«En Syrie, le CICR fait face à un défi humanitaire nouveau»

InterviewLe président du CICR, Peter Maurer rentre de Damas où il a pu dresser un nouvel état des lieux après six ans de conflit.

Image: Keystone

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Le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) Peter Maurer rentre d’un déplacement en Syrie. Le cinquième depuis le début du conflit. S’il constate des progrès sur le terrain, le Bernois estime que rien n’est gagné, la situation restant très volatile.

Qu’avez-vous observé à l’occasion de votre dernier déplacement en Syrie?

J’ai vu une population qui souffre, qui est épuisée. Les gens ont vécu des expériences horribles mais ils essaient de reconstruire leur vie et de prendre des décisions intelligentes. Dans certains endroits, les choses commencent à se calmer un peu. Il y a des processus de réconciliation qui amènent une certaine stabilité. Les populations veulent rentrer chez elles et regagner leur foyer. Elles nous sollicitent beaucoup. En plus des situations d’urgence, nous devons aider les gens à retrouver une vie normale dans des endroits qui restent dangereux. Avec notre partenaire, le Croissant-Rouge syrien, nous nous retrouvons sur tous les fronts.

Vous avez dû revoir votre façon de travailler?

Oui. Nous avons toujours aidé à la réhabilitation des réseaux d’assainissement, des hôpitaux et de toutes les infrastructures vitales. Mais aujourd’hui, on nous demande aussi de soutenir la réouverture des écoles, d’aider au redémarrage de l’activité économique en soutenant la création de petites entreprises artisanales comme un atelier de menuisier par exemple. Ce n’est plus nécessairement le paquet de nourriture que les gens demandent, c’est un autre type d’aide humanitaire. Nous devons nous montrer plus flexibles et plus agiles pour les suivre dans leurs raisonnements et répondre à leurs besoins. En Syrie, le CICR fait face à un défi humanitaire nouveau.

Parmi ces changements, lequel vous a le plus marqué?

Ce qui me surprend le plus, c’est de voir comment, grâce aux téléphones portables et à Internet, les gens arrivent à rester en contact les uns avec les autres pour échanger des informations même dans les régions en conflit. Cela change beaucoup de choses pour les populations déplacées. Elles ont les moyens de savoir ce qui se passe ailleurs dans le pays et de chercher les endroits où il y a du travail ou des écoles pour les enfants.

« J’observe juste que nous sommes entrés dans une période de grande imprévisibilité dans les relations internationales.»

Peut-on dire, malgré les difficultés à trouver un accord politique, que l’on est en train de passer un cap dans le conflit syrien?

Il est prématuré de penser qu’il s’agit d’un cap. On peut l’espérer mais pour ma part, j’observe que dans certaines zones stables aujourd’hui le conflit peut tout à fait repartir. Je pense que si le calme s’installe avec un cessez-le-feu à peu près respecté, il y a de sérieuses chances pour que la paix arrive. Je suis confiant en la capacité des gens que j’ai vue sur le terrain à se bâtir un avenir. Je suis un peu moins confiant en ce qui concerne les responsables politiques qui négocient à Genève et Astana.

Qu’en est-il de la situation des détenus? Y a-t-il des échanges de prisonniers, des libérations? Avez-vous accès aux prisons?

La question des échanges de prisonniers est une question politique. Le gouvernement et l’opposition usent d’autres canaux que le CICR mais nous sommes prêts à les aider s’ils ont besoin de nous. Pour les visites dans les centres de détention, il y a une bonne dynamique en ce qui concerne les prisons centrales. Nous aimerions que cela soit étendu aux autres centres de détention.

Pour terminer sur un autre sujet, comment réagissez-vous au retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris? La question des réfugiés climatiques y était posée de façon sous-jacente…

Il n’est pas dans notre mandat humanitaire de commenter une telle décision. J’observe juste que nous sommes entrés dans une période de grande imprévisibilité dans les relations internationales. Sur toutes les questions essentielles, les Etats n’arrivent plus à trouver de consensus. Cela nous préoccupe car l’incapacité des grandes puissances du monde à se mettre d’accord sur les questions importantes a pour effet assez immédiat d’accentuer les conflits.

Créé: 02.06.2017, 17h08

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