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FranceSuicides à France Télécom: ouverture du procès

L'affaire des suicides à France Télécom se poursuit avec le procès du groupe du CAC 40 qui est jugé dès ce lundi pour harcèlement moral.

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées lundi devant le tribunal en demandant «que justice soit faite».
Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées lundi devant le tribunal en demandant «que justice soit faite».
Lionel Bonavanture, Keystone

C'est la première fois qu'une entreprise du CAC 40, l'indice de la Bourse de Paris, est jugée pour «harcèlement moral». Dix ans après la vague de suicides à France Télécom, le procès de ses ex-dirigeants s'est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel de Paris.

La souffrance au travail, dont France Télécom était devenue le symbole à la fin des années 2000, sera au coeur de ce procès fleuve prévu pour durer jusqu'au 12 juillet. L'audience a démarré, dans une salle comble, avec l'appel des prévenus et des dizaines de parties civiles, parmi lesquelles des proches de suicidés.

En 2008 et 2009, 35 salariés se sont donné la mort, pour certains sur leur lieu de travail. Mais au-delà de ces suicides qui avaient choqué l'opinion publique, le tribunal s'intéressera dans ce procès au fonctionnement de France Télécom entre 2007 et 2010.

C'est le dossier «d'un harcèlement moral organisé à l'échelle d'une entreprise par ses dirigeants», ont résumé les juges d'instruction dans leur ordonnance de renvoi devant le tribunal, consultée par l'AFP.

Harcèlement moral institutionnel

L'entreprise (opérateur public privatisé en 2004 puis devenu Orange en 2013) figure parmi les prévenus en tant que personne morale. Didier Lombard, qui a dirigé France Télécom de 2005 à 2010, sera jugé aux côtés de l'ex-numéro 2 de l'entreprise Louis-Pierre Wenes et de l'ex-directeur de ressources humaines Olivier Barberot.

Tous comparaissent pour «harcèlement moral», défini dans le code pénal comme «des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail». Quatre autres responsables, jugés pour «complicité», encourent un an d'emprisonnement et 15'000 euros (17'000 francs) d'amende (75'000 euros pour France Télécom).

Ce procès sera celui du harcèlement moral institutionnel, différent des cas classiques où le lien est direct entre l'auteur présumé et sa victime. Les dirigeants de France Télécom avaient mis en oeuvre un vaste programme de restructuration visant à transformer France Télécom en trois ans, avec notamment l'objectif de 22'000 départs sur 120'000 salariés.

«Extraordinaire brutalité»

Les prévenus ne seront pas jugés pour leurs choix stratégiques, mais pour leurs méthodes. Dans la première plainte déposée, le syndicat SUD parlait en 2009 d'une «gestion d'une extraordinaire brutalité».

En 2006, dans un discours devant les cadres, Didier Lombard donnait le ton: «Je ferai les départs d'une façon ou d'une autre, par la fenêtre ou par la porte». Les juges d'instruction ont détaillé «les dispositifs de déstabilisation des personnels», notamment des «contrôles excessifs», «la marginalisation» des salariés, «les réorganisations multiples», etc.

Les magistrats ont retenu les cas de trente-neuf salariés: dix-neuf se sont suicidés, douze ont tenté de le faire, et huit ont subi un épisode de dépression ou un arrêt de travail.

«Vie brisée»

Avant le début du procès, plusieurs centaines de personnes, militants syndicaux, anciens salariés et associations de victimes, se sont rassemblées devant le tribunal. Parmi les manifestants, Béatrice Pannier, 56 ans, chapeau orange sur la tête barré du slogan «Plus jamais ça!» a lu la lettre ouverte qu'elle a rédigée à Didier Lombard pour obtenir «des excuses publiques».

«Moi aujourd'hui ma vie est brisée», a témoigné, la voix tremblante, la télé-conseillère entrée chez France Télécom en 1982 et en arrêt maladie depuis sa tentative de suicide sur son lieu de travail en 2011. «L'heure de la vérité a sonné», selon elle.

ats

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