Les «sardines» en masse écrivent l’avenir à Rome

ItalieLes anti-Salvini ont rempli la plus grande place de Rome mais refusent de céder aux sirènes de la politique traditionnelle. Pour l’instant!

La place Saint-Jean de Rome était noire de «sardines» samedi, avec des slogans en majorité ironiques.

La place Saint-Jean de Rome était noire de «sardines» samedi, avec des slogans en majorité ironiques. Image: AP

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Dessins d’enfants ou collages représentant une sardine épinglés aux manteaux, 100000 manifestants ont envahi samedi sous un soleil radieux la place Saint-Jean de Rome, agora symbolique de la politique italienne, à l’appel des «sardines», le mouvement anti-Salvini né le 14 novembre dernier à Bologne. Si quelques slogans étaient liés à l’agenda politique – «sardines anticapitalistes», «sardines pour la défense des retraites» – les manifestants affichaient en majorité des messages ironiques. «C’est avec les vieilles sardines qu’on fait les meilleures soupes de poissons», déclamait ainsi le carton d’une dame âgée, bras dessus, bras dessous avec une «sardine drag-queen et fière de l’être». Les orateurs n’étaient pas sur une scène géante mais sur un petit camion, comme dans une fête de village. Davantage que les discours politiques, ce sont les notes de «Bella Ciao», la chanson des partisans, qui ont fait vibrer la foule de jeunes et de moins jeunes.

«Salvini est un danger pour l’Italie, pour l’Europe et pour les migrants, affirme Nicola du haut de ses 19 ans. Il est encore plus dangereux depuis qu’il n’est plus au pouvoir parce qu’il est plus libre de distiller de la haine. Je voudrais pouvoir voter pour les sardines aux prochaines élections.» Grazia, une dame d’un certain âge, n’est pas une habituée des manifestations. «Pour moi, c’est la première fois, confie-t-elle. Depuis des mois, je voulais manifester mon dégoût de la dérive fasciste de mon pays, mais je ne savais pas comment. Les sardines sont un miracle: quatre jeunes ont réussi à réveiller la conscience civique de tout un pays. Ils posent les questions, c’est à la politique de trouver les réponses.»

Appels du pied

La politique institutionnelle qui s’oppose à Matteo Salvini avait choisi d’éviter la place Saint-Jean. Son dilemme est simple: comment profiter du mouvement sans en contaminer la spontanéité? Elle se limite donc à envoyer des messages conciliants. «Les sardines sont sympathiques, je suis prêt à les rencontrer», a déclaré Giuseppe Conte, le président du Conseil (chef du gouvernement italien). Quant à Nicola Zingaretti, leader du Parti démocrate (centre gauche), il a proposé aux «sardines» «de changer ensemble l’Italie». Même le Vatican, à travers les paroles de son secrétaire d’État, le candidat Pietro Parolin, souligne «tout ce qu’il y a de positif dans ce mouvement».

Figure charismatique des «sardines», Mattia Santori se garde bien de répondre à ces appels du pied. «Il est trop tôt pour rencontrer le président du Conseil. Nous avons enregistré le nom du mouvement mais c’est pour ne pas être instrumentalisés par la politique.» Le programme des «sardines» se limite donc à des principes éthiques: lutte contre les fake news, transparence dans l’utilisation des réseaux sociaux par les partis, refus de la violence, même verbale, dans le langage politique. Par quels moyens? «L’art, la beauté, la créativité, l’inclusion, l’écoute réciproque», répond, romantique et indéchiffrable, Mattia Santori.

Vote antipopuliste

La tête dans les nuages, les «sardines» ont néanmoins également les pieds sur terre. Ce dimanche à Rome, les représentants des 113 villes qui se sont déjà mobilisées contre Salvini se sont réunis dans un squat autogéré pour se doter d’une structure organisationnelle et décider de l’attitude à tenir en vue des élections régionales – fondamentales pour la survie de l’Exécutif – qui se dérouleront le 26 janvier en Émilie-Romagne et en Calabre. Le mouvement ne présentera pas de liste et ne supportera officiellement aucun parti, mais il se battra pour éviter la victoire de la droite populiste. Nul besoin de décodeur politique pour comprendre que les «sardines» voteront pour le Parti démocrate.

Après le 26 janvier, le mouvement entamera sa «troisième phase». Finalement l’ébauche d’un parti politique? «Non, s’insurge Stephen Ogongo, l’organisateur de la manifestation de Rome. Nous sommes nés il y a un mois. Nous sommes comme un bébé. On ne peut pas nous demander de marcher immédiatement. Il faut nous laisser le temps de grandir.»

Créé: 15.12.2019, 18h57

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