Le Soudan du Sud sombre dans l'horreur

AfriqueMenace de famine, massacres, choléra, rien n’épargne la population du plus jeune pays du monde, qui fêtera ses 4 ans le 9 juillet

L’Unicef dénonce que plus de 13?000 mineurs ont été enrôlés de force dans les deux camps.

L’Unicef dénonce que plus de 13?000 mineurs ont été enrôlés de force dans les deux camps. Image: AFP

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Ravagé par une atroce guerre civile, menacé par une famine de grande ampleur, frappé par le choléra, le Soudan du Sud ne cesse de sombrer, alors qu’il s’apprête à fêter ses 4?ans d’existence le 9 juillet.

«Près de 4,6 millions de personnes souffrent de faim aiguë et sont menacées par la famine», affirme Elisabeth Byrs, porte-parole du Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM), à Genève. Soit 40% de la population de la plus jeune nation du monde. La situation est d’autant plus dramatique que l’acheminement de nourriture vers les personnes dans le besoin est extrêmement dangereux à cause de la guerre civile, qui déchire notamment les Etats du Jonglei, du Nil Supérieur et d’Unité. Mais il est aussi logistiquement très lourd en raison de la saison des pluies qui rend inaccessible par route une grande partie du pays.

Humanitaires séquestrés

«Nos équipes, celles des autres agences des Nations Unies et les ONG sur place affrontent des risques énormes pour prêter assistance aux populations, explique Elisabeth Byrs. Des camions sont attaqués, des travailleurs humanitaires ont été séquestrés, tout est extrêmement difficile. Nous sommes souvent contraints d’organiser des ponts aériens pour parachuter des vivres dans les régions isolées. Mais ce mode de transport coûte six fois plus cher que l’acheminement par route ou par bateau. Or, si les besoins ne font qu’augmenter, nous manquons d’argent. Il nous faut 230 millions de dollars d’ici à la fin de l’année.»

Le conflit qui fait rage depuis un an et demi dans une partie du Soudan du Sud complique la situation humanitaire dans ce pays déjà extrêmement pauvre et manquant cruellement d’infrastructures. Les combats paralysent en effet la production agricole et le transport des marchandises. Mais aussi l’extraction pétrolière, principale ressource du pays, alors que le cours du brut a déjà chuté depuis un an. La monnaie locale s’est également effondrée, tandis que les prix des aliments de base explosent et qu’il y a des pénuries de carburant et d’eau potable dans certains Etats.

Conflit politico-ethnique

Les humanitaires doivent de plus assister le million et demi de personnes déplacées par le conflit. Car deux ans et demi seulement après la proclamation de son indépendance du Soudan, le 9 juillet 2011, acquise après des décennies de luttes contre Khartoum, le Soudan du Sud a sombré dans une nouvelle guerre fratricide.

La crise politique a explosé en décembre 2013, lorsque le président, Salva Kiir, a accusé son vice-président, Riek Machar, de fomenter un coup d’Etat à son encontre et l’a limogé. Des combats ont rapidement opposé, à Juba, la capitale, des groupes de soldats soutenant chaque dirigeant.

La querelle d’ego et la lutte pour le pouvoir ont ainsi dégénéré en conflit ethnique. Les militaires appartenant aux deux principaux peuples du pays se sont, en majorité, rangés derrière le leader issu de leur communauté. La guerre civile a alors gagné d’autres régions, surtout celles où cohabitent les Dinka et les Nuer.

«Les tensions viennent de loin, affirme Roland Marchal, spécialiste de la région au Centre de recherches internationales (CERI) à Paris. La SPLA (l’Armée de libération du peuple soudanais), la rébellion sudiste qui est devenue le gouvernement et l’armée du Soudan du Sud à l’indépendance, a été formée par la convergence de différents groupes, unis pour faire front à Khartoum. Mais des tensions ont toujours persisté, notamment nourries par des rancœurs ethniques issues des atrocités commises lors des précédentes guerres civiles qui ont opposé ces différentes factions.»

Mineurs violés et brûlés

Ainsi, malgré de nombreux cessez-le-feu et pourparlers de paix, le conflit fait rage depuis un an et demi avec son impressionnant lot d’horreurs infligées aux civils. Il y a une dizaine de jours, l’Unicef dénonçait notamment de nouvelles atrocités commises contre des mineurs.

«La violence contre les enfants au Soudan du Sud a atteint un nouveau sommet dans la brutalité, a affirmé Anthony Lake, le directeur général de l’agence de l’ONU pour l’enfance. Des survivants ont raconté qu’on a laissé saigner à mort des garçons émasculés… que des filles d’à peine 8 ans ont été violées collectivement, puis assassinées.» Avant de poursuivre: «Des enfants ont été attachés ensemble avant que leurs agresseurs ne leur tranchent la gorge… d’autres ont été jetés dans des bâtiments en feu.»

Mercredi, un rapport de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (Minuss) a dénoncé des «violations des droits de l’homme généralisées». «Certaines des accusations les plus inquiétantes compilées par les agents des droits de l’homme de la Minuss portent sur des enlèvements et des abus sexuels contre des femmes et des filles, dont certaines auraient été brûlées vives dans leurs maisons», affirme l’ONU. Un témoin cité dans ce texte a raconté avoir vu «un viol collectif perpétré par les forces gouvernementales contre une femme qui allaitait» après que les soldats avaient jeté son bébé au sol.

Enfants soldats

«Des enfants sont aussi recrutés à un rythme alarmant dans les groupes armés des deux côtés. Environ 13?000 mineurs ont été contraints de participer à ce conflit dont ils ne sont pas responsables», a accusé Anthony Lake le 19 juin. Quelques jours plus tard, un rapport de l’organisation intergouvernementale est-africaine Igad, médiatrice dans le conflit, a dénoncé une nouvelle vague de recrutements forcés. Des troupes rebelles ont en effet fouillé une à une des maisons de deux villages, dans l’Etat du Nil Supérieur, pour emporter 500 à 1000 enfants, explique un rapport de l’organisation.

Sanctions de l’ONU

Pas plus tard que mercredi, des rebelles ont attaqué en début de soirée une base de l’ONU abritant plus de 30 000 civils à Malakal, capitale de l’Etat du Nil Supérieur. Une action qui représente potentiellement un «crime de guerre».

Ce même jour à New York, les Nations Unies ont décrété, pour la première fois depuis le début de la guerre civile, des sanctions contre six hauts responsables du Soudan du Sud. Parmi les militaires visés figure le chef de la garde du président Salva Kiir, Marial Chanuong Yol Mangok, dont les hommes sont accusés d’avoir massacré des centaines de civils Nuer à Juba dans les premiers jours du conflit. Les mesures sont également dirigées contre Gabriel Jok Riak, dont les forces sont accusées d’avoir violé plusieurs cessez-le-feu, et Santino Deng Wol, un général qui a mené en mai 2015 une offensive armée dans l’Etat d’Unité visant et tuant des milliers de civils, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées.

Trois chefs rebelles ont également été la cible de ces sanctions: Simon Gatwech Dual, qui a mené une offensive en février à Jonglei et «a pris pour cible des civils», James Koang Chuol, dont les forces ont «attaqué des camps des Nations Unies, des hôpitaux et des écoles» dans l’Etat d’Unité, et Peter Gadet, chef d’état-major adjoint des forces rebelles. Ses soldats sont accusés d’avoir «pris pour cible des civils, dont des femmes, en raison de leur appartenance ethnique» lors d’une offensive sur Bentiu, la capitale de l’Etat d’Unité, en avril 2014.

«Les sanctions internationales n’ont cependant pas vraiment d’effet, avertit Roland Marchal. Les deux camps disposent toujours de ressources dans ce pays pétrolier et ils continueront à se battre. La communauté internationale n’a pas beaucoup de marge de manœuvre. On a longtemps encensé les Sud-Soudanais pour des questions géopolitiques, car ils luttaient contre Khartoum, et on a laissé la situation interne se détériorer…»

Ce jeudi, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à Genève, a décidé d’envoyer une mission d’enquête au Soudan du Sud. Le haut-commissariat a été chargé d’établir les faits sur les graves violations commises par tous les belligérants.

Il n’existe aucun bilan officiel du nombre de victimes de la guerre civile. Mais les observateurs parlent au minimum de dizaines de milliers de victimes, d’un million et demi de déplacés et d’au moins une centaine de milliers de personnes parties chercher refuge au Soudan.

Epidémie de choléra

Comme si cela ne suffisait pas, le Soudan du Sud est désormais frappé par une épidémie de choléra, qui a déjà tué une vingtaine de personnes le mois passé. Cette infection diarrhéique aiguë, provoquée par l’ingestion d’aliments ou d’eau contaminés, peut provoquer la mort en quelques heures en l’absence de traitement. Elle est partie d’une des bases des Nations Unies à Juba, surpeuplées de réfugiés. (TDG)

Créé: 02.07.2015, 21h51

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