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La Suisse sous pression avec l’UE

Le calendrier pour un accord-cadre de la Suisse avec l’UE n’est pas favorable. La Commission européenne a donné à la Confédération jusqu’à la mi-octobre pour conclure. Le délai est serré alors que plusieurs questions importantes ne sont pas réglées. Celles des salaires, des mesures d’accompagnement des travailleurs ou des juges étrangers sont en effet encore loin d’aboutir à un quelconque compromis. Berne est sous pression. Et pas seulement de Bruxelles ou de son calendrier.

Berne est sous pression. Et pas seulement de Bruxelles ou de son calendrier

À l’interne, l’initiative de l’UDC «Le droit suisse au lieu de juges étrangers» ou initiative sur l’autodétermination, soumise à votation le 25 novembre, affaiblit la position de la Suisse dans la négociation et arc-boute la Commission européenne. Le Conseil fédéral aurait aimé avoir le résultat de ce vote avant de conclure avec l’UE. Il n’en aura pas le loisir. Les syndicats, eux, ont fait savoir qu’il n’était pas question de remettre en cause la généreuse politique salariale helvétique par une pression à la baisse de salariés européens sur son sol. Pour ajouter à cela, le contexte du Brexit ne rend pas Bruxelles particulièrement tendre avec la Confédération. Et c’est un euphémisme. «La Suisse n’est pas un modèle», déclarait en préambule le texte de présentation des négociations avec les Britanniques en janvier dernier. À bon entendeur…

Pour la Commission, le Brexit oblige à redéfinir les relations avec ses voisins et partenaires non membres. Et il n’est pas question de céder sur les principes: les pays souhaitant faire des affaires sur le marché européen doivent en respecter les règles. En limitant à un an la reconnaissance de l’équivalence boursière à la Suisse, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a montré qu’il possédait quelque moyen pour peser sur son voisin. La Suisse est certes le 3e plus important partenaire commercial de l’UE, après les États-Unis et la Chine. Mais l’Europe est aussi le premier client de la Confédération, loin devant les États-Unis. Cette réalité gagnant-gagnant pourrait bien changer à la faveur d’un échec des négociations.

Le conseiller fédéral en charge des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a annoncé le versement d’un milliard d’euros sur dix ans pour la promotion de l’économie en Europe de l’Est en guise de geste de bonne volonté, sous réserve d’une reconnaissance de l’équivalence boursière à plus long terme. Mais il déclarait aussi, avec désinvolture: «Si cela ne marche pas, tant pis.»

Dans un long article du «Financial Times», cette semaine, les avantages des 120 accords bilatéraux que Berne a signés avec l’UE sont soulignés. Et le risque que cela ne dure pas aussi. L’UE pourrait en effet, toutes proportions gardées, se conduire comme les États-Unis le font avec la Chine, dans un rapport de force encore plus déséquilibré. Et la Suisse n’a pas envie de provoquer une guerre commerciale avec son principal acheteur ni de mettre son secteur bancaire en difficulté.

Autant dire que la marge de manœuvre est étroite et qu’il faudra que la diplomatie helvétique œuvre avec autant de finesse que par le passé pour maintenir ses avantages. Puisqu’elle fait partie de l’Espace Schengen, qu’elle entérine la plupart des législations européennes, la Suisse y a intérêt au-delà même de son économie.

Mais quand le temps est à la démagogie populiste et à la guerre commerciale, la raison ne préside pas toujours aux grands rendez-vous. Surtout quand la pression est multiple et forte.

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