand allié? Un étrange bras de fer se joue dans le nord de la Syrie entre ces deux puissances militaires membres de l’OTAN. Objet du litige: la bande frontalière dominée par la force kurde des Unités de protection du peuple (YPG). Washington soutient cette milice qui l’a aidé à écraser le groupe État islamique (Daech) et qui a conquis un quart du territoire national à l’est du fleuve Euphrate. Or, Ankara y voit purement et simplement la branche syrienne de son ennemi juré: le PKK «terroriste» en guerre contre l’État turc depuis plus de trente ans.

Plus belliqueux que jamais, le président Erdogan promet depuis dimanche que ses troupes marcheront sur la ville à majorité arabe de Manbidj pour en «chasser les terroristes». À moins que Washington ne prenne l’engagement d’évacuer la milice kurde. Des patrouilles conjointes turco-américaines pourraient alors prendre la relève. Le président turc devait s’entretenir ce jeudi à ce sujet avec Donald Trump.

À la conquête du Rojava

Jusqu’où ira la Turquie? Quels sont les objectifs réels d’Ankara? On comprend mieux l’offensive turque si l’on se remémore les deux précédentes étapes. Dimanche passé, l’opération «Rameau d’olivier» (sic) lancée le 20 janvier a abouti à la prise d’Afrine, enclave kurde située au nord-ouest de la Syrie. Mais il y a un an déjà, l’opération «Bouclier de l’Euphrate» a vu l’armée turque et des rebelles syriens arabes prendre le contrôle de la zone séparant Afrine de Manbidj, barrant ainsi la route aux miliciens kurdes qui espéraient établir une continuité territoriale entre les cantons du Rojava (Kurdistan syrien) situés à l’est du célèbre fleuve, d’une part, et l’enclave occidentale, d’autre part.

«La bataille territoriale contre Daech étant quasiment terminée, le président Erdogan fait désormais le pari que les États-Unis et leurs 2000 soldats déployés à l’est de l’Euphrate ont moins besoin des combattants kurdes et qu’ils finiront par les lâcher plutôt que de risquer un conflit avec l’allié turc», note Hasni Abidi, qui dirige à Genève le Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam). Une hypothèse tout à fait plausible, selon l’auteur de l’ouvrage Moyen-Orient, le temps des incertitudes (Erick Bonnier, 2018). «Les Turcs auront probablement les États-Unis à l’usure.»

Feu vert de la Russie

Jour après jour, Recep Tayyip Erdogan martèle qu’il sécurisera toute la frontière jusqu’à l’Irak. Dans sa ligne de mire: la ville de Manbidj d’abord, certes, mais ensuite Aïn al-Arab (appelée «Kobané» en kurde), Tell Abyad, Ras al-Aïn et enfin Kamechliyé. «Le président turc n’a jamais digéré le refus international d’établir une zone tampon au nord de la Syrie», rappelle Hasni Abidi. Désormais, il semble décidé à sécuriser la zone par la force. «Peut-être a-t-il constaté que, malgré les protestations occidentales, personne ne l’a empêché de prendre Afrine. Cela dit, l’enclave risque d’être difficile à gérer, les Kurdes résisteront…»

«Quant à la Russie de Poutine, qui dicte le comportement du régime syrien, elle a donné son feu vert au président Erdogan en savourant ce conflit qui déchire deux membres de l’OTAN», note le chercheur genevois. Cela a également l’avantage pour Moscou de détourner l’attention internationale un tant soit peu de l’horrible offensive gouvernementale en cours dans la Ghouta orientale, aux portes de Damas. «Comme après le siège de Homs, de Hama, d’Alep, les rebelles de la Ghouta qui accepteront leur évacuation se regrouperont sans doute dans la province d’Idleb. Nous verrons alors si ce dernier bastion anti-Assad est à son tour assiégé et bombardé… ou s’il est placé sous le giron turc. Au final, quand les zones d’influence seront stabilisées, Moscou se posera en médiateur de la transition.» (TDG)

Créé: 22.03.2018, 16h53

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