Des «sardines» contre Salvini

ItalieSpontané et indépendant des partis politiques, le mouvement des «sardines» vise à créer un front républicain contre Matteo Salvini.

Le mouvement des «sardines» se propage dans toute la péninsule Italique.

Le mouvement des «sardines» se propage dans toute la péninsule Italique. Image: DR

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Un poisson en carton autour du cou ou scotché dans le dos, l’ironie comme antidote à la xénophobie, attentifs à ne pas se faire récupérer par les partis politiques: depuis quelques jours, les apparitions de Matteo Salvini sont perturbées par des milliers d’opposants qui se sont placés sous le signe de la sardine. Un drôle de nom pour un drôle de mouvement. «Aux anathèmes pleins de haine de la Ligue, nous répondons avec le silence des poissons, mais le silence d’un immense banc de poissons, tellement nombreux que nous sommes obligés d’être serrés comme… des sardines», explique la page Facebook du mouvement.

Les «sardines» ont fait une entrée fracassante sur la scène italienne à Bologne le 14 novembre, date du début de la campagne électorale pour les élections régionales en Émilie-Romagne, qui se dérouleront le 26 janvier prochain. Une élection qui pourrait ouvrir la voie du retour de Matteo Salvini vers le pouvoir. L’Émilie-Romagne est en effet un bastion historique de la gauche. Or, alors que les sondages prévoient un tête-à-tête entre le candidat de la Ligue et celui du PD, tous les observateurs prédisent qu’une défaite de la gauche dans son fief provoquerait une implosion du PD, la fin de l’alliance avec le Mouvement 5 étoiles, la chute du gouvernement Conte 2 et la victoire de Salvini aux élections anticipées. Le 14 novembre, le «capitaine» avait donc voulu frapper un grand coup en remplissant les 5700 places du palais des sports de la ville aux deux tours.

Il avait mal fait ses comptes. Alors que les rangs du palais des sports étaient dégarnis, c’est sur la place Maggiore que s’écrivait l’histoire. Malgré le froid, 12000 personnes avaient répondu présent à la flashmob convoquée sur les réseaux sociaux par quatre inconnus de moins de 30 ans et sans aucune militance politique: Mattia, Roberto, Andrea et Giulia. «Je n’ai jamais eu la carte d’un parti, mais je suis là pour empêcher le retour du fascisme», déclarait ce soir-là une sardine sénior. «Les Italiens doivent se réveiller et battre le racisme, faire ce que les partis ne sont pas capables de faire», lui faisait écho une jeune fille avant d’entonner «Bella ciao».

Deux jours plus tard, le même scénario se produit à Modène, où 6000 «sardines» se réunissent sous la pluie place Mazzini, contraignant Matteo Salvini à annuler son meeting et à se réfugier avec quelques dizaines de militants… dans un restaurant.

Et le mouvement se propage dans toute la péninsule. Sa page Facebook est passée de 965 likes à 46000 en quatre jours. À Reggio, Parme, Rimini, mais aussi Florence, Rome, Naples et Palerme, des comités de «sardines» naissent pour manifester dans la bonne humeur contre la prochaine venue du leader souverainiste. La campagne de la Ligue est en bouleversée.

Les forces de la majorité n’avaient rien vu venir. Si le PD compte désormais sur les «sardines» pour conserver l’Émilie-Romagne, leur succès démontre à quel point le vieux parti est coupé de sa base. Le Mouvement 5 étoiles s’interroge car il est né lui aussi, il y a dix ans, sur les flashmobs de Beppe Grillo. Les «sardines» d’aujourd’hui pourraient être en grande partie des «Grillini» d’hier déçus par l’évolution du M5S.

Les «sardines» elles-mêmes sont dépassées par leur succès. «Vérifiez vos profils sur les réseaux sociaux, changez vos mots de passe, soyez prudents avec les interviews car votre vie privée va être dévastée», ont écrit à leurs émules les quatre premiers mousquetaires de Bologne.

Reste à savoir si les flashmobs des «sardines» se transformeront en vote. Un mouvement semblable, «les rondes», était né en 2002 pour protester contre Berlusconi. Il n’avait pas empêché la victoire du «Cavaliere». « C’est la limite des mouvements qui naissent contre quelque chose, explique l’éditorialiste du «Corriere della Sera» Antonio Polito. Ils provoquent une forte mobilisation sans forcément créer un consensus en faveur d’un parti ou d’une alliance alternative. »

Créé: 20.11.2019, 18h03

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