Le silence apeuré de Catalans du «non»

EspagneRares sont les habitants à afficher clairement leur soutien au camp du non. Ils préfèrent souvent garder le silence.

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Un drapeau catalan flotte au balcon de Luis Filgueras, mais il affiche un «non»: une exception dans une région où la plupart des opposants à l'indépendance préfèrent garder le silence. Le référendum interdit a lieu dimanche.

«Beaucoup pensent comme moi, mais n'osent pas le dire», affirme cet ouvrier de 52 ans, à la retraite pour des raisons de santé. Il habite la localité industrielle de La Canonja en banlieue de Tarragone, dans le sud de la Catalogne.

«C'est une tromperie. Ils disent qu'avec l'indépendance tout sera joli, un chemin de roses. Mais cela sera bien plus compliqué, car on aura plus de dépenses. Et on verra bien ce qui se passe pour l'économie, les entreprises ou encore les retraites», ajoute-t-il.

Lors des élections régionales de 2015 remportées par les indépendantistes avec 47,8% des voix, les partis sécessionnistes n'ont récolté que 23% des suffrages dans cette localité de près de 12'000 habitants. En revanche, les formations clairement anti-indépendantistes ont reçu le soutien de 64% de la population.

«Majorité silencieuse»

Cette majorité ne se reflète pourtant pas dans les rues du centre de La Canonja, parsemées de drapeaux indépendantistes, de pancartes appelant à voter oui dimanche. Dans les quartiers où se sont installés au siècle dernier les ouvriers venus d'autres régions du pays, les drapeaux espagnols sont rares.

A la différence des indépendantistes qui organisent régulièrement des manifestations massives, les adversaires de l'indépendance descendent peu dans la rue et les rares à se mobiliser sont souvent des groupuscules d'extrême droite.

Pour cette raison, les dirigeants politiques hostiles à l'indépendance parlent d'une «majorité silencieuse». «Ici, les indépendantistes sont peu nombreux, mais font beaucoup de bruit», affirme Luis Filgueras.

«Et comme les autres ne disent rien parce qu'ils ont peur d'être montrés du doigt, nous sommes tous mis dans le même sac, (on dit) que tous les Catalans veulent l'indépendance. Eh bien moi, je suis catalan, je suis espagnol et je continuerai de l'être», assure-t-il.

Pas une solution

De nombreux habitants refusent de témoigner, et quand ils le font, de donner leur nom. «Je préfère éviter les problèmes. Regarde ce qui s'est passé avec Serrat», témoigne l'un d'entre eux en évoquant le très populaire chanteur catalan Joan Manuel Serrat, victime de virulentes attaques après avoir critiqué la manière dont est organisé le référendum de dimanche.

«Si tu es favorable au non, les gens croient que tu es d'accord avec (le chef du gouvernement espagnol Mariano) Rajoy. Or, pour moi, il a aggravé le problème», affirme Joaquin Gonzalez, 35 ans, employé dans un magasin.

«Nous séparer n'est pas la solution. Je ne veux pas que ceci se termine comme l'URSS ou la Yougoslavie, avec plein de petits pays», redoute-t-il.

«Assez»

Le maire socialiste Roc Muñoz, à la tête de cette localité depuis vingt ans, dit que les gens «en ont assez» de ce conflit qui se prolonge depuis 2012, quand le gouvernement régional avait commencé à demander l'organisation d'un référendum, une revendication à chaque fois rejetée par M. Rajoy.

«Les gens d'ici n'y sont pas favorables. Nous avons une situation économique enviable et les citoyens n'ont pas besoin d'aventures, ni d'une Catalogne grandiose et indépendante», a-t-il expliqué.

Paradoxalement, cette localité s'est elle-même séparée en 2010 de la ville de Tarragone, dont elle était un quartier depuis 1965. Elle bénéficie aujourd'hui de rentrées fiscales de près de 8 millions d'euros grâce aux nombreux groupes chimiques installés sur son territoire.

«Nous l'avons fait d'une manière complètement différente», assure le maire. «Nous, nous ne sommes pas entrés en collision avec le pouvoir et la loi», ajoute-t-il rappelant qu'il avait parcouru toute la région pour obtenir leur soutien.

«Pas fiable»

Comme beaucoup de maires socialistes, qui rejettent le référendum, M. Munoz refuse de céder des locaux de la municipalité pour y installer un bureau, subissant des critiques.

De toute façon, pour Javier Molina, de 61 ans, peu importe qu'il y ait un bureau de vote ou pas. Lui, il n'ira pas voter. «Ce vote n'est pas fiable. Il est organisé par ceux qui veulent l'indépendance, ce sont eux qui compteront les voix et ils veulent uniquement que nous votions nous-mêmes pour que cela ressemble à un vrai référendum», se plaint-il. (ats/nxp)

Créé: 28.09.2017, 07h19

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