A Soweto, 40 ans après, la jeunesse gronde

Afrique du SudLe 16 juin 1976, la police de l’apartheid massacre des jeunes manifestants. Des étudiants noirs reprennent aujourd’hui le flambeau.

Le 16 juin 1976, un tournant dans la lutte contre l’apartheid.

Le 16 juin 1976, un tournant dans la lutte contre l’apartheid. Image: AFP

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Des milliers d’étudiants noirs descendent dans les rues de Soweto, le grand township situé au sud de Johannesburg. Ils manifestent contre la décision du gouvernement sud-africain d’imposer l’enseignement en afrikaans, la langue de l’oppresseur. La police ordonne aux manifestants de se disperser. Personne ne bouge. Les forces de l’ordre ouvrent le feu sur la foule. C’est un bain de sang. Les cadavres jonchent les rues, et l’on évoque jusqu’à 600 morts. C’était le 16 juin 1976. La date marque un tournant dans la lutte contre l’apartheid, le monde ouvre les yeux sur la brutalité du régime ségrégationniste.

Quarante ans plus tard, les enfants de ceux qui manifestaient ce jour-là sont devenus adultes. Les «born free», ou «nés libres», comme on les surnomme, n’ont pas connu l’apartheid. Mais ils peinent à trouver leur place dans une société qu’ils jugent toujours profondément divisée par des barrières raciales et économiques. Et leur malaise s’exprime de plus en plus fort.

Endettés jusqu'au cou

«Nous commençons notre vie active avec des dettes contractées pour financer nos études et une famille qui compte sur nous, dit George Kiblor, 24 ans, qui vient d’achever un master en sciences médicales à l’Université de Johannesburg (UJ). Et dans le secteur privé, les managers ne croient pas en nos capacités.»

En octobre 2015, lorsque le gouvernement annonce une hausse des frais de scolarité, qui s’élèvent déjà à plusieurs milliers de francs par an, les étudiants montent au créneau. Les confrontations violentes avec la police, les intimidations sur les campus et les dizaines d’arrestations n’arrêtent pas le mouvement.

Pretoria obligé de céder

Le 23 octobre, des milliers de jeunes manifestent devant le siège du gouvernement, à Pretoria. Le plus grand rassemblement étudiant dans le pays depuis 1976. Le président Jacob Zuma cède: il n’y aura pas d’augmentation des frais de scolarité en 2016. Une victoire, du moins temporaire.

Mais la colère reste latente. Et les répliques du mouvement se font encore sentir. «Au-delà de l’exclusion financière d’une grande partie des étudiants noirs, il y a un sentiment de marginalisation basé sur le fond même de l’enseignement», analyse Luke Sinwell, chercheur en sociologie à UJ. Les «non-Blancs» constituent désormais la majorité des inscrits sur les campus. Mais le corps enseignant est encore largement dominé par des professeurs blancs, et les penseurs européens ont plus de place dans le curriculum que les Africains… «Cela crée une frustration chez certains étudiants», remarque le sociologue.

Le combat inachevé

Au-delà de la question raciale, l’économie se porte mal, le chômage atteint des taux record, les scandales de corruption se multiplient et, parmi cette génération post-apartheid, ils sont de plus en plus nombreux à avoir le sentiment que le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994, les a «laissés tomber».

En protestant, la jeunesse sud-africaine reprend ainsi le combat, jugé inachevé, de ses aînés.

Créé: 15.06.2016, 20h34

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