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Migrants du Sea-Watch 3«Sauver des vies est une obligation humanitaire»

La France et l'Allemagne se sont montrées très critiques vis-à-vis de l'Italie après l'arrestation controversée de la capitaine Carola Rackete.

Trente-quatre personnes, en majorité des femmes, ont perdu la vie lors du naufrage d'une embarcation clandestine de migrants au large des îles Kerkennah en Tunisie. Douze corps supplémentaires ont été retrouvés mercredi. (10 juin 2020)
Trente-quatre personnes, en majorité des femmes, ont perdu la vie lors du naufrage d'une embarcation clandestine de migrants au large des îles Kerkennah en Tunisie. Douze corps supplémentaires ont été retrouvés mercredi. (10 juin 2020)
Keystone
Les gardes-frontières iraniens sont accusés d'avoir refoulé des migrants Afghans qui seraient morts noyés. L'Iran nie ces accusations. (Vendredi 8 mai 2020)
Les gardes-frontières iraniens sont accusés d'avoir refoulé des migrants Afghans qui seraient morts noyés. L'Iran nie ces accusations. (Vendredi 8 mai 2020)
AFP
Lundi, en ouverture du sommet de l'Union africaine (UA), le roi du Maroc Mohammed VI (ici lors d'un précédent sommet en janvier 2017) a plaidé pour une «vision africaine commune» à propos de la migration et fera des propositions en ce sens aux pays africains. (Lundi 3 juillet 2017)
Lundi, en ouverture du sommet de l'Union africaine (UA), le roi du Maroc Mohammed VI (ici lors d'un précédent sommet en janvier 2017) a plaidé pour une «vision africaine commune» à propos de la migration et fera des propositions en ce sens aux pays africains. (Lundi 3 juillet 2017)
AFP
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La ton monte entre l'Italie, la France et l'Allemagne après l'arrestation mouvementée par les autorités italiennes de la jeune capitaine du navire humanitaire Sea-Watch. Celle-ci est accusée d'avoir accosté de force à Lampedusa pour débarquer des migrants qu'elle avait secourus en Méditerranée.

«Ce n'était pas un acte de violence, seulement de désobéissance», explique dans une interview au Corriere della Sera de dimanche Carola Rackete, la capitaine du Sea-Watch, accusée d'avoir tenté une manoeuvre dangereuse contre la vedette des douanes italiennes qui voulait l'empêcher d'accoster.

«La situation était désespérée, mon objectif était seulement d'amener à terre des personnes épuisées et désespérées», a ajouté la jeune Allemande de 31 ans, qui dit avoir craint que des migrants se suicident en se jetant à l'eau alors qu'ils ne savent pas nager.

Devant un juge

Arrêtée dans la nuit de vendredi à samedi, elle a été placée aux arrêts domiciliaires (un contrôle judiciaire sous forme d'assignation à résidence) avant d'être présentée à un juge d'Agrigente (sud) en début de semaine.

La jeune femme, qui s'est excusée dimanche pour sa manoeuvre, est poursuivie pour avoir forcé le blocus des eaux italiennes imposé par le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini (extrême droite) en vertu d'un décret-loi entré en vigueur mi-juin pour lutter contre les navires d'ONG qu'il accuse d'êtres complices des passeurs.

A cela s'ajoute un autre délit, celui d'avoir forcé le passage, en obligeant la vedette des douanes postée le long du quai à s'éloigner. Un acte que la loi italienne qualifie de «résistance à un navire de guerre» et qui est passible de 10 ans de prison.

Critiques de Berlin et Paris

Très critiques face à l'attitude de l'Italie dans cette affaire, Paris et Berlin ont durement réagi.

La France, qui a accepté d'accueillir 10 des 40 migrants du Sea-Watch, a jugé samedi, via son ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, que la politique italienne de fermeture des ports était contraire au droit maritime.

Tandis que le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a demandé une «clarification rapide» des accusations pesant contre Carola Rackete, estimant que «sauver des vies est une obligation humanitaire» et que le sauvetage en mer ne devait pas «être criminalisé».

Dimanche, le président de la République allemande Frank-Walter Steinmeier a lui aussi exprimé des reproches à l'Italie, «un pays fondateur de l'Europe dont on s'attendrait qu'il gère une telle affaire autrement», a-t-il déclaré sur la ZDF.

..Salvini réplique

Sur le ton ironique dont il est coutumier, Matteo Salvini n'a pas tardé à répliquer. «Puisque que l'Elysée a déclaré que 'tous les ports étaient ouverts', nous indiquerons Marseille et la Corse (sud de la France) comme destinations», a-t-il déclaré dimanche. Dans une énième banderille adressée à Paris depuis son arrivée au pouvoir il y a un an, il avait martelé la veille que l'Italie ne prenait «pas de leçons de qui que ce soit et de la France en particulier».

«Paris a fermé Schengen, a été au premier rang pour bombarder la Libye, a laissé les immigrants dans les forêts italiennes», a-t-dénoncé.

Qualifiant de «criminel» le comportement de la capitaine du Sea-Watch, celui qui est aussi vice-Premier ministre et chef de la Ligue a affirmé que, par sa manoeuvre, la jeune femme a «tenté d'écraser contre le quai du port de Lampedusa un patrouilleur des douanes, avec l'équipage à bord, mettant en danger les vies des agents».

Etat de nécessité

Il a aussi réfuté «l'état de nécessité» invoqué par la capitaine du Sea-Watch pour justifier sa manoeuvre à la barre du Sea-Watch. «Mais si aucun des migrants à bord n'avait de problèmes de santé, de quelle nécessité parlait-elle ?», a-t-il écrit sur Facebook.

Outre la controverse, l'arrestation de Carola Rackete a aussi généré un vaste élan de solidarité en Europe, sous forme d'une collecte lancée par deux vedettes de la télévision allemande. Celle-ci avait dépassé la barre des 500'000 euros dimanche en début d'après-midi.

Dans un entretien dimanche au groupe de presse allemand RND, le père de la jeune femme, Ekkehart Rackete, qui a parlé à sa fille samedi soir, a dit l'avoir trouvée «joyeuse et de bonne humeur».

(ats)

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