En Sibérie, une population résignée reste fidèle à Poutine

ReportageÀ Oulan-Oude, ville sibérienne de la Russie profonde, on soutient le Kremlin tout en exprimant lassitude et colère.

Image: AP

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«La Russie a besoin d’un président fort. Ici, nous voterons Poutine!» Leonid Belikh ne doute pas du résultat de la présidentielle de mars prochain, à laquelle Vladimir Poutine sera officiellement candidat. Après déjà plus de dix-sept ans au pouvoir, le chef du Kremlin pourrait y rester jusqu’en… 2024. «C’est ce que nous voulons tous», s’enthousiasme Leonid Belikh. Depuis trente ans, ce solide gaillard dirige l’usine d’hélicoptères d’Oulan-Oude, l’un des principaux sites industriels et sources d’emplois de cette grande ville de Sibérie.

Voisine du lac Baïkal et de la frontière mongole, la cité forme l’une de ces circonscriptions où Vladimir Poutine est sûr d’obtenir un résultat record l’an prochain. Si sa popularité est profonde et réelle, elle est aussi largement orchestrée et entretenue par la propagande des médias publics. Et par les apparatchiks locaux tel le volubile directeur Leonid Belikh.

Dépendance de Moscou

La Bouriatie, cette vaste région dont Oulan-Oude est la capitale, est dotée de richesses minières et agricoles. Mais, sans bénéficier de la manne pétrolière d’autres zones sibériennes, elle dépend étroitement des finances de Moscou. «Région pauvre, nous vivons de subsides de l’État. Et 60% des salariés reçoivent des rémunérations venant du budget. Politiquement, il s’agit donc de faire acte d’allégeance!» explique Arkadï Zaroubine, journaliste indépendant à Oulan-Oude. Pour lui, pas de doute: même sans fraudes électorales, Vladimir Poutine obtiendra ici 80% des voix.

Encore plus que le succès anticipé par les sondages au niveau national: deux tiers des Russes souhaitent que Vladimir Poutine, source de légitimité et garant de stabilité, reste président. «Ils sont habitués à regarder la télévision, à écouter les officiels et à ne pas se poser beaucoup de questions. L’apathie domine», prévient Arkadï Zaroubine.

L’annonce mercredi de la candidature de Vladimir Poutine a donc été vécue comme une rassurante évidence. «Tout est décidé sans nous…» ironise pourtant Igor alors que, loin des mises en scène politiques et médiatiques, émerge dans la population un sentiment de colère, un discret mais réel désir de changement. Depuis longtemps, cet ancien employé d’une compagnie énergétique à Oulan-Oude, aujourd’hui à la retraite, ne vote plus. «Ça ne sert à rien. Bien sûr, Poutine l’emportera! Il reste populaire. Mais notre quotidien nous rappelle que toutes ses promesses n’ont pas été tenues», regrette Igor. À 68 ans, avec une pension de 10 000 roubles par mois (140 euros), il est contraint de travailler comme taxi et de multiplier les petits boulots. «Il faut un changement politique. Pas une révolution. Un changement. Sinon, la Russie ne risque-t-elle pas de plonger dans la stagnation?» s’inquiète-t-il.

Vote de résignation

Igor est loin d’être le seul à se poser ces questions à Oulan-Oude et dans le reste du pays. Dans les écoles, par exemple, de nombreux enseignants se plaignent de la remise en cause de leur position professionnelle et de la baisse des revenus, contredisant toutes les promesses présidentielles. «Je touchais 10 000 roubles par mois (140 euros). Une misère! J’ai préféré démissionner», raconte parmi d’autres Natacha, jeune ex-maîtresse d’école. «Mes anciens collègues râlent aussi. Mais personne ne proteste publiquement. Et tous, par habitude, voteront Poutine…» Cette victoire à la présidentielle ne fera pas disparaître pour autant ces craintes sociales et économiques, qui pourraient à terme bousculer la stabilité politique. (TDG)

Créé: 07.12.2017, 19h54

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